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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 18:54

Voilà qui est fait ! Les listes de candidats ont été déposées. La campagne électorale a commencé officiellement lundi 10 mars. Le premier tour aura lieu dimanche 23 mars de 8 h à 18 h.

A Poggiolo, comme prévu depuis longtemps, deux listes se présentent. Les voici, par ordre alphabétique.

A chacun de faire son choix.

 

Voici les candidats

Liste "INSEME PER TUTTI"

- BERNARD Vanina

- MARTELLI-COIN Marianne

- OTTAVI Marie-Marcelle

- PAOLI Jean-Silius

- PINELLI Ange-Marie

- PINELLI Angèle

- SUSINI Marie

 

 

Liste "U PIGHJOLU - I BAGNI, DUMANE"

- COLONNA François

- DUBREUIL-VECCHI Hélène

- FRANCHI Jean-Marc

- LAGRANGE Julie

- MARTINI Nicolas

- PELLEGRINI Jacqueline

- PINELLI Jean-Dominique 

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 18:00

Les Poggiolais ne sont pas réputés pour avoir le sang plus chaud que d'autres Corses. Ils savent garder leur calme dans des circonstances parfois difficiles. En tout cas, un exemple du milieu du XIXème siècle semble le prouver.

L'affaire fut révélée par une lettre du maire de Soccia au préfet de la Corse, en date du 12 août 1851. L'élu informait le représentant de l'Etat que "les nommés franceschetti Laurent Antoine et Antoine françois, tous deux propriétaires à Poggiolo au lieu dit Sialello" exploitaient des terres qui "étaient séparées d’avec les biens communaux de Soccia par un mur très ancien et d’une date inconnue aux habitants de Soccia âgés de quatre-vingt et même de quatre vingt dix ans". 

Malgré la présence de cette séparation, les frères Franceschetti auraient empiété sur les terres socciaises. En 1851, "la commune de Poggiolo s’étant pourvue de deux gardes Champêtres ces derniers se faisaient un plaisir d’après ce qui m’a été dits (sic) par différents habitants de Soccia, de se fixer des journées entières à côté d’une source qui se trouve tout près dus (sic) susdit mur". Ils empêchaient ainsi vaches et chevaux de Soccia de s'y désaltérer.

Le 11 août, le maire de Poggiolo (qui, depuis 1848 et jusqu'en 1860, était Antoine François Franceschetti) s'opposa à la restauration du mur par des Socciais et fit venir deux gendarmes de Guagno pour menacer les villageois.

Du moins, voilà la version socciaise.

Les qualités poggiolaises (4/7): les Poggiolais sont calmes

Une autre version fut donnée par le rapport adressé du lieutenant de gendarmerie de Vico. L'affaire s'étant envenimée, le Préfet lui avait demandé, en octobre, des renseignements "sur les torts attribués à M. le Maire de Poggiolo par celui de la commune de Soccia".

L'officier rapporta le récit du commandant de la Brigade de Guagno.

"Le 11 août dernier, le Maire de Poggiolo a demandé deux gendarmes pour maintenir l’ordre sur le lieu dit Fialello, objet d’une contestation entre les communes de Soccia et Poggiolo, les gendarmes Maestrato et Versini s’y rendirent et trouvèrent le maire de Poggiolo, accompagné seulement par deux habitants de cette commune, tandis que le maire de Soccia avait avec lui plus de cinquante personnes en arme que les gendarmes ont contenus avec beaucoup de peine.

Dans cette circonstance, le Maire de Soccia, au lieu d’en imposer àses administrés par une attitude digne et calme, les excitait au contraire par ses gestes et ses propos irréfléchis; le silence du Maire de Poggiolo a rendu impuissantes les mauvaises dispositions de ses adversaires."

 

Les qualités poggiolaises (4/7): les Poggiolais sont calmes
Les qualités poggiolaises (4/7): les Poggiolais sont calmes

Ce texte officiel disculpait les Poggiolais de l'accusation d'avoir causé du désordre. Il montrait également que les Franceschetti, sûrs de leur bon droit, avaient crânement résisté à un groupe nombreux et armé. Au lieu de faire dégénérer l'affaire en affrontement violent, ils avaient préféré s'en tenir à la légalité. L'officier de gendarmerie les disculpait ainsi de tout soupçon de trouble à l'ordre public.

Le calme poggiolais l'avait emporté sur la fureur socciaise.

 

Bien entendu, comme le temps a passé depuis 1851, il n'est pas possible d'imaginer que les Socciais aient encore un tel comportement envers leurs voisins !!!

 

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Les habitués du blog auront pu remarquer que cette querelle de terrains limitrophes entre deux communes ressemble beaucoup à celle qui opposa les habitants de Poggiolo à ceux de Rosazia en 1863 et 1865. Voir l'article:  La fièvre monte à Libbiu

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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 18:01

Actuellement, parmi les Poggiolais résidents ou de la diaspora, les diplômés ne manquent pas. Chacun peut donner les noms de plusieurs agrégés, docteurs, ingénieurs, professeurs, etc. Les savants ne manquent pas.

Mais, au milieu du XIXème siècle, il y avait déjà des Poggiolais qui, sans beaucoup de diplômes, étaient assez débrouillards pour inventer des machines.

