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3 novembre 2019 7 03 /11 /novembre /2019 18:00

La question posée par la devinette du mois a pu paraître étonnante:

 

pourquoi, cette année, n'y aurait-il pas de drapeaux à la grille du monument aux morts de Poggiolo le 11 novembre comme chaque année?

 

Monument aux morts de Poggiolo. 8 mai 2009.

Monument aux morts de Poggiolo. 8 mai 2009.

 

D'ailleurs, depuis une circulaire du 4 mai 1963, le drapeau doit être arboré lors des journées de commémoration nationale.

 

L'an dernier, lors du 11 novembre, la clôture était bien décorée de trois drapeaux qui, au lieu d'être placés au centre et aux deux coins, à l'instar d'autres années, avaient été rassemblés près du portillon et attachés aux barreaux métalliques, comme le montrent les photos ci-dessous extraites de notre article de l'an dernier.

 

Cérémonie du 11 novembre 2018
Cérémonie du 11 novembre 2018

Cérémonie du 11 novembre 2018

 

Que s'est passé depuis? Pourquoi y aurait-il un changement?

 

Il faut s'approcher du monument aux morts et se mettre, non pas en face mais sur un côté. On aperçoit alors, caché derrière le marbre dédié aux morts de la seconde guerre mondiale, un plaque métallique avec trois tubes. Il s'agit d'un support pour les drapeaux.

 

Photo Michel Franceschetti (23 juillet 2019)

Photo Michel Franceschetti (23 juillet 2019)

 

Les drapeaux seront ainsi regroupés au centre, contre la pyramide du monument. Ils ne seront plus attachés à la grille. Très bonne initiative.

 

Il sera donc possible à la municipalité de fixer facilement un, deux ou trois drapeaux, selon son choix. En effet, on oublie souvent que le drapeau tricolore est le seul imposé par la législation (circulaire du 4 mai 1963 citée plus haut).

 

Le drapeau corse s'impose de lui-même chez nous.

 

Par contre, le bleu avec des étoiles n'est absolument pas obligatoire. On peut s'en passer sans souci. Et, si on y tient, il ne doit jamais se trouver tout seul et être placé uniquement à droite du drapeau français (donc vu à gauche de celui-ci en regardant l'édifice public). Regardez bien les photos de Poggiolo.

 

Renseignements extraits du site contrelacour et du site du Ministère de la Défense (mis à jour le 21 avril 2018).

 

 

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2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 18:00

 

Une date incontournable du mois de novembre est le 11, anniversaire de l'armistice de 1918, jour férié depuis 1922.

Depuis le 20 février 2012, le 11 novembre est devenu une journée « de commémoration de la Grande Guerre et de tous les morts pour la France ».

A cette occasion, la clôture qui entoure le monument aux morts de Poggiolo est décorée de trois drapeaux.

 

le monument aux morts le 8 mai 2009

le monument aux morts le 8 mai 2009

 

Mais, cette année, ces emblèmes ne seront pas sur la barrière métallique.

 

POURQUOI?

 

Réponse demain. 

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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 17:59

Le 3 septembre va être le quatre-vingtième anniversaire du déclenchement de la seconde guerre mondiale. Mais, pour un jeune Socciais de l'époque, le grand événement était tout autre.

 


Le 26 août 1939, Antoine PAOLI s'attendait à tout moment à apprendre la naissance de son enfant. Son épouse Antonia était sur le point d'accoucher. Pourvu que ce soit un garçon, pensait-il, comme beaucoup d'autres Corses de l'époque.


Les événements internationaux avaient bousculé la vie familiale. Si la déclaration de guerre eut lieu le dimanche 3 septembre, le gouvernement français avait décrété la mobilisation générale le mercredi 30 août avec mise en application le 2 septembre à 0 heure.

