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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 18:03

Les Russes qui débarquèrent du «Rion» dans le port d’Ajaccio en 1921 étaient les vaincus de la terrible guerre civile qui déchira l’ancien empire des tsars à partir d’octobre 1917 (voir articles précédents: "Des Russes dans les Deux Sorruet "Où sont les traces des Russes ?"). Ce genre de conflit est toujours favorable à la floraison de chants destinés à donner du cœur au ventre aux soldats. Ce fut le cas en Russie avec «Les partisans» dont la popularité donna plusieurs versions... et même une en langue corse.

 

 

Cette chanson eut une histoire compliquée. Plusieurs des informations  de cet article viennent de Wikipedia.

Le «Chant des partisans de l'Amour» (connu aussi sous le titre «Par les monts et par les vallées») est une chanson russe de 1828 remise au goût du jour avec un nouveau texte de GUILIAROVSKI en 1915 («Marche des fusiliers de Sibérie») et populaire dans tous les camps lors de la guerre civile russe.


Le 27 juin 1919, le colonel Anton TOURKOUL demanda au compositeur Dimitri POKRASS un nouveau texte comme hymne pour l’unité qu’il commandait et qui faisait partie de l’armée WRANGEL. Le 29 juin, retentit pour la première fois le «Chant du régiment de DROZDOVSKI», du nom d’un général qui avait traversé l’Ukraine pour rejoindre l’armée blanche en 1918. 

Mikhail Drozdovski

Mikhail Drozdovski

La même mélodie fut également utilisée par les bolchévicks de l’Armée Rouge. Les paroles évoquent la conquête de la région de Vladivostok sur les contre-révolutionnaires. Intitulée «Les partisans», cette chanson est parfois appelée en français: «A l’appel du grand LÉNINE». Elle fut très utilisée par les Soviétiques lors de la seconde guerre mondiale. Il paraît même qu’elle inspira Maurice DRUON quand il écrivit «Le chant des partisans» devenu l’hymne de la Résistance française.

 

Dans les années 1960, le «Chant des partisans blancs» a été écrit par Alain Sanders et Bernard Lugan, alors militants étudiants de la royaliste Action Française, dans le contexte d’un Quartier Latin très agité par les bagarres entre gauchistes et extrême-droite. Toujours avec la même musique, les paroles font l’apologie des troupes de DENIKINE qui «traquaient TROTSKY tremblant». Cette version eut, et a toujours, un grand succès dans les milieux nationalistes français.

 

En 1990, dans son album « Cuntrasti e ricuccate», le groupe insulaire CHJAMI AGHJALESI chanta «U partigianu». Véritable proclamation politique en faveur d’une révolution sociale et nationale de la Corse, le refrain en est «Liberendu la Nazione/ Feremu a revoluzione» (en libérant la Nation, nous ferons la révolution).

 

Selon son tempérament et ses idées, chacun peut écouter l’enregistrement qui lui convient :

- «Le chant du régiment de Drozdovski», le texte russe blanc

- «A l’appel du grand Lénine», la chanson de l’Armée Rouge présentée ici en langue française :

- «Les partisans blancs», la version française contre-révolutionnaire :

- «U partigianu», le manifeste indépendantiste corse (avec les paroles en corse et en français)

- une très belle version italienne apparue pendant la seconde guerre mondiale :

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 17:59

La tradition corse d’hospitalité a souvent été évoquée à l’occasion de l’afflux récent en Europe d’immigrants venant du Proche-Orient et d’Afrique. La Corse n’est actuellement pas vraiment touchée directement. Mais il y eut des moments où elle connut une brusque arrivée d’étrangers. En 1921, les migrants aboutissant en Corse étaient des Russes.

Le regretté Mimi CANALE l’avait rappelé en avril 1998 dans le bulletin «INSEME», lors d’un entretien sur ses souvenirs :

«L’exploitation forestière était très importante. Il y avait plusieurs scieries le long du fleuve (…). En plus, il y avait une scierie de bois et, après la guerre de 14/18, une colonie de Russes Blancs s’est installée aux alentours de Guagno-les-Bains, ils ont construit un village en bois. Il y avait une boulangerie, une épicerie, un café. Les camions venaient charger les billots vendus du côté de Sagone.»

Mimi CANALE

Mimi CANALE

Qui étaient ces Russes ? Pourquoi se sont-ils retrouvés dans les Deux Sorru ?

Nous pouvons trouver des réponses dans l’article «Les Russes en Corse» publié en 1998 dans la revue « Études Corses» n°49. L'auteur, Bruno BAGNI, est professeur agrégé d'histoire à Toulon. Le texte suivant s’inspire de ce texte, accessible à l’adresse :

http://leon.tourtzevitch.pagesperso-orange.fr/corse.pdf

 

En Russie, après la prise du pouvoir par les bolchéviks (communistes) dirigés par LÉNINE  en 1917, une guerre civile éclata. A l’Armée rouge organisée par TROTSKI, s’opposaient les troupes blanches en majorité monarchistes mais comprenant aussi des républicains modérés. Après de grands succès, les troupes de DENIKINE, WRANGEL, KOLTCHAK, KORNILOV, MILLER et IOUDENITCH battirent en retraite.

