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18 novembre 2021 4 18 /11 /novembre /2021 08:05

 

LE PETIT PROVENÇAL SE RÉPÈTE

 

   LE PETIT PROVENÇAL publia mercredi 18 novembre 1931 un article de son envoyé spécial sur "Le repaire du bandit Spada", qui n'était en réalité qu'une nouvelle version du texte édité la veille.

Chronique de l'épuration du maquis. 18 novembre: Léon DAUDET le bandit et Léon BANCAL le raisonnable

 

   Il put faire un autre titre avec une bonne nouvelle: Dominique SANTONI, lieutenant de BARTOLI, s'était constitué prisonnier, preuve que l'intervention policière portait des fruits.

 

 

Chronique de l'épuration du maquis. 18 novembre: Léon DAUDET le bandit et Léon BANCAL le raisonnable

 

 

 

LÉON DAUDET LE BANDIT

 

   Ce jour-là, la chronique de Léon DAUDET dans L'ACTION FRANÇAISE eut comme titre: Mémoires d'un "bandit". 

 

   Dans un premier paragraphe, il critiquait l'opération policière en Corse:

"Les communiqués de l'expédition sont baroques et rédigés en prose gendarmique. La population corse, qu'on nous peignait comme enchantée de ce déploiement militaire, commence, si j'en crois ce que l'on dit et ce que l'on écrit, à manifester une vive irritation d'un remède inopérant et qui sera bientôt pire que le mal. Bref, il serait temps, d'une façon ou d'une autre, que cela finit. Sans compter les fatigues effroyables auxquelles pandore est soumis, en raison de la mauvaise saison et du régime météorologique de la montagne corse" (Les premiers jours de l'expédition avaient été marqués par de fortes quantités de pluie).

 

   L'adjoint de Charles MAURRAS rappelait qu'il avait été "bandit et traqué, comme Spada, Caneloni et Ravioli, par la police et la maréchaussée de mon pays, et sur toutes les routes de France."

Chronique de l'épuration du maquis. 18 novembre: Léon DAUDET le bandit et Léon BANCAL le raisonnable

 

 

   Ayant accusé les chefs de la police d'avoir fait assassiner son fils Philippe, il avait été condamné pour diffamation à cinq mois de prison et incarcéré à la prison de la Santé le 13 juin 1927. Grâce à l'aide des Camelots du Roi, les militants de choc de l'organisation royaliste, il s'était évadé le 27 juin et s'était réfugié en Belgique le 1er août. Il rentra en France après avoir été grâcié le 30 décembre 1929.

 

   Dans cet article, il s'identifiait aux bandits corses en mettant en parallèle ses pérégrinations et les échecs des policiers lancés à sa recherche avec la situation corse.

 

 

 

LES REMÈDES DE LÉON BANCAL

 

 

   Beaucoup plus sage, Léon Bancal, le rédacteur en chef du PETIT MARSEILLAIS donna, le 18 novembre, la conclusion de sa douzaine d’articles sur « Le problème du banditisme ».

 

   La veille, il avait rappelé que le problème corse avait été posé pour la première fois en 1789 par le député BARRÈRE. Depuis, des rapports ont été écrits et des commissions envoyées. Mais « les commissions passent, la misère reste ». « Ce qu’il lui faut, c’est un traitement énergique et définitif ».

   

   Pour lui, la démonstration de force actuelle ne servira à rien si l’on n’agit pas, l’action principale étant d’appliquer les lois. Ainsi, les Corses auront confiance en la justice. Il faudrait tirer l’île de sa misère par de grands travaux.

 

   « Et surtout pas de commission !

   La Corse en a trop vu. Deux hommes. Pas plus. Un préfet et un procureur général. Mais tous deux intelligents, énergiques et, avant tout, soustraits par avance aux fluctuations de la politique.

   Le salut de la Corse est là ».

 

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17 novembre 2021 3 17 /11 /novembre /2021 08:00

 

   Mardi 17 novembre 1931, la grande vedette du PETIT PROVENÇAL fut André SPADA.

 

   La veille, LE PETIT MARSEILLAIS et L'HUMANITÉ avaient annoncé la découverte d'une cache, d'une "guitoune", du bandit à quelques centaines de mètres de sa maison de la Punta, ce qui lui avait permis d'échapper à l'arrivée de la police.

 

    L'article de l'envoyé spécial du journal marseillais avait pour titre: "Dans le nid d'aigle du bandit parmi des images de piété". Il débutait par un coup de chapeau à l'intelligence de SPADA qui "était organisé d'une façon remarquable pour l'exercice de son farouche métier qu'il avait élevé à la hauteur d'une entreprise commerciale". Il insistait sur la remarquable situation de La Punta, sur un point culminant près de Calcatoggio et contrôlant les routes des alentours.

 

    Le journaliste décrivit l'extérieur et l'intérieur de la bergerie investie par les gardes mobiles et s'intéressa beaucoup aux objets de piété:

"Des Sacré-Cœurs de Jésus et des Saintes Vierges en chromolithographie. Une statuette en plâtre de Saint Antoine de Padoue avec un chapelet au cou. Enfin, au-dessus de chaque lit, des rameaux d'oliviers, bénits sans doute le jour de Pâques, et posés sur de petits bénitiers de bazar.

(...)

Il est certain que ni Spada, ni Antoinette Leca n'apercevaient rien d'étrange à demeurer pieux dans leur métier de criminels."

 

Chronique de l'épuration du maquis. 17 novembre: quand Spada paradait

 

   La renommée de SPADA était si grande que la reddition d'un bandit, d'ailleurs de seconde zone, Toussaint VALLE, fut reléguée en pages intérieures.

 

    André SPADA avait été l'objet d'une forte médiatisation et était le bandit corse le plus connu sur le continent. LE POPULAIRE du 16 novembre avait annoncé que, à Nice, où un cinéma du Casino municipal devait projeter un documentaire sur le bandit, un commissaire de police avait saisi le film. Le 12, en "une", L'HUMANITÉ avait montré une photo intitulée "Le cinéma au maquis" avec la légende suivante: "ce cliché montre le "bandit" Spada avec un journaliste [en réalité, unE journaliste] dans le maquis. A ce moment, reporters bourgeois s'entendaient fort bien avec les "bandits"".