 

Solution de la devinette: 1939, anniversaire d'une guerre... et d'une vie

 

Dès les jours précédents, des réservistes et des permissionnaires avaient été rappelés. Antoine en faisait partie, ce qui explique que, le 26 août, il était sur les quais d'Ajaccio sur le point d'embarquer pour aller s'opposer aux Allemands, alors que sa jeune femme connaissait les premières douleurs.

 

Pour avoir des nouvelles, la seule solution était de se rendre à la Poste du cours Napoléon pour téléphoner au bureau de Poste de Soccia.

 

Avant guerre, la Poste socciaise se trouvait au-dessus de la fontaine, face au monument aux morts. La pancarte, complètement effacée, est encore fixée sur la façade

 

Solution de la devinette: 1939, anniversaire d'une guerre... et d'une vie

 

Sa famille, comme pratiquement toutes les autres, n'ayant pas le téléphone, un de ses parents traversait le village pour donner des nouvelles à la postière qui le répétait à Antoine quand il appelait. Et ainsi plusieurs fois dans la journée...

 

Intérieur du bureau de Poste de Soccia en 1930.

Intérieur du bureau de Poste de Soccia en 1930.

 

Les contractions augmentaient, la naissance approchait. Mais le départ du bateau était imminent. La sirène appelait les retardataires. Les passerelles allaient être enlevées. Une fois encore, Antoine courut à perdre haleine jusqu'à la Poste pour dire que c'était son dernier appel. Et, au bout du fil, il entendit quelqu'un arriver dans le bureau de Soccia et crier à l'autre bout de la pièce: "C'est une fille!".


A la fois surpris, soulagé et épuisé, il ne put que lâcher cette phrase: "DITES-LUI QUE JE NE LUI EN VEUX PAS".


Il ne faut pas comprendre qu'il n'en voulait pas à sa femme de ne pas lui avoir donné un garçon, ni qu'il pardonnait à ce bébé d'avoir été si en retard. En fait, Antoine ne savait plus ce qu'il disait, essoufflé par ses allers-et-retours, heureux que tout se soit bien passé et inquiet de ne pas rater le départ du navire. Il lâcha le combiné et courut gravir la passerelle juste à temps.

 

Ce ne fut que quelques mois plus tard qu'Antoine put faire connaissance de sa fille, MARIE-ANGE.


Oui, cette anecdote concerne bien la naissance de Marie-Ange, la dynamique animatrice de l'ancien comité paroissial et de tant d'événements à POGGIOLO. Elle est née Socciaise voici quatre-vingts ans et est Poggiolaise depuis longtemps, depuis son mariage avec Xavier PAOLI.

 

 

Très bon anniversaire, Marie-Ange!
 
 
 
Solution de la devinette: 1939, anniversaire d'une guerre... et d'une vie

 

Ce texte est la version modifiée et mise à jour de l'article paru sur ce blog le 28 août 2009.

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1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 17:58

A chaque début d'année, on espère que les douze mois à venir seront heureux et on envoie des vœux de toute sorte. Mais lequel choisir en priorité?

Bien sûr, la santé est très importante mais il faut insister sur la PAIX. Nous en avons tous grandement besoin en ce moment.

Pour illustrer le souhait pacifique, cette petite scène d'un vieux monsieur s'amusant avec un petit chat convient très bien.

Pour une année de paix

De plus, cette photo, prise par Jacques Antoine MARTINI en 1968, a un rapport avec l'année 2018 qui était celle du centenaire de la fin de la première guerre mondiale: l'homme représenté assis sur le mur bordant la maison de Valère Ceccaldi était soldat en 14-18.

 

Laurent Antoine PINELLI (1891-1974) entra dans l'armée en 1912. Il ne mesurait que 1,52 m de hauteur. Il fut d’ailleurs connu toute sa vie sous le surnom de «Antunarellu» (le petit Antoine). Il aurait pu être exempté du service militaire mais, si la taille minimale exigée était de 1,54 m jusqu’en 1901, une loi rendit, cette année-là, le conseil de révision souverain de sa décision. Et Laurent Antoine commença sa carrière militaire.