général WRANGEL

général WRANGEL

Les derniers combats eurent lieu en Crimée avec l’armée WRANGEL. En novembre 1920, les rescapés évacuèrent Sébastopol sous la protection de la flotte française. 146.200 réfugiés, dont 29.000 civils, arrivèrent à Constantinople. Certains trouvèrent ensuite refuge dans les Etats balkaniques, d’autres, croyant à des promesses de pardon, retournèrent dans la Russie communiste. En avril 1921, il restait encore 55.000 personnes dans les camps de réfugiés dont la France devait s’occuper. Le Brésil accepta d’en recevoir pour servir comme travailleurs agricoles. Le vieux paquebot « Rion », qui avait fait partie de la flotte WRANGEL, quitta la Turquie le 26 avril 1921 en direction de l’Amérique du Sud avec plus de 3700 réfugiés russes à bord. Les avaries provoquèrent une escale à Messine puis l’obligèrent à s’arrêter à Ajaccio.

 

Le matin du 15 mai, les Ajacciens découvrirent ce navire ancré dans le golfe. Comme l’écrit Bruno BAGNI, «Voilà une petite cité insulaire de 20.000 habitants, qui voit en une journée sa population augmenter de 20%. Et qui sont ces 3.700 nouveaux venus? Des Russes, des Ukrainiens, des Cosaques, bref, quelque chose de plutôt exotique sous ces latitudes... Aucun doute sur ce point: l'arrivée du "Rion" a été L'ÉVÉNEMENT de l'année à Ajaccio».

le "Rion"

le "Rion"

Les initiatives de la population ajaccienne pour aider les exilés furent nombreuses. A partir du 1er juin, les Russes furent autorisés à chercher un travail en Corse. Ils s’éparpillèrent et l’on compta : 20 Russes à Bastelicaccia, 17 à Zigliara, 14 à Eccica Suarella, 15 à Serra di Terro, 10 à Afa, 13 à Campo, 21 à Guarguale, 24 à Cauro, 30 à Grosseto-Prugna, 14 à Ucciani, 13 à Vico, et 35 à Calcatoggio... Globalement, leur présence fut très paisible.

Cependant, le gouvernement français affrêta deux vapeurs, l'"Aquitaine" et la "Provence", pour les envoyer au Brésil, comme cela avait été prévu: 1.075 Russes embarquèrent… et 458 revinrent, les Brésiliens les ayant jugés inaptes au travail agricole.

Il fut alors décidé de les renvoyer tous à Constantinople. A cet effet, le "Burgeister von Melle" se présenta le 13 septembre dans le port d’Ajaccio. Mais, une rumeur ayant couru que les réfugiés allaient être livrés aux communistes de Russie, nombre d’entre eux s’enfuirent, souvent cachés par la population ajaccienne, scandalisée qu'on envoie ces braves gens à une mort certaine. Finalement, le "Burgeister von Melle" repartit avec seulement 650 Russes.

A la fin de l’année 1921, il restait 1.500 Russes blancs en Corse.

C'est finalement le 15 juin 1922 que ferma la caserne Livrelli qui servait de centre d’hébergement. Les réfugiés avaient pu s’installer où ils voulaient et où ils pouvaient. En tout cas, ils n’étaient plus à la charge du gouvernement français (et des contribuables). Très vite, un fort courant migratoire fit partir les Russes de Corse vers le continent, où ils espéraient trouver de meilleurs salaires.

Leur nombre dans l’île chuta rapidement puis remonta légèrement.

Bruno BAGNI en arrive à estimer que, finalement, «environ 200 passagers du "Rion" ont dû faire souche en Corse».

Il précise :

«Les travailleurs russes ont été soigneusement dispersés dans l'île. En janvier 1922, des réfugiés sont officiellement signalés dans 80 communes corses. Le saupoudrage est étonnant: à l'exception d'Ajaccio, qui abrite dans la première moitié des années 20 une communauté d'une centaine de Russes, on n'observe nulle part ailleurs de concentration importante; tout au plus relève-t-on entre 15 et 20 individus à Bastia en 1924, et 12 à Volpajola la même année. Partout ailleurs, il n'y a jamais plus de dix réfugiés par commune à partir de 1923. Dans beaucoup de villages, "U Russio", comme on l'appelle le plus couramment, est le seul étranger. On signale par exemple un individu isolé au début de 1923 à Zivaco, Grosseto Prugna, Albitreccia, Guagno, Cargèse, Appietto, Evisa, Letia, Urbalacone, Ciamannacce, Cozzano, Vero, Ucciani, Ota, Cutoli, San Nicolao, Penta di Casinca, Ile Rousse, Corte et Giuncheto.

En 1939, le processus de naturalisation est terminé, puisqu'on ne trouve alors en Corse plus que 3 réfugiés russes, lesquels n'ont vraisemblablement pas souhaité devenir français.»

 

Que se passa-t-il pour les Russes de Guagno-les-Bains ? Dans l’entretien accordé par Mimi COLONNA à «INSEME», on peut lire :

«Comment se fait-il que la colonie de Russes Blancs n’ait pas fait souche ici ?

- Non, il ne reste personne sauf Véronique, la fille de Léonard qui était contre-maître chez ARNAUD et qui ensuite a travaillé à Sagone».

En tout cas, le relevé des tombes dans le cimetière de Guagno-les-Bains, effectué par Joëlle LAGRANGE, ne donne aucun nom d’origine slave.