 

Chronique de l'épuration du maquis. 17 novembre: quand Spada paradait

 

   En février 1931, deux journalistes parisiens du Pathé-Journal, Christiane HUBERT et Harry GRAY, étaient venus en Corse pour rencontrer SPADA, contre une forte rétribution. Ils rentrèrent largement dans leurs frais car ils en tirèrent un film (celui qui fut saisi à Nice) et un livre. L'entretien fut cité dans de nombreux magazines.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 17 novembre: quand Spada paradait

 

   La partie la plus significative de cette interview dans le maquis (en fait, au bord de la route, près du repaire de La Punta) est constituée par les 30 secondes pendant lesquelles André SPADA dit que, pour lui, un "bandit d'honneur" est quelqu'un "qui fait ses affaires honnêtement" !!!

 

 

 

Quelques mois après avoir atteint ce sommet de gloire, SPADA n'était plus qu'un fugitif errant de grotte en grotte dans les Deux Sorru et le Cruzzini.

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16 novembre 2021 2 16 /11 /novembre /2021 08:05

 

   Afin que ses lecteurs continentaux ne perdent pas pied en lisant des articles avec des noms de lieux exotiques pour eux, LE PETIT PROVENÇAL du lundi 16 novembre 1931 publia une carte de situation des différents fronts policiers.

Chronique de l'épuration du maquis. 16 novembre: Moro-Giafferi et Simonetti

   

   On y voyait nettement que la partie la plus concernée était le centre de l'île, de part et d'autre de la dorsale montagneuse.

    Dans le coin supérieur gauche de la coupure publiée ici, on pouvait aussi lire qu'un navire de guerre avait comme mission d'empêcher une fuite par la mer de SPADA, car celui-ci aurait été vu près de son repaire de La Punta.

 

 

LA RECHERCHE DU PITTORESQUE

 

   Comme, visiblement, la feuille marseillaise ne savait pas quoi annoncer de spectaculaire, elle insista sur la haine entre les deux maîtresses de SPADA, Marie CAVIGLIOLI et Antoinette LECA, qui durent être mises dans deux cellules séparées de la prison d'Ajaccio.

    Pour faire pittoresque, elle publia également une photo de "vieux Corse, regagnant son village et que la chasse aux bandits ne paraît guère émouvoir."

 

 

Chronique de l'épuration du maquis. 16 novembre: Moro-Giafferi et Simonetti

 

   Lui aussi en manque d'informations, Jean AICARDI, l'envoyé spécial du PETIT MARSEILLAIS, décrivit la découverte "d'une guitoune du bandit Spada" avec force détails, comme si les policiers avaient accompli un grand exploit guerrier.

 

  Plus intéressant, dans sa chronique quotidienne, Léon BANCAL expliqua qu'"il est impossible d'envisager la solution (du banditisme) si l'on ne pose pas le problème corse tout entier" et qu'il faut "d'abord la tirer du passé, dans lequel elle est plongée et où elle s'asphyxie lentement.".

 

 

UN GRAND AVOCAT INTERVIENT

 

   Le plus important se trouvait en page intérieure avec une lettre de Vincent de MORO-GIAFFERRI qui fit grand bruit.

 

   Le célèbre avocat, qui avait été député jusqu'en 1928, publia un texte (dans L'ŒUVRE, semble-t-il) dénonçant la recherche du sensationnel qui animait les policiers et les journalistes. Il eut un très grand succès et il se retrouva dans plusieurs journaux de ces jours-ci, souvent sous le titre "De la mesure dans les mesures"LE PETIT PROVENÇAL du 16 novembre en publia la seconde moitié. Il négligea de reprendre la première partie où de MORO-GIAFFERRI se désolait du sous-développement dans lequel se trouvait son "pauvre pays!".

 

de Moro-Giafferi- Détective, n° 156, 22 octobre 1931

de Moro-Giafferi- Détective, n° 156, 22 octobre 1931

 

   La conclusion est à retenir: "Dans ce département français, entre toutes les terres de France, je supplie qu'on n'oublie pas la vertu essentielle de notre esprit national: la mesure."

 

 

ZAZA ET LE JUSTICIER ASSASSIN

 

  En première page de L'HUMANITÉ de ce jour-là, une photo montrait une autre personnage: SIMONETTI, "le meurtrier de Bartoli".

 

Chronique de l'épuration du maquis. 16 novembre: Moro-Giafferi et Simonetti

 

   Jean SIMONETTI était un exploitant forestier qui avait été racketté plusieurs fois et qui monta une machination. Sous prétexte de négocier avec le bandit Joseph BARTOLI, il le rencontra à PALNECA "en compagnie d'une jolie fille qu'il (avait) fait venir de Toulon et qui servira d'appât" (dixit Jean BAZAL). Les deux hommes quittèrent le village, avec deux ou trois autres personnes, pour se détendre au col de Verde. Et c'est là que BARTOLI fut tué dans des circonstances encore obscures aujourd'hui.

   Pour les communistes, SIMONETTI était un capitaliste qui opprimait et assassinait les prolétaires. Le 16 novembre, on pouvait lire dans L'HUMA:

 

    "Un seul résultat (de tout le déploiement de forces) a été obtenu: la mort de Bartoli. Or, celle-ci a été accompagnée de circonstances telles qu'elles constituent un encouragement au banditisme le plus éhonté.

   Dans cette affaire sanglante, la "victime", c'est le bandit. Simonetti, le gredin capitaliste, qui l'a tué par traîtrise avec le concours d'une femme d'une moralité spéciale, du nom de Zaza, et de deux autres individus, a reçu, pour prix de son assassinat, la somme de 300.000 francs. L'honnête général Fournier (...) vient de faire filer sur le continent, par le paquebot "Cyrnos", l'amazone qui fut en cette affaire collaboratrice zélée des autorités.

      (...)

   Voilà comment on assainit et on épure!

   Contre toutes ces infamies, les prolétaires de France ne peuvent manquer, à l'appel de la C.G.T.U., de se solidariser de plus en plus étroitement avec les travailleurs de Corse, victimes de l'état de siège".

 

   A l'inverse, la presse "bourgeoise" ne tarissait pas d'éloge sur le justicier qui était dépeint par LE PETIT PROVENÇAL du 13 novembre comme un "robuste et charmant garçon de trente ans". Etait-ce vraiment le même personnage?

Simonetti vu par les Actualités filmées Pathé.

Simonetti vu par les Actualités filmées Pathé.

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15 novembre 2021 1 15 /11 /novembre /2021 08:03

  

  "On est sur la piste du bandit SPADA", claironna LE PETIT PROVENÇAL dimanche 15 novembre 1931.

 

   En fait, rien de concret n'était livré. Le fait important consistait en l'arrestation à Guitera, donc loin du domaine de SPADA, du colosse Mathieu FRASSATI (2,10m et 140 kilos!), accusé d'avoir aidé BORNEA.

 

 

JUSTICIER OU ASSASSIN?