Il embarqua pour l'Indochine et devint caporal puis sergent dans un régiment de tirailleurs tonkinois. Il revint en Europe en octobre 1918, puis rentra en Indochine.

Il fut ensuite envoyé au Levant où il participa de 1920 à 1922 à la très dure campagne de Syrie-Cilicie contre les Turcs. Après quelques mois en AOF, il fut affecté en Cochinchine jusqu'à la fin de sa carrière en janvier 1928. Il retourna en Corse avec le grade d'adjudant et de nombreuses médailles.

 

En 1959, quand Martin PAOLI fut élu maire de Poggiolo, Laurent Antoine devint premier adjoint, fonction qu'il assuma jusqu’en 1971.

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21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 11:13
Storia nostra numéro 4: XIXe et XXe siècles

Jean-Pierre GIROLAMI termine sa série sur "les 50 dates qui ont fait l'histoire de la Corse" (présentée sur ce blog en janvier dernier) avec la quatrième partie consacrée aux XIXe et XXe siècles, parue aujourd'hui vendredi 21 décembre dans "Settimana".

Comme l'indique sa présentation: "Un panorama de l'histoire de la Corse s'est révélé ainsi par petites touches. Sans prétendre à l'exhaustivité, il présente une chronologie des événements principaux qui ont façonné cette île depuis le préhistoire, répondant ainsi à une curiosité légitime".

Et n'est-ce pas un fort symbole que cette chronologie s'arrête avec la victoire des nationalistes aux dernières élections?

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 18:00

La question de savoir combien de curés poggiolais participèrent à la première guerre mondiale n'est pas farfelue.

En effet, à chaque génération, les principales familles de Poggiolo avaient au moins un prêtre dans leurs rangs. 

Quand la mobilisation générale fut décidée en 1914, deux ecclésiastiques originaires du village furent rappelés sous les drapeaux. Mais un seul participa à la guerre.

 

La bonne réponse était : UN. 

 

Qui était-il?

 

Et pourquoi la réponse DEUX n'est-elle pas la bonne?

Solution à la devinette du mois: Curés sac au dos !

Jacques Antoine MARTINI, trois fois soldat

Fils de Pierre MARTINI et de son épouse Marie Antoinette, Jacques Antoine MARTINI naquit à Poggiolo le 4 juillet 1873.

 

Elève du séminaire quand il fut recensé par l'armée, il fut incorporé au 40e régiment d'infanterie en novembre 1894. Il dépendait alors de la loi "curés sac au dos". Ce sobriquet avait été donné à la loi Freycinet du 15 juillet 1889 car elle supprimait de nombreuses exemptions au service militaire, et notamment celle des prêtres qui durent revêtir l'uniforme.

 

Mais, alors que le service militaire durait 3 ans, Jacques Antoine ne fit qu'un passage d'un an de novembre 1894 à septembre 1895... puis il fut rappelé en novembre 1899.

 

En effet, la loi "curés sac au dos" permettait aux élèves ecclésiastiques continuant leurs études de ne faire qu'un séjour d'un an sous les drapeaux. Seulement, s'ils n'étaient pas pourvus d'un emploi à 26 ans, l'article 24 les obligeait à accomplir les deux années de service restantes. Ce fut le cas pour Jacques Antoine qui se retrouva au 141e régiment d'infanterie jusqu'au 21 septembre 1901.

Jacques Antoine en uniforme du 141e RI.

Jacques Antoine en uniforme du 141e RI.

 

 

Il eut ensuite des postes dans l'Eglise corse, notamment comme vicaire à Cauro entre 1903 et 1906, puis à Renno.

 

Passé dans la territoriale, il fut rappelé le 1er août 1914. L'autorité militaire l'envoya au dépôt des blessés et prisonniers de Castelluccio comme infirmier (il avait accompli une période d'exercice dans une section d'infirmiers militaires en 1909). Mais il fut classé dans le service auxiliaire, puis réformé pour bronchite chronique en novembre 1915. 