Voir liste complète à l’adresse :

http://www.francegenweb.org/~cimgenweb/result_com.php3?id=12&dpt=20

 

Un exemple d’enracinement existe dans la brochure consacrée à Muna par l’association A Mimoria (aimablement prêtée par Jean-Baptiste PAOLI, de Soccia). Faisant la liste des familles autrefois présentes dans ce village, il est écrit :

«BIKODOROFF, nom apparu vers 1939 à la suite du mariage d’une jeune fille NIVAGGIOLI avec un homme d’origine russe».

Des personnes ayant ce patronyme se trouvent maintenant à Murzo, Letia et Appietto.

Même s’il reste quelques noms slaves en Corse, tous les passagers du «Rion» et leurs descendants se sont complètement intégrés et sont devenus de vrais Corses.

 

Il ne reste donc plus de traces du village russe de Guagno-les-Bains, qui était peut-être au pied de Libbiu. La scierie où les Russes travaillaient aurait-elle été celle qui fut un temps installée dans les ruines de l’ancien hôpital militaire ? Pourquoi sont-ils partis ? Parce qu’il n’y avait plus de travail ?

Mimi étant né en 1923, ses souvenirs doivent dater des années 30, ce qui pose la question de savoir si ces travailleurs étaient d’anciens passagers du « Rion » ou d’autres exilés passés par le Continent.

Autre question : pourquoi la mémoire collective poggiolaise a-t-elle totalement occulté ces faits?

La question des Russes dans les Deux Sorru est un domaine à étudier. Ce blog accepterait volontiers d’y contribuer en publiant des témoignages ou des documents sur ces immigrants particuliers.

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il existe une association de descendants de Russes en Corse. Elle a un site dont l'adresse est: 

http://www.kalinka-machja.com

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 17:38
11 novembre : il y a un siècle, la mort avait accompli presque la moitié de sa sinistre besogne

Le 11 novembre 1918 est l’objet chaque année de cérémonies à la fois pour se souvenir des morts de la première guerrre mondiale et pour célébrer la victoire. Avant ce conflit, cette date ne représentait rien de particulier. Pourtant, à Poggiolo, le 11 novembre 1915 a représenté une étape importante de la Grande Guerre.

Il y a exactement un siècle, ce jour-là, le village ne le savait pas encore mais la moitié du massacre de ses fils avait déjà eu lieu.

11 novembre : il y a un siècle, la mort avait accompli presque la moitié de sa sinistre besogne

Les noms de trente Poggiolais sont inscrits sur le monument aux morts.

Treize, soit pratiquement la moitié, avaient disparu en 1914 et 1915, plus précisément entre le 19 septembre 1914 et le 26 septembre 1915. Quatorze en douze mois et une semaine !

Quatre soldats avaient succombé dans le premier mois de la guerre :

-MARTINI Noël Ange Francois    05/09/1914 Neufmontiers (77)

-MARTINI Jean Toussaint    19/09/1914 Neuvilly-en-Argonne (55)  

-DESANTI François Antoine  20/09/1914 Bethincourt (55)

-DESANTI Jean Toussaint    02/10/1914 Crouy (80)

 

L’année 1915 fut la plus meurtière pour Poggiolo avec neuf morts :

-MARTINI Jean Dominique Roch Antoine    08/01/1915 Les Éparges (55)    

-DESANTI Jean    26/02/1915 Vauquois (55)    

-DESANTI Jacques Antoine    04/03/1915 Vauquois (55)    

-PINELLI Dominique Félix    08/03/1915 Bernécourt (54)       

-MARTINI Pierre Toussaint 24/04/1915 Morto Bay (Turquie)

-LOVICHI Jean Ary François Léon  14/07/1915 Kérévés-Déré (Turquie)

-PAOLI Francois Antoine    12/09/1915 Toul (54)    

-DEMARTINI Jean Baptiste    25/09/15    Saint-Hilaire-le-Grand (51)

-DEMARTINI Dominique Francois    26/09/15    Massiges (51)

 

Les mathématiciens scupuleux pourront noter que la moitié exacte des victimes fut atteinte le 9 mars 1916 avec la mort de MARTINI Pierre Paul à Lachalade (55) .

 

Voici un siècle, le 11 novembre arriva à un moment où, trois ans avant l’armistice, Poggiolo avait payé la moitié de son impôt du sang. Comme beaucoup d’autres villages, il ne s’en releva jamais vraiment.

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Tous les renseignements sur les Poggiolais morts pendant la première guerre mondiale se trouvent dans les articles classés dans la catégorie "guerre".

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 17:52

A l'occasion de ce 8 mai 2015 qui est le soixante-dixième anniversaire de la capitulation allemande, nous pouvons nous souvenir de Mimi CANALE, dont tous les amis de Poggiolo et de Guagno-les-Bains déplorent le décès le 28 octobre 2014, et qui fut un grand soldat de la seconde guerre mondiale. 

Ce blog a déjà publié un très attachant souvenir de sa guerre en Italie (voir La campagne d'ITALIE de Mimi CANALE).

Mimi avait donné un long entretien au bulletin "INSEME" d'avril 1998. Nous en extrayons les parties qui concernent d'autres moments de ses souvenirs de soldat.

La guerre de Mimi

La guerre est arrivée, qu'avez-vous fait ?