 

   Ce même jour, le quotidien socialiste publia en première page une photo de l'industriel SIMONETTI qui venait de tuer le bandit BARTOLI.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 15 novembre: humour d’un côté, colonnes infernales de l’autre.

 

   Il pose souriant avec un fusil dans les mains. Il semble heureux de son titre de gloire. Il est vrai que la presse favorable à la démonstration de force de l'Etat lui a souvent donné le beau rôle: celui du justicier. Mais il est un peu paradoxal de donner comme exemple aux lecteurs continentaux l'utilisation de la force que l'on condamnait chez les Corses.

    Le "justicier" sourit également dans le film d'actualités réalisé à ce moment-là.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 15 novembre: humour d’un côté, colonnes infernales de l’autre.

 

   SIMONETTI n'eut absolument aucun souci avec la justice alors que son "exploit" n'était pas de la légitime défense mais ressemblait plutôt à un assassinat programmé. Il n'est pas étonnant que les communistes le mirent plusieurs fois en accusation, comme exemple de la "justice bourgeoise".

 

 

UNE SCÈNE VRAIMENT AMUSANTE  ?

 

Chronique de l'épuration du maquis. 15 novembre: humour d’un côté, colonnes infernales de l’autre.

 

  Sur un mode plus léger, la même édition du quotidien marseillais, toujours en page 1, montrait une voiture de police bloquée par un âne. On voulait montrer que tout n'était pas noir et que l'on pouvait voir en Corse "une scène amusante".

 

La caricature de S’Tick publiée en page 2 était dans le même esprit.  

 

Chronique de l'épuration du maquis. 15 novembre: humour d’un côté, colonnes infernales de l’autre.

 

   Seulement, le journal ajoutait que la «scène amusante» avec l'âne se plaçait "dans un village occupé". Ce dernier mot annule le sentiment que l'on pouvait ressentir au premier regard.

 

   Le "bourrage de crânes" avait eu là un petit raté.

 

 

 

LES COLONNES INFERNALES DE L'HUMANITÉ

 

    Pendant ce temps, les communistes ne décoléraient pas.

 

   L’HUMANITÉ titra le 15 novembre: "Tandis qu'on traque Bornéa, l'opinion de l'île s'émeut de l'action des "colonnes infernales".

 

Chronique de l'épuration du maquis. 15 novembre: humour d’un côté, colonnes infernales de l’autre.

 

   Il est piquant de relever que le journal communiste utilise, pour condamner leurs activités, le terme de "colonnes infernales". En effet, les colonnes infernales étaient les opérations menées par les armées républicaines du général TURREAU lors de la guerre de Vendée (1793 - 1796), afin de détruire, par les moyens les plus brutaux, les dernières troupes vendéennes royalistes et les populations qui les recevaient.

 

    En tout cas, cet article signalait quelques arrestations mais insistait sur l'hostilité des Corses à toute coopération avec la police. Sa conclusion était:

    "Pour nous, notre opinion se confirme de jour en jour: les opérations actuelles n'ont pas été dictées par une volonté "d'épuration" qui se serait aussi bien manifestée des mois ou des années plus tôt." Argument que Léon DAUDET avait utilisé la veille dans L'ACTION FRANÇAISE.

 

    Les communistes ajoutaient: "Derrière l'invasion policière de la Corse, il y a les "ministres corses", Landry et Pietri qui ont sans nul doute de bonnes raisons politiques... et surtout électorales de se débarrasser de gens qui les gênent."

 

    Ce jour-là, pas d'article de fond dans L'ACTION FRANÇAISE qui insista sur le "temps affreusement pluvieux qui continue à sévir sur la plus grande partie de la Corse" et qui annonça une arrestation à VICO: "Un inspecteur de la police mobile, accompagnant des gendarmes de la brigade de Vico, a procédé à l'arrestation dans cette localité d'un nommé Joseph Carlotti qui, plusieurs fois avait donné asile à l'assassin Caviglioli.»

 

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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 08:00

 

Le 14 novembre 1931, alors que la chasse aux bandits marquait le pas, Léon DAUDET attaqua au vitriol l'expédition policière et le système républicain dans son ensemble.

 

 

MAISONS ET ATTENTE 

 

   En ce samedi 14 novembre, les lecteurs du PETIT PROVENÇAL purent connaître "Les Hôtes du Maquis", c'est-à-dire la liste des douze bandits recherchés. Et, pour montrer leur dangerosité, le journal publia en première page une photo de la maison de PALNECA d'où BARTOLI avait tiré sur deux gendarmes peu avant sa mort.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 14 novembre: il faut détruire la République

 

   De son côté, L'HUMANITÉ faisait voir la maison de SPADA sur une photo encadrée par le cliché d'un garde mobile "à l'affut dans le maquis. Il semble bien qu'il n'y court pas grand risque", tout cela sous le titre "Les vrais bandits" qui exprime bien l'opinion du parti communiste.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 14 novembre: il faut détruire la République

 

   Comme ce policier, l'envoyé spécial du PETIT PROVENÇAL, François PRIEUR, pensait que "Les positions sont prises. Après l'émoi du débarquement et de l'offensive, c'est maintenant l'attente. Chaque jour peut amener sa surprise et de longs jours peuvent s'écouler sous le signe du communiqué bien connu: "rien à signaler"".

 

   En attendant des faits nouveaux, le service des renseignements avait été décentralisé. Deux inspecteurs de police mobile qui étaient à AJACCIO furent détachés "à demeure dans chacun des secteurs investis: à Sari-d'Orcino (région Spada), à Guagno (région Caviglioni) (sic), à Guitera (région Bornéa) et à Palneca (région Bartoli)."

 

 

A BAS LA RÉPUBLIQUE

 

   Le 14 novembre fut aussi le jour d'un nouvel éditorial enflammé de Léon DAUDET, intitulé "Le cabinet Laval et l'énigme corse", dans L'ACTION FRANÇAISE.

Chronique de l'épuration du maquis. 14 novembre: il faut détruire la République

   Il commençait par critiquer Pierre LAVAL, "larve montée en "homme d'Etat"" par tous les suce-pieds de la presse de grandissime information" (l'A. F. n'aima jamais LAVAL, ni avant, ni pendant la guerre).

 

  Puis, ce royaliste, qui fut député de Paris de 1919 à 1924, s'en prenait au système électoral: "ce bonneteau grotesque et honteux qui ramène, tous les quatre ans, sa provision de bavards, de cloportes et de filous au Palais-Bourbon".

 

   Pour lui, l'expédition en Corse était "une diversion bien cocasse". Le cocasse venait de la présence comme préfet de MARLIER, que l'écrivain accusait de la mort de son fils Philippe.