 

Au total, Jacques Antoine MARTINI fut soldat plus de quatre ans en trois périodes distinctes.

 

Surnommé prête Ghjacumu, il fut ensuite nommé à Calcatoggio et Piana. Il décéda le 14 juin 1956, âgé de 82 ans, à Poggiolo.

Un article précédent a publié une photo de la Fête-Dieu au village peu avant le décès de Jacques Antoine. On devine le prêtre portant l'ostensoir sous le dais à côté de la chapelle Saint Roch. Au premier plan, on reconnaît Guy TRAMINI.

Solution à la devinette du mois: Curés sac au dos !

Un des frères de Jacques Antoine MARTINI, Paul Mathieu Alexandre Louis (1880-1958), qui n'était pas prêtre, fut rappelé lui aussi en 1914 et fit toute la guerre, dans l'infanterie puis dans l'artillerie.

 

 

Martin DEMARTINI, le prêtre insoumis

 

 

Le cas de Martin Demartini fut particulièrement embrouillé.

 

Né le 17 décembre 1882 à Poggiolo, d'Antoine François et son épouse Marthe, il fut appelé sous les drapeaux en novembre 1903, alors qu'il était "élève ecclésiastique" à Rome.

 

Il fut tout de suite réformé pour raison médicale, diagnostic confirmé l’année suivante. Rappelé dix ans plus tard, quand la guerre éclata, il fut encore exempté en décembre 1914.

 

En 1917, l'armée française cherchant à combler les pertes devenues immenses, son cas, comme celui de très nombreux exemptés, fut réexaminé et, cette fois, la commission, sans le voir, le classa «bon pour le service».

 

Martin DEMARTINI fut affecté à un régiment qu’il ne rejoignit pas. En conséquence, le 9 février 1918, il fut déclaré «insoumis en temps de guerre».

 

Mais il bénéficia d’une visite médicale particulière le 7 octobre 1918... au consulat français de la ville argentine de Rosario!

 

De nouveau pourvu d’une réforme pour raison de santé, il dut  cependant attendre juillet 1920 pour être rayé de la liste des insoumis.

 

Pendant ces années, si Martin Demartini, séminariste, puis prêtre, était mobilisable au titre de la loi française, le problème était compliqué par le fait qu’il se trouvait en Italie et qu'il travaillait au Saint-Siège, lequel l’envoya en mission diplomatique en Amérique du Sud pendant la guerre.

 

Ses deux frères combattirent:

- Jean Toussaint (1884-1960) fut blessé à la bataille de la Marne,

- et Jean Baptiste, né en 1893, mourut pour la France en 1915. Son nom est sur le monument aux morts de Poggiolo.

 

Martin DEMARTINI décéda en 1970 à Ajaccio. Mais certains Poggiolais se souviennent encore d'avoir vu dans les années 60pour suppléer l'abbé MILLELIRI certains dimanches, un vieux prêtre que l'on disait être "un monsignore" célébrer à Saint Roch en restant toute la messe assis à cause de son grand âge.

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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 18:57
La devinette du mois: curés sac au dos!

Dans la ligne du centenaire de l'armistice de 1918, nous continuons à présenter l'action des Poggiolais durant la première guerre mondiale.

Pendant longtemps, à chaque génération, les principales familles du village fournissaient au moins un curé. Quand la guerre commença, plusieurs ecclésiastiques étaient donc d'origine poggiolaise.

 

Combien de prêtres nés à Poggiolo ont-ils participé à la guerre ?

1 ?

2 ?

3 ?

4 ?

 

Réponse demain.

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29 novembre 2018 4 29 /11 /novembre /2018 18:12

Suite de la présentation de la correspondance de deux soldats poggiolais en 1914-1918.

 

 

Un devoir patriotique à accomplir

Les renseignements sur le déroulement de la guerre  étaient rares à cause du contrôle postal.