J'ai fait la guerre! comme engagé volontaire. En 1943, j'ai participé au débarquement en Corse avec les goumiers marocains. J'étais le premier soldat arrivé à Vico. Puis, ça a été Bastia comme "radio", Teghime, San Stefano, puis l'Italie avec le fameux Cassino, la Provence, l'Autriche et l'Allemagne.

 

Racontez-nous quelques anecdotes de la guerre.

Je vais vous en raconter trois:

 

- En Allemagne, je suis tombé malade et l'année française m'a laissé sur le chemin prés d'un village. J’ai été récupéré par trois femmes, des coiffeuses qui m'ont soigné si bien que, quand l'armée a pris le bourg, ils ont mis un signe sur leur maison pour qu'elles ne soient pas inquiétées.

 

- La deuxième, c'est les Vosges. Il faisait très froid, moins 42°, on faisait des trous dans la neige et on survivait avec du schnaps et de l'alcool solidifié qui arrivait dans de gros sacs de jute ; on en cassait des morceaux puis on les faisait fondre.

 

- La troisième, c'est quand nous étions installés à Lyon très confortablement. On nous a fait descendre à Marseille pour partir en permission. Là, les conditions d'hébergement étaient très difficiles et en plus il n'y avait pas de bateaux pour partir à Bastia ou Ajaccio, alors que quand il s'agissait de nous faire partir pour la guerre, là, il n'y avait pas de problèmes: ils en trouvaient! Donc, nous voilà partis à Marseille bien impatients! Un jour, bien que n'étant pas sur la liste des 20 désignés pour le départ, nous sommes descendus sur les quais et ceux qui s'occupaient de l'embarquement nous ont dit qu'il y avait de la place mais pas de quoi nous nourrir pendant la traversée. Cela nous était égal; alors nous voilà partis !

 

A la libération, il fallait travaiIler. Je n'avais pas envie de rester dans l'armée; mon régiment partait pour Madagascar.

J'ai hésité entre la police et la poste, puis j'ai fait l’école de croupier, nous étions mieux rémunérés et pendant quelques années j'ai exercé ce métier. L'hiver par exemple, j'étais au casino de l'Eldorado à Nice, et c'est là que j'ai retrouvé celle qui allait devenir ma femme et dont j'avais fait la connaissance à Lyon où elle était la marraine de notre régiment.

 

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 18:01

La France se targue d'avoir un état-civil très bien organisé depuis l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, et surtout depuis le décret de l'Assemblée nationale du 20 septembre 1792 qui remettait la tenue des registres de naissance, mariage et décès aux maires. Leur étude est fondamentale pour la généalogie, les statistiques et l'histoire des familles et des communes. Ce travail peut paraître aride mais il permet de faire des découvertes curieuses, amusantes, bizarres ou tragiques. Trois exemples concernant des déclarations de naissance dans des familles poggiolaises ont ainsi été sélectionnées.

 

Le premier exemple contredit justement le sérieux de notre état-civil. La victime en fut Antoine François FRANCESCHETTI, le militaire le plus gradé et le plus décoré des victimes poggiolaises de la première guerre mondiale.

Les surprises de l'état-civil: le capitaine a failli ne pas exister (1/3)

Engagé au 139ème régiment de ligne à Ajaccio le 3 février 1877, Antoine François (que certains documents prénomment François Antoine, signe d'un certain flottement administratif) fit une carrière militaire active jusqu'en 1892.

Il accomplit plusieurs campagnes, notamment pour réprimer des mouvements insurrectionnels en Algérie en 1881 et 1882. Il y gagna la médaille militaire en 1890 et la médaille coloniale. 

Comme il en était à l'époque, son temps d'engagement terminé, il entra ensuite dans  l'armée territoriale, en tant que sous-lieutenant de l'infanterie territoriale. Il parvint au grade de lieutenant en 1899 et fut libéré de ses obligations en 1902. Il n'en continua pas moins de suivre les cours des écoles d'instruction militaire et de se dévouer à elles, ce qui fut reconnu par plusieurs citations dans le "Journal Officiel".

Le titre de chevalier de la Légion d'Honneur lui fut finalement attribué en janvier 1914.

La guerre provoqua son rappel sous les drapeaux le 2 août 1914 comme capitaine au 109ème régiment d'infanterie territoriale.

Le capitaine Antoine François FRANCESCHETTI décéda de "maladie aggravée" le 5 février 1917 en son domicile lyonnais, 34 rue des Chevaucheurs, dans le cinquième arrondissement, où il s'était installé en 1892. Il fut considéré comme mort pour la France. 

Ainsi s'acheva une vie vouée à l'armée et bien récompensée. 

 

Mais où est le problème d'état-civil?

Le site Mémoire des hommes, qui publie les fiches des soldats français tués pendant la première guerre mondiale, lui donne 1875 comme date de naissance, ce qui est une erreur de transcription manifeste, d'autant plus que la même fiche indique qu'il était de la classe 1877, c'est-à-dire qu'il était né en 1857.

Les surprises de l'état-civil: le capitaine a failli ne pas exister (1/3)

Sa date de naissance est le 10 janvier 1857 à Poggiolo. C'est du moins la date qui lui fut finalement accordée par la justice. En effet, pour cette année-là, une décision judiciaire est insérée dans le registre des naissances poggiolais.