 

   Il relevait ensuite des faits troublants:

    - "l'orchestration de presse à grand orchestre" pour faire oublier des erreurs de Paul REYNAUD, alors ministre des Colonies: "Il n'est plus question de ce rat clignotant, tout de blanc habillé, avec le casque, depuis qu'on traque et emprisonne les ravitailleurs de Spada".

    - "le choix de la saison, qui est celle des tempêtes et des pluies, alors qu'il était loisible de procéder à cette épuration en juin, juillet et août, ce qui eût en outre épargné la vie des récentes victimes du banditisme".

    - "Enfin, la rigueur des mesures prises vis-à-vis de toute une population honnête, dont la colère, m'assure-t-on, commence à gronder sourdement."

 

   Il mentionnait ensuite les hommes politiques (ANQUETIL, CELICE, STEEG, SARRAUT, MARLIER) qu'il accusait de crimes dans les colonies, "dans des conditions plus atroces que celles infligées à leurs victimes par les Spada et les Bartoli". Et comme les efforts de moralisation n'aboutissent pas, la France s'affaiblit et les Allemands en profiteront: "un beau matin, on apprendra que les "Casques d'acier" sont entrés simultanément en Lorraine et en Alsace".

 

  La conclusion royaliste s'imposait donc logiquement:

 

   "Tout cela prouve que le mal qui attaque la France est intimement lié au régime; qu'aucun changement de gouvernement, qu'aucune rotation, qu'aucune élection, qu'aucun changement du mode de scrutin ne saurait plus arrêter la marche de la pourriture de démocratie, comparable à la pourriture d'hôpital. Delenda est Republica. Il faut détruire la République. C'est la besogne urgente et nécessaire".

 

Affichette royaliste du XXIe siècle.

Affichette royaliste du XXIe siècle.

 

 

PREMIÈRES CARICATURES

 

   Des caricatures avaient commencé à être publiées, dès le 9 novembre pour LE PETIT MARSEILLAIS. La chasse aux bandits corses inspira de nombreux dessinateurs. Comme exemple, voici le dessin que publia le 14 novembre le journal L'ŒUVRE, dessin qui a été repris par Ralph SCHOR dans sa communication déjà mentionnée. Il fut également publié dans L'ECHO D'ALGER le 16 novembre.

 

 

Chronique de l'épuration du maquis. 14 novembre: il faut détruire la République
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13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 08:00

 

 

 

SPADA EN VEDETTE

 

  Une nouvelle positive pour les lecteurs du PETIT PROVENÇAL du vendredi 13 novembre 1931: en "une", l'annonce et la photo de l'arrestation, près de Palneca, d'un "complice des bandits" anonyme.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 13 novembre: couvre-feu dans les Deux Sorru, Spada en vedette, combien d'arrestations?

 

   Pour compenser cet anonymat et pour illustrer le premier article de son "envoyé spécial" François PRIEUR (1885-1963), de son vrai nom  François ANTONORSI, le journal publia également le visage de SPADA, le bandit-vedette.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 13 novembre: couvre-feu dans les Deux Sorru, Spada en vedette, combien d'arrestations?

 

   LE PETIT MARSEILLAIS fit de même en publiant sa « dernière photo », photo tirée de l’interview filmée du 24 février 1931  par les journalistes de Pathé Cinéma Harry Grey et Christine Hubert, qui eut un grand succès dans les salles de cinémas françaises et étrangères.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 13 novembre: couvre-feu dans les Deux Sorru, Spada en vedette, combien d'arrestations?

 

COMBIEN D'ARRESTATIONS 

 

 

   Les journaux n'arrivaient pas à s'accorder sur le nombre des personnes arrêtées. 

   L'ACTION FRANÇAISE et LE POPULAIRE, organe du parti socialiste S.F.I.O., de ce jour donnèrent le même bilan de 77 arrestations, dont 2 à COGGIA et à MARIGNANE (la même faute de frappe se retrouve dans les deux journaux qui ont dû utiliser la même dépêche de l'agence Havas). L'HUMANITÉ arrivait au chiffre de 174: faute de frappe également ou volonté de montrer la lourdeur de la répression?

 

   Cette lourdeur était décrite par François PRIEUR:

    "Un hydravion survole la baie de la ville. L'aviso "Toul" défile au large. Des gardes mobiles rentrent au pas cadencé. (...) Il continue à pleuvoir sur Ajaccio qui commence à pavoiser pour la journée de l'Armistice.

    J'ai parcouru en auto quelques coins de montagne occupés par les détachements de gardes mobiles. (...)

    Tous les villages que nous rencontrons ont à peu près le même aspect d'humbles maisons de pierre nue, perchées sur des hauteurs, rangées le long de la route, accrochées à la pente d'un mont, et dès l'entrée, des fourgons automobiles, des uniformes de gardes mobiles, la popote en plein air.

    Les gardes ne sont pas logés chez l'habitant. On a fait évacuer un certain nombre de maisons, dont les occupants se sont logés chez les voisins comme ils ont pu."

 

 

COUVRE-FEU DANS LES DEUX SORRU

 

 

   La polémique s’était alors déclenchée pour savoir si la Corse subissait l'état de siège. Tous les quotidiens de ce jour publièrent le communiqué suivant émanant des autorités gouvernementales :

 

    "Si l'état de siège n'a point été proclamé, comme on l'a dit, la circulation des habitants et des automobiles est, du moins, strictement réglementée. A 21 heures, dans les villages de Sari-d'Orcino, domaine de Spada; de Guagno et de Vico, domaine de Caviglioli, au Nord d'Ajaccio; de Guitera, où opérait Bornéa, et Palneca, où opérait Bartoli, à l'Est du chef-lieu, tout le monde doit avoir regagné son habitation.

    Quant à la circulation des automobiles, elle est plus rigoureusement encore réglementée. Ne peuvent franchir les postes de gardes, installés sur toutes les routes, que les automobilistes dûment autorisés. Les consignes, données aux gardes, sont extrêmement sévères. En aucun cas, un garde ne peut circuler seul et tous doivent être constamment armés. Dans les secteurs où les bandits se sont réfugiés, gardes et gendarmes ont l'ordre de tirer sur toute personne qui ne s'arrêterait pas à la première sommation. Telle est la rigueur des consignes."

 

 

LA TERREUR POLICIÈRE

 

 

   Mais L'HUMANITÉ n'avait pas le même point de vue.   