Jean Lovichi y fit allusion le 1erjuin 1915: « Je vous avais fait une lettre avec des précisions, mais (…) elle n’était pas licite ». Quelques jours après, il écrivit : « Il y a eu l’autre jour de rudes choses dont je me souviendrai jusqu’à être grand-père. Permettez mon langage de Sibylle. Les circonstances le réclament. »

Dans sa lettre du 28 octobre 1914, Jean Toussaint Demartini put raconter dans le détail la capitulation des forces allemandes du Togo et l’entrée des troupes franco-anglaises le 24 août à Kamina mais c'était parce que les opérations militaires étaient complètement terminées depuis deux mois dans ce territoire.

 

Début de la lettre de Jean Toussaint Demartini du 28 octobre 1914.

Début de la lettre de Jean Toussaint Demartini du 28 octobre 1914.

 

 

Cependant, dans sa carte du 4 février 1916, il nota, sans plus de précision : « Depuis 6 jours, on se bat ». Il s’agissait de la bataille de la Somme dans laquelle il mourut le 9 février.

 

Quand les soldats écrivaient sur les batailles, ils répercutaient souvent des fausses nouvelles, comme Jean Toussaint Demartini qui, le 1eroctobre 1915, était enthousiasmé par « l’éclatante victoire que les troupes françaises viennent de remporter » à propos de la deuxième bataille de Champagne qui permit bien une petite progression des troupes françaises mais au prix de pertes énormes.

 

Malgré les aléas de la guerre, l’amour de la patrie et le sentiment du devoir à accomplir restaient importants :

« Qu’ils m’envoient partout où ils veulent, je suis indifférent, je ferai mon devoir comme par le passé » (JT Demartini, 10 décembre 1915).

« Puisqu’il faut se battre mieux vaut le faire de bon cœur » (J Demartini, 28 octobre 1915).

« Nous voulons offrir à la France les routes de la Propontide qui ont toujours tenté le monde et qui furent toujours les voies chéries de la pensée » (J Lovichi, 2 juin 1915).

« L’élan de tous était superbe. Pour chaque chose, je trouvais volontiers de braves bougres enthousiastes du sacrifice » (J Lovichi, 27 juin 1915).

 

Cet enthousiasme n’empêchait pas de ressentir l’angoisse de la veille du combat

« Les tranchées sont face à face. Les guetteurs s’observent, les fusils couchés sur les créneaux, les mitrailleuses pointées, les crapouillots aux grosses gueules dorment jusqu’au déclenchement de l’action. » (J Lovichi, 7 juin 1915).

 

On était lucide sur les risques encourus. Le plus gênant était « le bruit continuel des canons » (J Demartini, sans date) mais on s’en moquait dans la correspondance :

« Beaucoup de bruit, un joli bruit strident… J’en ai déjà la vieille habitude » (J Lovichi, 31 mai 1915).

Même une blessure était minorée comme par Demartini, blessé le 21 août 1914: « Elle est absolument insignifiante, j’ai la jambe gauche traversée. Mais maintenant je suis entièrement guéri ; il reste à peine deux cicatrices où la balle est entrée et sortie. Le médecin Anglais voulait m’évacuer. Je n’ai pas voulu.» mais, les jours suivants, il note quand même: « je marchais en hamac » (J T Demartini, 28 octobre 1914). 

 

 

Une vie difficile et qui fait réfléchir

La vie quotidienne était difficile, mais elle inspirait des comparaisons amusantes :

« Aujourd’hui, nous construisons des tranchées, jusqu’à 9 heures du soir; ce travail ressemble beaucoup aux fossés que l’on fait dans les vignes pour planter des ceps américains » (JT Demartini, 28 octobre 1915).

« Je suis poussiéreux, hirsute et ressemble à je ne sais quel moyenâgeux Bachi-Bouzouk » (J Lovichi, juin 1915).