Le tribunal civil de première instance d'Ajaccio étudia le 18 janvier 1877 une plainte de Jeanne MARTINI, veuve de Jean François FRANCESCHETTI, "tendant à la constation de l'acte de naissance de son fils mineur Franceschetti Antoine François, lequel n'a pas été transcrit sur les registres des actes de l'Etat-Civil de la commune de Poggiolo où il est né".

La naissance n'ayant pas été retranscrite, le jeune homme n'existait pas pour l'administration et, au moment du service militaire, à l'âge de vingt ans, il ne pouvait porter l'uniforme. C'est certainement ce qui a dû motiver l'action judiciaire de sa mère. Il était encore considéré comme mineur (la majorité était alors à 21 ans) et son père, François FRANCESCHETTI, était décédé en 1861. 

Pour quelle raison, l'acte de naissance n'avait-il pas été rédigé? Le maire de l'époque avait-il été négligent? En tout cas, en 1857, le maire de Poggiolo était Antoine François FRANCESCHETTI, un cousin de son père. Il est vrai que, à l'époque, la déclaration n'avait pas de conséquences pour les allocations familiales ou pour l'impôt sur le revenu qui n'existaient pas. Le jugement ne donne aucune information sur l'origine de cette absence. 

En tout cas, le tribunal...

... "déclare dire Franceschetti Antoine, François, fils légitime de feu François et de Jeanne née Martini est né en la commune de Poggiolo le 6 janvier mil huit cent cinquante-sept; dit que le jugement tiendra lieu au dit Franceschetti d'acte de naissance et qu'il sera transcrit aux registres des actes de l'état-civil de Poggiolo".

Les registres d'état-civil à la mairie de Poggiolo

Les registres d'état-civil à la mairie de Poggiolo

 

Les trois juges ayant tranché le 18 janvier 1877, le Poggiolais put s'engager dans l'armée le 3 février. Il s'en était fallu de peu que sa vie ne prit un tout autre tournant.

Pour un peu, Poggiolo aurait eu un titulaire de la Légion d'Honneur de moins (et un nom de moins sur son monument aux morts).

Une précision: Antoine François était l'arrière-petit-fils de Francesco FRANCESCHETTI (1743-1818) dont le frère Anton Francesco (1730-1818) est l'ancêtre direct des FRANCESCHETTI habitant ou possédant actuellement des maisons à Poggiolo.

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 18:09

Le centenaire du début de la première guerre mondiale a permis aux médias de s'étaler largement sur le grand nombre de morts, sur l'énergie des soldats, sur les combats sanglants, etc., etc..

Mais, si de nombreux villages perdirent alors leurs jeunes, ce ne fut pas seulement parce qu'ils périrent sous l'uniforme. 

 

UN CANTON PARTICULIÈREMENT SAIGNÉ

De nombreuses publications ont montré l'importance de "l'impôt du sang" versé par la Corse pendant la Grande Guerre.

Si l'on compte que, sur 40.000 mobilisés et 2.500 engagés volontaires, il y eut près de 11.000 morts, la proportion par rapport aux mobilisés atteint près d'un quart, contre 16,5% pour l'ensemble du pays.

On peut aussi rapporter le nombre de tués à la population totale. Le pourcentage est de 3,5% pour l'ensemble de la France. La Corse, quant à elle, déplora la disparition de 3,9% de ses habitants.

Sur la carte suivante, extraite de de "50 DOCUMENTS POUR UNE HISTOIRE DE LA CORSE", publication du CRDP de Corse, 50 cantons ont une moyenne de disparus supérieure à 3%. Mais les deux taches rouges correspondent aux cantons de SOCCIA et de Vezzano qui furent les seuls à dépasser les 6% de morts par rapport à la population totale.

 

Pourquoi les soldats ne sont-ils pas revenus?

Pourquoi ce triste record? Ce serait à étudier attentivement. Il est certain que, ainsi saignées, les communes de Sorru in Sù pouvaient difficilement se relever.

Mais ce ne fut pas tout.

LE NON-RETOUR DES SURVIVANTS

lDes lecteurs ont pu être surpris, en lisant l'article "Ceux qui en sont revenus", d'apprendre que Jean-Antoine FRANCESCHETTI, après sa démobilisation et son mariage, au lieu de s'installer à Poggiolo, alla travailler à Marseille pendant plus d'un tiers de siècle. Grâce à son grand-oncle, le curé Philippe Antoine FRANCESCHETTI (1840-1924), il avait pu suivre à Ajaccio des études un peu plus approfondies que les jeunes du village. Il pu ainsi avoir plus facilement un emploi dans l'administration municipale marseillaise. Dès juillet 1921, Jean-Antoine habita au 7 rue Méolan, près de la Canebière, puis, à partir de 1935, au 25 rue docteur Jean Sicard (actuelle rue Marx Dormoy). Il ne revint s'installer à Poggiolo qu'à sa retraite.

Son cas ne fut pas isolé. Quel que fut leur niveau d'instruction, de nombreux jeunes Corses, après avoir quitté l'uniforme, ne revinrent pas au pays.

Paul SILVANI avait décrit ce phénomène dans le quotidien "Le Monde" du 7 novembre 1998:

"Une grande partie des survivants ne regagneront pas leur ville ou leur village: ils ont pour la plupart gagné des galons et préféré rester dans l'armée ou entrer dans la gendarmerie, les douanes, la police, l'administration coloniale ou pénitentiaire.(...)