   Un article, toujours non signé, s'intitulait: "Dans l'île en état de siège, la terreur policière s'étend", avec un inter-titre: "Défendons les paysans corses!":

 

Chronique de l'épuration du maquis. 13 novembre: couvre-feu dans les Deux Sorru, Spada en vedette, combien d'arrestations?

 

"La Corse est en état de siège. Nous l'avons dit. Les journaux bourgeois l'ont avoué. Un demi démenti officiel a été publié hier par le journal Le Temps. Mais le fait n'est pas contrôlable.

   La circulation est interdite. Les routes sont coupées. Le cri: Haut les mains! retentit partout.

   On arrête en masse: 174 personnes sont déjà sous les verrous. Quel est donc ce régime, sinon celui de l'état de siège?

   (...)

   Dans la zone occupée, la population brutalisée par la soldatesque gronde sourdement. Plusieurs envoyés de journaux signalent l'attitude de fierté et de protestation des paysans corses maltraités par les pandores qu'ils regardent avec un mépris hautain et qu'ils se refusent à renseigner sur les "hors la loi".

   (...)

   "Des cantons entiers subissent une occupation militaire odieuse. Contre les politiciens et les gros bourgeois corses, seuls responsables de la résistance du banditisme, il faut défendre les honnêtes paysans de l'île, victimes de l'état de siège."

 

   De son côté, Léon BANCAL, continuant l'étude du "problème du banditisme" dans LE PETIT MARSEILLAIS, constatait, en racontant plusieurs règlement, de comptes, que "l'ennemi le plus implacable du bandit, ce n'est pas le gendarme, c'est le bandit".

 

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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 08:00

 

   Les Deux Sorru eurent une place de choix dans la presse du 12 novembre 1931.

 

 

LA LIBÉRATION DE GUAGNO-LES-BAINS

 

   LE PETIT PROVENÇAL décrivit ce jour-là, dans un article daté du 11, le déplacement de commissaires de la police mobile pour contrôler des informations sur la présence de SPADA:

 

    "Par la route en lacets qui longe d'abord le golfe de Sagone, découvrant à chaque tournant des sites sauvages et pittoresques, puis qui grimpe vers Sari-d'Orcino, l'automobile des policiers a atteint Vico.

    Les forces de la garde mobile et de la gendarmerie qui, depuis 3 jours gardent toutes les routes et tous les chemins de ce secteur, n'avaient constaté, au cours de la nuit, aucun déplacement suspect à Vico.

    A Guagno-les-Bains, la police mobile a été beaucoup mieux accueillie qu'autrefois. Le fait d'avoir arrêté la plupart de ceux qui, ouvertement, étaient en relation avec le bandit Spada a redonné confiance aux honnêtes gens terrorisés. Des renseignements intéressants ont été recueillis, qui pourront être utilisés dans un avenir que l'on croit très prochain."

 

 

   Le compte-rendu du déplacement des policiers est reproduit de façon totalement identique (à l'exception de la phrase sur la route de Sagone à Vico) dans plusieurs journaux, comme L'OUEST-ECLAIR ou LE JOURNAL DES DÉBATS.

 

   Guagno-les-Bains est ainsi mis en valeur car la station thermale était devenue un symbole de la puissance du banditisme depuis l'agression sanglante du 17 août 1931.

 

    Pour mieux montrer l'adversaire, ce texte était illustré par une photo d'un "type de bandit" conforme aux stéréotypes de cette époque.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 12 novembre: la libération de Guagno-les-Bains.

 

   LE PETIT MARSEILLAIS se distingua de la masse avec son envoyé spécial Jean AICARDI  qui préféra envoyer un article décrivant minutieusement la maison de SPADA, dans le golfe de Lava, au-dessous de Calcatoggio, et l'organisation de ses activités:

 

"André Spada, outre qu'il assure sous le nom du frère de sa maîtresse Jules Leca le service postal Ajaccio-Lopigna, s'occupe d'industrie forestière. Avec le concours de plusieurs équipes de journalistes [sûrement une erreur pour "journalier"] italiens, il exploite la forêt située en contrefort, derrière la Punta, de l'autre côté du vallon de Calcatoggio".

 

 

GÉOGRAPHIE DU BANDITISME

 

    Pour mettre de l'ordre dans l'esprit de ses lecteurs, LA CROIX donna la liste des "régions centrales de l'île (où) le banditisme (avait été) érigé en "industrie":

 -"Balogna, Guagno, Vico, ancien fief de Caviglioli, où l'on traque ses alliés;

  -Lopigna, théâtre d'un massacre dont l'auteur est le bandit Spada;

 -Palneca, résidence du bandit Bartoli;

 -Cozzano et Zicavo, localités où Bartoli exerçait son industrie sanglante;

 -Prunelli, clé du Fium'Orbo, où se cachent de nombreux hors la loi,

 -et Vezzani, où fut tué le bandit Perfettini, apache marseillais réfugié au  maquis."

 

 

 COMBIEN D'ARRESTATIONS ? 

 

    Un premier bilan des arrestations parut ce jour-là dans les journaux, avec des chiffres différents: 48 pour LA CROIX, 61 pour L'HUMANITÉ et LE JOURNAL DES DÉBATS. Pour LE PETIT PROVENÇAL, il y avait eu 74 arrestations "pour complicité ou recel de malfaiteurs:

1° L'affaire du bandit André Spada a amené six arrestations, sa maîtresse Antoinette Leca, 34 ans, sa mère, la veuve Antoinette Leca, 72 ans, Pascal Leca, 20 ans, fils naturel du bandit Romanetti et deux comparses.

2° Pour le recel des bandits Caviglioli et Torre, 22 arrestations ont été opérées dans le secteur de Guagno. Au nombre des individus appréhendés figurent un propriétaire, Paul Benedetti, 50 ans, une hôtelière de Sagone, Marie Casanova, 36 ans, l'entrepreneur du transport postal, François Cipriani, un commerçant d'Ajaccio, Amédée Di Fabio, tailleur; le chauffeur d'automobile André Gardella."`

   Le journal ajoutait six arrestations dans l'affaire BORNEA  et trente-six dans l'affaire de BARTOLI, ce qui ne fait pas les 74 annoncées.

 

     Quant au PETIT MARSEILLAIS, qui employa pour la première fois l'expression "la répression du maquis corse", il en était à 117 arrestations !

 

 

DES PAUVRES BOUGRES MANIPULÉS

 

   De son côté, L'HUMANITÉ se distingua en répétant l'analyse assénée le 9 novembre:

  "Tous les "bandits" corses sont de pauvres bougres qui, après avoir pris le maquis à la suite d'un coup de tête ou d'un acte de vengeance, deviennent des voleurs et des assassins très vulgaires. Mais on ne peut oublier qu'il y a peu de temps encore tout le beau monde flirtait avec eux. Les gens de la Haute, mâles et femelles, leur rendaient visite dans le "Palais Vert". Les journalistes montaient jusqu'à leurs repaires pour les interviewer. Les Spada et les Bartoli posaient devant les photographes et les cinématographes. On nous relatait leurs exploits, leurs amours.