 

Il est vrai qu’il existait des moments agréables entre les coups durs :

« J’ai plus bu de champagne que j’en boirai peut-être dans ma vie » écrivit le 28 octobre 1914 Jean Toussaint Demartini qui profitait alors des provisions laissées par les Allemands au Togo à la suite de leur capitulation.

« Je vais me baigner à la mer comme Hector et face à une aventure analogue j’y promène mon poitrail nu. Le costume des baigneurs est celui d’Adam » (J Lovichi, 31 mai 1915). Les combats des Dardanelles ayant lieu à quelques kilomètres de l’emplacement de l’ancienne cité de Troie, le courrier de Jean Lovichi y fait plusieurs allusions, comme ici par cette comparaison avec Hector.

 

Jean LOVICHI et ses sœurs.

Jean LOVICHI et ses sœurs.

 

Surtout, une grande camaraderie régnait entre les combattants :

« Ma grande joie est de me sentir entouré de l’amitié de tous mes hommes » (J Lovichi, 30 juin 1915).

« Hier nous avons fêté ma fête (la Toussaint), mes camarades m’avaient offert beaucoup de fleurs, on s’est bien amusé » (JT Demartini, 2 novembre 1915).

 

Dans ces combats atroces, on gardait son humanité et on se sentait grandir :

« Tel j’étais tel je suis, avec cet avantage que j’ai l’âme un peu plus trempée par les circonstances actuelles » (JT Demartini, 28 octobre 1914).

« J’ai presque dépouillé le vieil homme et n’aspire plus maintenant qu’à me redresser de toute ma taille de défenseur de la Patrie » (J Lovichi, sans date, certainement mai 1915, avant son départ pour les Dardanelles).

« J’aurais été, si je n’avais pas été appelé, réduit aux sophismes et à la vie misérable. Maintenant une vie nouvelle commence, de force et de responsabilité » (J Lovichi, sans date).

Cette "vie nouvelle" fut brisée par une balle le 14 juillet 1915.

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26 novembre 2018 1 26 /11 /novembre /2018 18:13

 

L'article précédent reproduisant une lettre d'un soldat originaire de Soccia en 1918 est un très bon exemple de l'abondante correspondance qui circula pendant la première guerre mondiale. 

Pendant les longs mois de guerre, chacun, soldats comme parents, comptait surtout sur le courrier pour avoir des nouvelles et de l’espoir.

 

Comme l’a écrit Jean-Paul Pellegrinetti dans sa communication «Identité et Grande Guerre. Les combattants corses durant la Première Guerre mondiale» (texte complet ICI), la nouveauté de la Grande Guerre tient «à la très grande production d’écrits que le conflit a suscité par l’intermédiaire de correspondances ou la tenue de carnets personnels. Ces divers «supports à l’écrit», sous formes de lettres, de cartes postales, de cartes militaires ou encore de cartes-photos, autorisent une histoire « par le bas » des combattants. Témoignages précieux d’hommes ordinaires ballottés par le flux et reflux des événements, l’analyse de la correspondance des poilus donne à lire dans l’univers mental de ces hommes partis au front et aide à comprendre leurs systèmes de pensées, leurs sentiments, leurs représentations, leurs processus de confrontation à l’Autre et leurs comportements par rapport à la guerre. 

Une partie de l'abondante correspondance de Jean Toussaint Demartini.

Une partie de l'abondante correspondance de Jean Toussaint Demartini.

 

Dans certaines familles, il reste encore des lettres de cette époque. Nous n’avons pu étudier que les séries qui furent écrites par deux des trente morts glorieux:

- la correspondance de Jean Ary Lovichi (1893-1915), aspirant tué aux Dardanelles le 14 juillet 1915, qui a été publiée par son neveu Pierre Durand dans une brochure intitulée «L’oncle Jean»,

- les lettres de Jean Toussaint Demartini (1889-1916) conservées par la famille Prince. Caporal puis sergent-fourrier, Jean Toussaint combattit en Afrique occidentale jusqu’en avril 1915 et mourut en France, pendant la bataille de la Somme, le 9 février 1916. La partie de ses lettres écrites en métropole a été utilisée en 2007 pour un devoir réalisé en collège par une amie de son arrière-arrière-petite-nièce Mathilde.