Ainsi tous ces Corses tournent-ils le dos à l'économie agro-pastorale de subsistance de l'avant-guerre, c'est-à-dire une vie rude, difficile et sans avenir. La découverte d'un monde nouveau et des perspectives qu'il ouvre à tous ces jeunes gens qui, sans la guerre, n'auraient probablement jamais franchi la mer en masse (...) augure à la fois de carrières prometteuses et du déclin de l'économie des vallées de l'intérieur. (...)

Les conscrits sont très nombreux à ne pas regagner leur île, où il n'y a pas de travail, à la fin de leur temps: 100% EN 1921 POUR LE CANTON DE SOCCIA, 50% dans ceux de Lama et Castifao. (...)

 La guerre de 14-18 constitue ainsi une étape décisive dans le processus de désertification rurale."

 

Notre concitoyen Xavier PAOLI l'a écrit pour Poggiolo dans son "Histoire abrégée du village avant 1914" que l'on peut consulter dans la rubrique "Pour nous connaître" de ce blog: 

"cet harmonieux équilibre entre la nature et l'homme, lentement et patiemment élaboré au cours des siècles, sera brutalement détruit en 1914.
Plus rien n'arrêtera alors la chute inexorable vers ce que nous connaissons actuellement."

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 18:04

Les héros de la Première Guerre Mondiale ne sont pas seulement les soldats qui sont morts entre 1914 et 1918 comme ceux qui ont été présentés dans des articles précédents.

Ceux qui sont revenus vivants de cette grande boucherie ont été marqués toute leur vie par des blessures physiques et psychologiques.

A eux peut s'appliquer cet extrait de la chanson de Jean Ferrat "Nuit et brouillard" qui concernait les déportés de la seconde guerre mondiale:

Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

 

Voici trois exemples poggiolais.

 

Certains ont pu être profondément marqués dans leur chair comme Joseph DESANTI, né le 1er février 1889 à Poggiolo. Mobilisé au 173e  Régiment d’Infanterie (le régiment des Corses), il fut blessé à la tête et au bras droit par un éclat d’obus à Douaumont. Il en fut profondément défiguré. Bien longtemps après, ses souffrances lui valurent la Légion d’Honneur par décret du 31 août 1960, mais à titre posthume… car il était mort le 16 juin 1959.

 

Autre Poggiolais chevalier de la Légion d’Honneur mais décoré de son vivant, lui aussi en 1960: le greffier Antoine François Léonard PINELLI (1893-1964) qui eut sa main gauche paralysée par une balle en 1917.

 

Jean-Antoine FRANCESCHETTI fut également un grand blessé, avec des blessures moins visibles bien que très réelles.

Né le 24 septembre 1897 à Poggiolo, il fut incorporé en 1917 au 29e Bataillon de Chasseurs à Pied dans lequel il fut un bon soldat comme le prouve le certificat de bonne conduite donné lors de son retour à la vie civile.

Ceux qui en sont revenus

L’illustration de ce document est un tableau de Louis-Théodore Devilly qui montre le dernier jour de la bataille de Sidi-Brahim devenue le symbole des chasseurs, le 26 septembre 1845, au moment où les rescapés du 8e bataillon de chasseurs à pied vont succomber devant les troupes de l’émir Abd El-Kader. 

Ceux qui en sont revenus

Jean-Antoine fut blessé le 19 avril 1917 à Corbeny, dans l’Aisne. Un éclat d’obus lui infligea une grande plaie à l’avant-bras gauche et à la hanche. Soigné, il repartit au front et fut intoxiqué par une attaque aux gaz le 6 août 1918.

Les conséquences furent graves. Sa cicatrice de la crête iliaque gauche était grosse et douloureuse. Ses poumons et son cœur fonctionnaient souvent difficilement.

Mais il passa outre pour avoir une vie normale. Jean-Antoine FRANCESCHETTI épousa en 1922 Rose DESANTI, nièce de Philippe CERATI dont la biographie a été publiée dans l'article "La réponse à la devinette guagnaise".

Il eut deux fils, Jean-Martin et Philippe, et mena une carrière de fonctionnaire à Marseille. Après son retour à Poggiolo en 1958, il s’acharna à soigner ses arbres, à prendre soin de ses chèvres, cochons et ânes, et à cultiver quotidiennement son jardin jusqu’à quelques jours avant son décès le 27 août 1987, après une vie de labeur incessant. S’il ne parlait pas beaucoup de la guerre, celle-ci le fit souffrir chaque jour. Il en fut de même de beaucoup d’autres.

Jean-Antoine FRANCESCHETTI (à gauche) et son frère Philippe pendant son service militaire (photo de 1921 ou 1922)

Jean-Antoine FRANCESCHETTI (à gauche) et son frère Philippe pendant son service militaire (photo de 1921 ou 1922)

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 19:23

Il ne faut pas réduire les 30 Poggiolais dont les noms sont gravés sur le monument aux morts à ces quelques lignes. Il ne faut pas non plus les cantonner à des hommes en uniforme. Leur vie, arrêtée net par la première guerre mondiale, avait commencé bien avant. Ils furent des enfants qui connurent de beaux moments auprès de leurs parents, à Poggiolo ou, pour certains, dans d'autres localités (voir la partie "Pas tous de Poggiolo" dans l'article "Les surprises des trente Poggiolais").