   Et pendant de temps les bandits faisaient de bonnes affaires avec les coquins capitalistes qui mettent en coupe réglée "l'Ile de Beauté" et avec les politiciens dont ils se constituaient, contre espèces sonnantes et trébuchantes, les agents électoraux."

 

   Léon BANCAL avait fait pratiquement le même constat la veille dans un article du PETIT MARSEILLAIS sur "L'utilisation sociale du bandit" en citant la vieille sentence corse: "Pulitica e donna son i castichi di l'omù" (la politique et la femme sont les châtiments de l'homme) !!!

 

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 08:00

 

  Le 11 novembre 1931, jour de la victoire de 1918, la première page du PETIT PROVENÇAL montra que l'opération policière en Corse était passée à un cran supérieur.

 

    Tout d'abord, la zone d'intervention s'élargit géographiquement: en plus de ZICAVO et de GUITERA, les cantons de SARI d'ORCINO  ("où Spada a établi son quartier général") et de VICO ("résidence de Torre et de Caviglioni, le neveu") devenaient les nouveaux objectifs. Une faute de frappe à signaler: l'orthographe de CAVIGLIOLI.

   Une médiocre photo était censée montrer le maquis de cette zone.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 11 novembre: Objectif Vico.

 

   Un film d'actualités britannique (British Movietone) est plus intéressant car il montre Vico, même si c'est de façon très brève.

   On voit une auto-mitrailleuse rouler dans le cours Paul Fontana puis prendre la route de Letia. Vico était le centre du dispositif policier contre SPADA.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 11 novembre: Objectif Vico.
Chronique de l'épuration du maquis. 11 novembre: Objectif Vico.

 

 LE GOUVERNEUR DE LA  CORSE

 

     LE PETIT PROVENÇAL décrit l'organisation de la répression comme quasiment militaire:

    "A la fin de la première journée d'opérations, dans le cabinet du préfet, une sorte de Conseil de guerre était réuni. Tous ceux qui, depuis la veille au soir, avaient battu la montagne ou fouillé le maquis, venaient rendre compte de leur mission, la gendarmerie locale, puis les commissaires spéciaux, ces derniers guêtrés de cuir et sanglés de vareuses de drap fort, et, enfin, siégeant, près du préfet, le général Fournier, gouverneur de la Corse."

    Ce titre de gouverneur pouvait intriguer. Il était expliqué plus loin:

    "Pour ne pas entraver l'action de la force armée, afin qu'elle ne reçoive pas des ordres différents, le préfet de la Corse s'est dessaisi de ses pouvoirs de police, qu'il a transmis au général Fournier, commandant supérieur de la défense en Corse. De ce seul fait, les régions occupées sont placées sous le régime de l'état de siège. Cette situation, bien qu'entraînant parfois des cas difficiles, est supportée avec la plus grande résignation par la population qui comprend maintenant la nécessité qu'il y avait à prendre de pareilles mesures."

 

   A un autre moment de l'Histoire de France, l'armée reçut les pouvoirs civils: ce fut à l'occasion de la "bataille d'Alger" pour détruire les terroristes du FLN en 1957. Mais le parallèle est-il bien à propos?

 

 

LA LUTTE CONTRE LES INTEMPÉRIES

 

   De son côté, L'ACTION FRANÇAISE, hostile à cette opération, donnait une vision très différente en insistant sur les difficultés provoquées par les intempéries:

  "Un temps affreux a sévi sur la Corse pendant toute la journée;" (il s'agit du 10 novembre) "nulle opération nouvelle n'a été faite et les forces de police se sont contentées de veiller minutieusement aux abords des localités entourées hier" (donc, le 9 novembre). "Les routes sont détrempées par la pluie et l'on signale que quelques voitures militaires sont restées embourbées."

 

   Tout à fait opposée est la vision héroïque du journal marseillais:

   "Samedi (c'est-à-dire le 7 novembre, jour du débarquement), à minuit, lorsque les premières colonnes s'ébranlèrent, la tempête battait l'île tout entière. Parmi les rafales de vent, sous une pluie violente, les dix-huit pelotons de trente-cinq gardes mobiles s'étaient mis en route. Chaque groupe était précédé de deux auto-mitrailleuses blindées. Devant ce déploiement de forces imposantes, les paysans qui descendaient de la montagne s'arrêtèrent interdits."

   On peut se demander s'il y eut vraiment beaucoup de Corses qui virent ce spectacle en pleine nuit et dans la tempête.

 

   Le quotidien royaliste répercuta également le bilan publié par les autorités officielles:

   "soixante et une arrestations; en outre, une demi-douzaine ont été opérées dans la région de Vico, mais non encore officiellement annoncées".

 

   Dans LE PETIT MARSEILLAIS, l'autre journal de Marseille, Jean AICARDI décrit l'investissement du repaire de SPADA à la Punta, lieu pittoresque: "la Punta est un piton qui surplombe le golfe de Sagone, et d'où on a un coup d'œil superbe sur la mer". Les gardes mobiles y arrêtèrent Antoinette LECA (orthographiée LECCA dans l'article), maîtresse de SPADA, sa mère et son frère Pascal LECA (également écrit LECCA) qui avait succédé à sa sœur dans l'entreprise de transport postal Ajaccio-Lopigna dont SPADA s'était emparé par la violence. 

 

   Son concurrent, LE PETIT PROVENÇAL, insista sur les découvertes d'armes:

   "A la bergerie de Punta, près de Calcatoggio, dans le fief de Spada, la gendarmerie saisit trente fusils, dont vingt Mauser, de nombreux para-bellum et des munitions en quantités impressionnantes".

 

  Une curiosité: sur les 25 articles consacrés par L'ACTION FRANÇAISE à la question corse en novembre 1931 (voir la communication de Ralph SCHOR déjà mentionnée), celui du 11 semble être le seul à avoir été surtitré "L'épuration de la Corse".

 

 

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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 08:00

 

Le 10 novembre 1931, Léon DAUDET, dans L'ACTION FRANÇAISE, montra la similitude entre les politiciens et les bandits du maquis.