 

En croisant ces deux séries, on peut dégager plusieurs thèmes importants. L’échantillon n’est pas vraiment représentatif car ces deux soldats étaient plus instruits que la moyenne des Poggiolais mais on retrouve les centres d’intérêt relevés par Jean-Paul Pellegrinetti dans son étude.

 

Un impérieux besoin de nouvelles

Les soldats avaient un impérieux besoin d’écrire et de lire :

« Mes chers parents, Ecrivez-moi souvent et longuement » (J T Demartini, 11 novembre 1915)

« Nous souffrons seulement du manque de nouvelles. Envoyez-moi, si vous pouvez, des journaux (…) Ecrivez-moi le plus possible » (J Lovichi, sans date).

Ils avaient besoin de ce lien avec leur famille : « il n’y a pas à la guerre un homme qui ne pense et ne parle toujours à Papa et Maman. Vous comprenez cela. Nous sommes des enfants » (souligné dans le document) (J Lovichi, 7 juin 1915).

Encore fallait-il avoir le matériel pour écrire : « Je vais vous faire encore une demande de plume et d’encre. J’aime peu le crayon. » (J Lovichi, 30 juin 1915).

Pour les messages courts, il existait des cartes «Correspondance des Armées de la République» qui bénéficiaient de la franchise postale.

 

 

Le courrier, cordon ombilical indispensable en 14-18 (1/2)
Le courrier, cordon ombilical indispensable en 14-18 (1/2)

Le dernier message de Demartini fut écrit sur ce rectangle de carton le 4 février 1916, cinq jours avant sa mort. 

De son côté, en 1914, après la capitulation allemande au Togo, Jean Toussaint Demartini eut des feuilles en abondance car il utilisa le papier à lettres de la plantation de palmiers Schleinitz et de la station de radiotélégraphie de Kamina.

Papier à en-tête de la plantation SCHLEINITZ.

Papier à en-tête de la plantation SCHLEINITZ.

 

 

La correspondance servait à réclamer de quoi améliorer le quotidien. Jean Lovichi demanda «un alcool sous une forme quelconque indispensable ici, ampoules de teinture d’iode, papier cigarettes auto-inflammables, comprimés pour désinfecter l’eau un peu cadavérique» (31 mai 1915).

Le sous-lieutenant, licencié en philosophie et pétri de culture gréco-latine, avait également des désirs intellectuels et demanda le 30 juin 1915 : « quelques livres (L’Iliade, l’Odyssée et Montaigne) pour les après-midi de tranchée. Montaigne a de bonnes réflexions sur les choses du combat, je pourrai en goûter la saveur ».

 

Par contre, l’argent n’était pas un grand souci :

« Je touche 4 francs par jour qui sont tous économisés. Aussi, ne m’envoyez plus un sou » (souligné dans le document) (J Lovichi, 2 juin 1915)

« Avec son argent, on ne peut rien acheter » écrivit le sergent Demartini le 19 janvier 1916. 

 

Ces Poggiolais éloignés de la Corse ne manquaient de signaler la présence de concitoyens« un de ces jours j’irai à Atakpamé où se trouve Hyacinthe Desanti le fils à Pierre François » (J T Demartini, octobre 1914). Jean Hyacinthe Desanti (1889-1944) termina sa carrière dans l’administration coloniale comme gouverneur du Dahomey puis du Soudan français (Mali actuel).

Jean Hyacinthe Desanti en uniforme de gouverneur.

Jean Hyacinthe Desanti en uniforme de gouverneur.