Ils allèrent à l'école obligatoire et laïque de la Troisième République triomphante. Grâce à leur scolarité, on peut connaître les visages de plusieurs de ces futurs soldats.

L'HUMANITÉ DES PHOTOS

La photo de l'école de Poggiolo en 1900 est exposée dans la salle du conseil municipal. 

Eux aussi furent des enfants

Elle a été "donnée le 1er mai 1990 à la municipalité par Françoise, Marie-Jeanne et Dominique-François DESANTI, en souvenir de leur mère Marthe DESANTI née DEMARTINI." Ce magnifique et émouvant document est accompagné de l'identité de pratiquement toutes les personnes visibles sur ce cliché.

La présentation en a été réalisée dans l'article paru sur ce blog le 9 septembre 2010 sous le titre: "La cent dixième rentrée scolaire".

 

Eux aussi furent des enfants

On peut ainsi en extraire quatre visages de jeunes garçons qui firent partie de ces trop nombreux «jeunes Français couchés froids et sanglants sur leur terre mal défendue" (Charles Maurras dans "Kiel et Tanger"). 

 

Eux aussi furent des enfants
  • Le plus à gauche avec le numéro 19 est Jean DESANTI, né le 8 octobre 1892, qui avait 8 ans sur cette photo. Au moment de son incorporation, en 1912, il s'engagea dans le 46ème régiment d'infanterie. Il fut "tué à l'ennemi" le 26 février 1915 à Vauquois dans la Meuse.
  • Le numéro 32 est celui de Dominique Xavier DESANTI, né le 31 janvier 1890, engagé dans l'infanterie coloniale et mort en Serbie "des suites de maladie contractée en service" le 13 décembre 1918, un mois après l'armistice !
  • A côté, se trouve le visage de Charles Marie VINCIGUERRA (numéro 34) qui a fait l'objet d'un hommage particulier et d'un article intitulé "Hommage à Charles Marie Vinciguerra". Il avait 9 ans au moment de ce cliché.
  • Le dernier (numéro 36) est Laurent Antoine PINELLI, né le 20 avril 1893 (donc 7 ans sur la photo). Engagé volontaire, il décéda lui aussi "des suites de maladie contractée en service" le 28 mai 1918 à l'hôpital de Fez (Maroc).
  • Il ne faut pas oublier d'ajouter à cette liste Jean Ary LOVICHI qui  était né le 10 novembre 1893 à Constantine, en Algérie, et mourut en juillet 1915 aux Dardanelles. Sa biographie est parue dans l'article "Enterré face au tombeau d'Achille". Il pose ici avec ses deux sœurs. 
Eux aussi furent des enfants

LA FROIDEUR DES CHIFFRES

Une photo de classe n'est pas forcément utilisée pour faire remonter des souvenirs et larmoyer. Elle peut servir à fabriquer des statistiques et à comparer froidement des séries de chiffres. 

La photo de l'école poggiolaise en 1900 réunissait, avec l'instituteur, 29 filles et 26 garçons. Parmi ceux-ci, les renseignements donnés par la famille Desanti sont insuffisants pour 4 dont on n'a pas les noms, prénoms, dates de naissance et de décès. Il en  reste 22 à l'identité bien reconnue et qui naquirent entre 1882 et 1895, dates permettant de participer à la guerre. Trois décédèrent avant 1914. Sur les 19 restants, les 4 moururent pendant la guerre, comme vu précédemment. Cela représente un  taux de 21 %. Un cinquième des Poggiolais mobilisables ont perdu la vie pendant la guerre.

Si l'on en croit les tableaux de George PINEAU utilisant les chiffres officiels et édité par le JOURNAL DES MUTILES ET COMBATTANTS (http://vestiges.1914.1918.free.fr/Pertes.htm), la moyenne de pertes de la XVème région militaire, dont la Corse faisait partie, fut de 11,89%.

Les chiffres réels des pertes corses sont encore prétexte à controverses. Voir la recension qui en est présentée ici: 

http://elizabethpardon.hautetfort.com/tag/compte+des+morts+de+la+guerre+de+14-18+en+corse

Mais il est certain que ces morts furent trop nombreux, beaucoup trop nombreux...

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 18:14

Les noms inscrits sur les monuments aux morts dont ceux des soldats qui sont morts pendant les guerres et dont le souvenir doit perdurer auprès des générations suivantes. Seulement, leur présence sur la pierre indique seulement que ces hommes ont été tués mais pas comment ils se sont comportés. Dans l'ignorance des détails de leur carrière militaire, on peut supposer qu'ils ont été des héros.

Pour en avoir le cœur net, il est nécessaire de regarder dans les documents. Et ceux-ci confirment que les Poggiolais furent de bons militaires.

Sur les trente Poggiolais présents sur le monument du Lucciu, nous savons que beaucoup s'étaient engagés dans l'armée avant 1914. Il n'est donc pas étonnant que cinq d'entre eux avaient déjà obtenu la médaille coloniale, surtout pour des campagnes en Afrique du Nord.

Deux étaient chevaliers de la Légion d'Honneur. Mais, là encore, ces décorations avaient été reçues pour des carrières antérieures à la Première Guerre Mondiale.