 

 

LE CALME LE PLUS ABSOLU

 

  Le 10 novembre 1931, la première page du Petit Marseillais débuta par la photo de BARTOLI abattu.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 10 novembre: Les bandits de Paris

 

   Puis, son envoyé spécial Jean AICARDI décrit un "véritable état de siège": communications téléphoniques et télégraphiques coupées, barrages de gendarmerie, présence d'auto-mitrailleuses dans chaque localité.

 

   Moyennant quoi, le journaliste put visiter "à travers un secteur d'occupation", "muni d'un brassard officiel d'état-major, le secteur de Lopigna et de Sari d'Orcino, où règnent le bandit André SPADA et son frère Sébastien".

 

   Conclusion?

   "Nous avons constaté le calme le plus absolu sur la route sinueuse qui dévale de Lopigna vers Ajaccio, par les cols de Saint Antoine et de San-Bastiano. Ailleurs, aussi bien à Palneca que dans la région de Sagone, il en avait été de même".

 

 

LÉON DAUDET CONTRE LES BANDITS DE PARIS

 

   Mais un autre journal fit parler de lui ce jour-là: L'ACTION FRANÇAISE.

 

   Le quotidien nationaliste et royaliste donna son point de vue sous la plume de Léon DAUDET (le fils de l'auteur des "Lettres de mon moulin") qui occupait journellement la colonne de gauche de la première page tandis que "La Politique"  de Charles MAURRAS se trouvait toujours au centre.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 10 novembre: Les bandits de Paris

  

   Le titre de l'éditorial était "Bandits corses et bandits de Paris". Le truculent DAUDET faisait la comparaison entre les deux catégories, les bandits de la capitale étant les politiciens corrompus.

 

 

    Le texte débutait en rappelant que l'on disait la Corse était dangereuse et que:

 "l'un des auxiliaires des redoutables rançonneurs avait obtenu le mandat de conseiller d'arrondissement! C'est cocasse. Mais il est encore plus cocasse de voir un garde des Sceaux (Raoul Péret) recevoir une enveloppe mensuelle d'un voleur (Oustric), et n'encourir de ce fait que le blâme des sénateurs-juges. Il est encore plus cocasse de voir un ministre des Finances (Klotz) signer des chèques sans provision".

 

   Pour DAUDET, comme pour tous les maurrassiens, jouer des muscles ne suffit pas à créer l'ordre. Le véritable ordre ne peut exister que par la Monarchie. Les vrais bandits sont dans les cercles politiques parisiens. Dans ce refus de se joindre au camp des conservateurs primaires, et dans la dénonciation du système en place, on voit là un point commun avec les communistes (voir l'article précédent).

 

Léon Daudet.

Léon Daudet.

 

   L'éditorialiste poursuivait le parallèle entre les deux sortes de bandits:

 

    "Les procédés des bandits corses étaient des procédés rudimentaires, primitifs, des chantages ouverts et sylvestres, respirant la solitude et les senteurs âcres de la brousse parfumée. Ils avaient comme décor une table d'auberge, une feuille de papier d'emballage, un verre et une bouteille de ce vin corse, que pour ma part je trouve exquis, de saveur unique et pouvant tenir tête à n'importe quel produit de Touraine, d'Anjou ou du Beaujolais. Quand la somme convenue était versée, le rançonneur et le rançonné se quittaient bons amis. (...)

 

   Quelle différence avec nos bandits de Paris, contre lesquels aucune expédition punitive n'est jamais dirigée, ni, si elle est amorcée, - sous la pression de l'opinion - n'aboutit jamais!"

 

   Il citait ensuite l'exemple de Georges ANQUETIL, indicateur de police et escroc protégé par plusieurs politiciens, et il continuait:

 

   "Pour ma part, je préfère de beaucoup un Romanetti, ou n'importe quelle autre terreur du maquis, à cet écumeur de la jungle parisienne. Anquetil est un de ces êtres d'abjection qui devraient avoir le col coupé... en commençant par les pieds.

 

   Rien ne nous dit qu'il ne sera pas député, sénateur, voire ministre, un de ces jours. Il commandera alors à la maréchaussée et organisera des expéditions punitives.

 

   Mais à la tête de la Corse elle-même, tout récemment, il y eut, comme préfet, le sanglant bandit Marlier, organisateur, avec Lannes, beau-frère de Poincaré, de l'assassinat d'un enfant de quatorze ans et demi. Comment s'étonner de l'état archaïque de la justice en Corse, quand ce beau pays a été commandé, pendant des années, par un "Soleilland"  de cette espèce, que la Chambre, en 1924, avait, à l'unanimité, flétri. Il était dès lors très facile à prévoir, et nous n'y manquâmes point, que des conséquences de sang suivraient le maintien en fonctions du protégé de Millerand."

 

   Albert Soleilland était un ébéniste qui, en 1907, viola, tua et dépeça une fillette de 11 ans et dont le procès entraîna un grand débat sur la peine de mort. Le préfet Marlier était comparé à lui car Léon DAUDET l'accusait d'être l'instigateur d'une  machination policière qui avait abouti à la mort mystérieuse de son fils Philippe DAUDET en 1923.

 

   "La vérité est que le banditisme est beaucoup plus virulent et mieux organisé dans la police politique de Paris que dans le maquis corse. Les auxiliaires des bandits de Paris: un Mouton, directeur des Affaires criminelles à la Chancellerie; un André Benoist, directeur de la Police judiciaire; un commissaire tel que Benezech, un "expert" tel que le fameux Bayle, ont certes une autre importance et une autre surface que ceux et celles qui gardaient les chevaux et abritaient les fusils des vedettes corses de l'attaque à main armée. Ajaccio n'a pas à rougir. La ville de Paris lui rend des points; et que dire de ce jury de la Seine qui a acquitté la meurtrière de Plateau, la fille de police Germaine Berton, le meurtrier de Petliura, et condamné PAR ORDRE à cinq mois de prison le père du petit Philippe assassiné!"

 

   DAUDET fait ici allusion à des assassinats de personnalités royalistes qui auraient été organisés par la police politique.  

 

   "Telles étaient les réflexions qui me venaient à l'esprit en lisant que "l'épuration de la Corse se poursuit avec énergie et méthode"... Et l'épuration de Paris, quand la commence-t-on?"

 

 

DÉBUT DE L'EPURATION

 

   Il faut remarquer que, dans Le Petit Provençal de ce 10 novembre, fut employée pour la première fois, en sur-titre, l'expression "L'épuration de la Corse", qui fut l'intitulé de la rubrique corse dans de nombreux journaux pendant tout novembre 1931.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 10 novembre: Les bandits de Paris
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9 novembre 2021 2 09 /11 /novembre /2021 08:00

 

   Le lundi 9 novembre 1931, Le Petit Marseillais se distingua mais pas autant que L'Humanité qui critiqua vivement le gouvernement.