 

Ils n’oubliaient même pas leurs querelles villageoises, comme Jean Toussaint Demartini qui avait été condamné pour vote irrégulier dans une élection municipale à Poggiolo et qui, dans une lettre du 1eroctobre 1915, conseilla à ses parents l’attitude à adopter envers les membres du parti adverse : 

"Je ne saurai assez vous le répéter, montrez-vous très satisfait de leur façon d'agir, et puis plus tard lorsque nous aurons l'occasion de pouvoir nous venger, nous le ferons, mais pour bien réussir, il faut faire semblant d'être très bien avec eux et pour mon compte personnel, je vous promets que je suis décidé à me venger" (ponctuation respectée).

(à suivre)

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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 17:56

Les soldats poggiolais de la première guerre mondiale ont été de bons combattants. En témoignent les nombreuses récompenses obtenues pour leur tenue sur le front.

Ils ont été récompensés par au moins vingt-cinq citations retranscrites sur les registres matricules. Qu’elles aient été publiées à l’ordre du régiment, de la brigade, de la subdivision, du corps d’armée ou de l’armée, ces mises à l’honneur font connaître les qualités des Poggiolais.

diplôme de citation militaire

diplôme de citation militaire

 

 

La première qualité est « le courage »mentionné huit fois, et à laquelle on peut joindre « la bravoure » (trois fois) et la « belle attitude au feu » (deux fois).

La seconde est le « calme »,mentionné cinq fois, auquel on peut ajouter le « sang-froid » (trois fois).

 

Les textes des citations donnent des renseignements importants sur les comportements de ces hommes pendant les combats.

Pierre Toussaint Antonini (1882-1916) « a enlevé à la baïonnette des tranchées ennemies et fait prisonnier un fort détachement commandé par un officier » (citation du 25 octobre 1914).

Pour avoir assuré le ravitaillement en première ligne, Jean François Ceccaldi (1876-1968) est cité le 15 juin 1916 (le texte en a été reproduit dans l'article "Des Poggiolais sous l'uniforme") et Jean Jules Ceccaldi (1889-1959) le 1erjuillet 1917.

Maréchal des logis dans l’artillerie coloniale, Antoine François Demartini (1884-1916)« après avoir eu son cheval blessé sous lui, a été blessé lui-même et néanmoins a su ramener en ordre toute sa pièce ».

Le lieutenant Antoine François Desanti (1879-1958) a été récompensé pour avoir aidé son bataillon « par la sûreté du tir de ses mitrailleuses » lors du combat du 21 février 1918 contre des rebelles marocains (citation du 22 avril 1918).

Jean Ary Lovichi (1893-1915) « n’a cessé de commander » pendant près de quinze heures pour défendre « la tranchée conquise par lui » (citations du 21 juin et du 1eroctobre 1915).

Jean Noël Pinelli, né en 1879, spécialiste radio au centre d’aviation du Plessis-Belleville, a subi des bombardements du 28 mars au 1eravril 1917 et le 4 mai où il « s’est prodigué au milieu des plus grands dangers, d’abord pour sauver son matériel, puis retirer des flammes un de ses hommes blessé mortellement » (29 mai 1917).

Jean Toussaint Pinelli (1891-1918) réussit à être cité trois fois dans la seule année 1917 : à l’ordre du régiment le 20 mars (volontaire pour « un coup de main audacieux »), du corps d’armée le 22 juillet (pour avoir entraîné sa section sous le feu ennemi) et de la division le 14 novembre (a accompli une mission« volontairement en plein jour à découvert »).

 

 

Jean Toussaint Demartini est à l'extrémité droite de la photo.

Jean Toussaint Demartini est à l'extrémité droite de la photo.

Une curiosité : la première citation obtenue par un Poggiolais date du 21 août 1914. Elle est celle de Jean Toussaint Demartini (1889-1916), à l’ordre des troupes du groupe de l’A.O.F. (Afrique Occidentale Française) pour sa bravoure dans les combats contre les Allemands, à l’occasion du combat de Khra, au Togo, qui fut la première victoire franco-britannique de la guerre. Jean Toussaint mourut en 1916 dans la Somme.

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