Sept furent titulaires de la médaille militaire

La médaille militaire est une décoration qui ne peut être concédée que pour des services militaires exceptionnels. Elle est formée d'une couronne de laurier d'argent qui entoure un médaillon d'or où figure l'effigie de la République, entourée d'un cercle d'émail bleu où sont inscrits les mots : République française. Au revers, la médaille porte au centre du médaillon d'or, entouré d'un cercle bleu, la devise : Valeur et Discipline. Les feuilles et boutons de laurier sont liés de deux rubans entrecroisés en haut et en bas. L'insigne est suspendu à un ruban jaune bordé de vert des deux côtés. (renseignements Wikipédia)

La face avant du monument aux morts de Poggiolo reproduit cette médaille, sous le médaillon d'un "Poilu" posé sur des branches de laurier.

Le palmarès des trente Poggiolais

La croix de guerre 1914-1918 a été attribuée à 5 des 30 Poggiolais. Cette décoration servait à récompenser une conduite exceptionnelle au cours de cette guerre.

Neuf citations (à l'ordre du régiment, de la division, du corps d'armée ou de l'armée) ont été publiées pour montrer des Poggiolais en exemple. A lui seul, Jean Toussaint PINELLI en a obtenu trois pendant la seule année 1917. Une curiosité: la citation de Jean Toussaint DEMARTINI à l'ordre des troupes du groupe de l'A.O.F. (Afrique Occidentale Française) pour sa bravoure dans les combats contre les Allemands au Togo, peut-être avec Jean Hyacinthe DESANTI (Voir l'article "Un Poggiolais au Mali"). Il mourut en 1916 dans la Somme.

Ces trente Poggiolais de 14-18 ont donc de bonnes raisons d'être présentés comme des exemples.

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 17:59

L'année 2014 n'est pas seulement celle du centenaire du début de la Première Guerre Mondiale. Vingt ans après celle-ci, une nouvelle guerre ravageait l'Europe et le monde. Six Poggiolais moururent alors pour la France. Voici exactement soixante-dix ans que, le 19 novembre 1944, disparut   Marc Jean OTTAVY auquel cet article rend hommage.

 

Marc Jean OTTAVY (dit habituellement « Jean » ou « Jeannot ») n’est pas né en Corse mais en Algérie, à CONSTANTINE, en 1922.

Il fait partie de ces familles corses qui, devant la pauvreté matérielle, cherchèrent leur survie dans les territoires coloniaux.

Son père Martin OTTAVY était né à PHILIPPEVILLE mais ses grands-parents paternels étaient nés à SOCCIA et se marièrent à PHILIPPEVILLE. Antoinette PINELLI, la mère de Jean, était née à CONSTANTINE où les parents de celle-ci, nés et mariés à POGGIOLO, s’étaient installés.

La famille avait déjà été marquée par la première guerre mondiale avec  la disparition de l’oncle maternel de Jean, le sous-lieutenant (du 3e Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs) Jean-Toussaint PINELLI, qui était mort le 14 avril 1918 dans l’Oise.

 

Jean Ottavy

Jean était étudiant en Droit à ALGER quand il fut mobilisé, comme beaucoup de Français d’Algérie. Après le débarquement anglo-américain de novembre 1942, le million de Français d’origine européenne d’AFN fournit 170.000 hommes, représentant 27 classes d’âges entre 17 et 45 ans, plus les engagés volontaires, soit 16,35% de cette population. Effort supérieur à celui de la métropole en 14-18. Rappelons que les soldats d'origine européenne (dits "pieds-noirs") étaient « appelés » et non pas "volontaires" comme leurs camarades de combat "indigènes" musulmans.

Intégré dans une unité du Génie, Jean débarqua en Provence en août 1944 avec la 1ère Armée d’Afrique du général de LATTRE de TASSIGNY, comme d’autres Poggiolais (voir article du 20 mai 2009 sur Archange COLONNA). Après la libération de TOULON et MARSEILLE , il fit la remontée du Rhône et arriva aux bords du Doubs mi-septembre.

Maîche

L’offensive qui devait aboutir à la libération de STRASBOURG débuta le 14 novembre dans de grandes bourrasques de neige. Le 1er C.A. (corps d’armée) entra le 17 à MONTBÉLIARD. Le 18, en retrait du front, la patrouille que Jean dirigeait fut prise dans une embuscade près du village de MAÎCHE (où, cinq jours auparavant, de GAULLE et CHURCHILL avaient conféré pour préparer les futurs combats). Jean fut fauché en portant secours à ses camarades. Grièvement blessé, il ne put être secouru que tardivement, ayant perdu beaucoup de sang. Il décéda le 19 novembre 1944 à PONT-DE-ROIDE où il fut inhumé.

Sa tombe fut entretenue par une famille du lieu jusqu’à ce que, bien plus tard, le rapatriement du corps à POGGIOLO put être organisé. Il était titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre. Son nom est gravé sur le monument aux morts de POGGIOLO et sur celui de SOCCIA.

 

Note: Jean était le frère de Maryvonne OTTAVY et donc l'oncle de Joël et Hervé CALDERONI.

 

PS: cet article a déjà été publié le 8 mai 2010.

Le nom de Jean OTTAVY a été donné à une rue de Constantine, comme le rappelle cet article:

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  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
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