 

 

PREMIERS RÉSULTATS

 

   Ce jour-là, en même temps qu'il décrivait le débarquement des policiers à Ajaccio, Le Petit Provençal annonça les premiers résultats:

 

 "Plusieurs amis et complices de Bartoli sont arrêtés à Ajaccio.

Le bandit Santoni aurait été tué"

 

    En fait, on avait arrêté le beau-frère du bandit Séverin MORAZZANI et le conseiller d'arrondissement de Zicavo. Quant à SANTONI, il "aurait été tué dans une embuscade", sans plus de précisions.

 

    La plus grande partie de l'article du quotidien marseillais était consacrée à Antoinette MANCINI, fille de Nonce ROMANETTI et belle-sœur de Madeleine MANCINI. Elle était alors à Paris pour tenir des réunions pour faire l'éloge de son père et pour prouver l'innocence de Madeleine, toujours incarcérée à Montpellier. A ce propos, les lecteurs eurent droit à la version MANCINI de l'affaire de LAVA.

 

L'ENTRÉE DANS LE MAQUIS

 

   De son côté, dans Le Petit Marseillais, Léon Bancal tenta d'expliquer comment l'on devient bandit. 

 

   Le bandit n'est pas forcément un malfaiteur mais c'est quelqu'un qui a eu "un malheur" et qui se réfugie dans le maquis car il n'a pas confiance en la justice. Mais il n'y reste pas longtemps.

 

   Les autres, les vrais bandits "sont presque tous de mauvais sujets". Déjà condamnés pour vol, c'est le meurtre qui les fait aller au maquis. Mais parler de "bandits d'honneur" est une erreur.

 

   Contrairement à une réputation dont les Corses étaient victimes, le journaliste marseillais remarquait: "Eu égard à cette quantité d'armes et au tempérament pointilleux et susceptible de l'insulaire, les meurtres y sont relativement moins nombreux que sur certaines autres parties du territoire".

 

   En conclusion, "ne devient pas bandit qui n'a pas de dispositions pour le devenir [...]. Le bandit n'est qu'un malfaiteur qui se met hors-la-loi".

 

 

UN BON POINT POUR LE PETIT MARSEILLAIS

 

   Dans la même livraison, le journal de Léon BANCAL reproduisit avec un plaisir évident les éloges du général de gendarmerie HUOT, de retour des obsèques d'Ajaccio:

 

   "L'histoire du drame de Balogna et celle de la mort du bandit BARTOLI ont été fidèlement rapportées dans Le Petit Marseillais. J'ai eu d'ailleurs plusieurs entrevues avec votre collaborateur AICARDI qui suit de très près et avec une conscience professionnelle qu'il me plaît de souligner, les événements qui passionnent l'opinion publique en ce moment".

 

 

Chronique de l'épuration du maquis. 9 novembre: Non à la justice bourgeoise!

 

L'humour ne perdait pas ses droits dans ce journal dirigé par Gustave BOURRAGEAS et un dessin fit allusion à la Corse le 9 novembre.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 9 novembre: Non à la justice bourgeoise!

 

NON À LA JUSTICE BOURGEOISE !

 

   Mais l'événement important de la journée pouvait se lire dans une autre publication. Contrairement à l'ensemble de la grande presse, favorable à la répression, le quotidien communiste L'HUMANITÉ prit une position particulière, à propos de la mort de BARTOLI, sur laquelle peu de renseignements avaient encore filtré.

 

    L'article non signé, occupant une demi-colonne en première page, présentait le "bandit" BARTOLI (les guillemets sont du journal) comme la victime d'un patron et d'un hôtelier, ce qui d'ailleurs était vrai. Pour le journal du P.C.F., BARTOLI et ses congénères avaient été manipulés par la bourgeoisie qui s'en débarrassait car ils ne lui étaient plus utiles. La justice bourgeoise n'est qu'une comédie qui ne s'occupe plus des formes pour défendre ses intérêts.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 9 novembre: Non à la justice bourgeoise!

 

   Voici le texte complet expliquant le point de vue communiste:

   "Nous avons indiqué brièvement, hier, que Bartoli n'avait pas été tué par les gendarmes, mais assassiné par un patron, de la bande novie des coupeurs de forêts, nommé Simonetti.

   C'est le "bandit" qui a succombé dans un guet-apens!

   En effet Bartoli était en contestation, d'une part avec l'entrepreneur de coupes forestières Simonetti, d'autre part avec le directeur de l'hôtel Continental à Ajaccio.

   Il paraît que Bartoli avait demandé de l'argent à ces deux capitalistes, qui pratiquent aussi "le coup de fusil", mais d'autre manière.

   A bandit, bandit et demi!

   Simonetti attira donc Bartoli à une entrevue près du col de Verde et tandis qu'il feignait de discuter les exigences du "roi de la montagne", traitreusement, il le tua de deux coups de revolver.

   La victime, c'est le bandit! L'assassin, c'est Simonetti! Le sentiment le plus élémentaire de la justice devait faire poursuivre en cour d'assises, Simonetti, le directeur de l'hôtel Continental et le préfet.

   La question ne se pose pas. La justice bourgeoise, en Corse plus encore qu'ailleurs, n'est que comédie.

   Le crime de Bartoli, que nous avons d'ailleurs jugé hier comme un triste personnage, est d'avoir inquiété les puissants, les riches, au lieu de servir leurs intérêts.

   Les exploiteurs capitalistes de la Corse, après avoir tant utilisé les bandits, veulent, paraît-il, les faire disparaître.

   Alors, comme les bandits, et mieux que ceux-ci, ils tuent. Ils ont assassiné Bartoli, dans un guet-apens. Les dépêches d'hier soir annoncent qu'un autre "bandit", Santoni, a été tué. Procédés sommaires.

   Et les gardes mobiles vont débarquer. Ils vont, sous prétexte d'encercler les "seigneurs du maquis" se livrer en Corse à de véritables manœuvres générales de guerre civile.

   Ils vont aussi, comme nous l'avons dit, profiter de l'occasion pour créer en Corse des centres de force militaire.

   Les "bandits" ont du bon, même en les tuant, on peut s'en servir".

 

   La ligne du Parti était nettement fixée. Elle ne changera plus. A noter que le terme de "épuration" ne sera jamais utilisé par les communistes dans les 23 articles parus en novembre  dans L'HUMANITÉ et recensés par Ralph SCHOR (voir ICI).

 

   Mais les critiques envers l'initiative policière vinrent le lendemain d'un tout autre côté.

 

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