Les qualités poggiolaises (3/7): les Poggiolais sont ingénieux

Ce recueil des "Machines et procédés pour lesquels des brevets d'invention ont été pris" contient une notice consacrée à des enfants de Poggiolo.

Les qualités poggiolaises (3/7): les Poggiolais sont ingénieux

Ainsi, en 1863, a été enregistrée une machine hydraulique améliorée par COLONNA de LECA et PINELLI pour faire "marcher une roue à augets, laquelle donne le mouvement à une pompe qui devrait ensuite fournir à la roue l'eau nécessaire pour en déterminer la rotation et lui faire produire un travail".

Comme les prénoms ne sont pas donnés, il est difficile d'identifier avec précision les deux inventeurs.

Mais le brevet est bien poggiolais.

Un point serait à étudier: combien d'inventions d'origine poggiolaise ont-elles été enregistrées depuis 1863?

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Précision:

les augets mentionnés dans la notice sont les éléments d'une turbine à action (turbine Pelton) situés à l'air libre et permettant de dévier la direction d'écoulement du fluide (dictionnaire Larousse).

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 18:01

Une bonne surprise qui intéressera nos lecteurs est arrivée sur le bureau du blog des Poggiolais: Philippe PRINCE a envoyé cette photo de la "Médaille de l'oncle François".

 

Les qualités poggiolaises (2/7): les Poggiolais sont courageux (addendum)

Cette décoration est la médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement qui fut attribuée à François-Antoine DEMARTINI en 1872 pour avoir sauvé un homme de la noyade. Voir l'article "Les qualités poggiolaises (2/7): les Poggiolais sont courageux".

Normalement, sur l'avers, on avait l'inscription: «REPUBLIQUE FRANCAISE», sur deux lignes dans une couronne circulaire de deux branches de feuilles de chêne, attachées par un noeud en bas, et se rejoignant vers une fleur en haut.

La photo montre le revers avec les allégories du courage dominant un lion et de l’humanité protégeant un enfant chacune reposant sur un piédestal avec les mots respectifs «courage» et «humanité». Les deux personnages soutiennent une couronne de laurier derrière laquelle il y a un bandeau gravé «récompense nationale». Au centre, l’identité du lauréat est frappée avec le nom du ministère.

Ce modèle était gravé depuis 1832 et fut utilisé jusqu'en 1897.

La récompense est restée dans la famille de François-Antoine DEMARTINI.

Dans chaque famille, des documents sur la vie et l'histoire de Poggiolo existent. Comme Philippe PRINCE, faites-en profiter tout le monde.

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 17:41

Les Poggiolais n'ont pas peur du danger. Ils ont montré leur courage en de multiples occasions. Plusieurs d'entre eux furent décorés pour leurs hauts faits militaires. Mais le courage se montra pas uniquement pendant la guerre. Plusieurs exemples existent d'une reconnaissance officielle d'actes accomplis par des Poggiolais.

Et rien de plus officiel que le Journal du même nom.

Dans "Le Journal Officiel de la République Française" du dimanche 2 juin 1872, en première page, un nom de Poggiolais fut imprimé.

Les qualités poggiolaises (2/7): les Poggiolais sont courageux
Les qualités poggiolaises (2/7): les Poggiolais sont courageux

Comme l'acte de courage mentionné est indiqué comme s'étant déroulé à Poggiolo, on peut supposer que le sauvetage accompli par François-Antoine DEMARTINI eut lieu au bord de la rivière.

La mention du J.O. débute par les termes "M. A. 2e classe" qui signifient: "médaille d'argent de 2e classe".

La médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement a été décernée et organisée le 20 mars 1820 sous Louis XVIII.

Outre la lettre de félicitations et la mention honorable, il existe cinq degrés de récompense :

  • bronze ;

  • argent de 2e classe ;

  • argent de 1re classe ;

  • vermeil ;

  • or.

Ces récompenses sont décernées par le Président de la République (Adolphe THIERS en 1872) sur compte rendu du ministre de l'Intérieur (Victor LEFRANC à l'époque).

D'après les relevés d'état-civil publiés par Pierre LECCIA sur Généanet, le Poggiolais médaillé ici devait être François Antoine DEMARTINI, né le 14 août 1845 à Poggiolo et décédé le 7 juillet 1920.

Ses parents étaient Martino DEMARTINI (1813-1891) et Maria Domenica PINELLI (1819-1885). Il se maria le 10 juillet 1879 avec Marie "Graziosa" DESANTI (1858-1948) dont il eut six enfants.

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Une trentaine d'années plus tard, le "Journal Officiel" mit à l'honneur un autre Poggiolais:

Les qualités poggiolaises (2/7): les Poggiolais sont courageux

En novembre 1902, le Président Emile LOUBET n'octroya, sur la proposition du ministre Emile COMBES, que la mention honorable à ce héros qui avait arrêté des chevaux emballés le 27 août précédent.

Dominique-André ANTONINI était né le 21 juin 1873 à Guagno et décéda le 20 août 1937 à Auribeau en Algérie, à l’âge de 64 ans. Ses parents étaient Antoine Marie ANTONINI (1842-1926) et Marie Madeleine CAVIGLIOLI (née en 1855)

Il se maria le 16 mai 1893, à Marignana, avec Angèle Françoise MASSONI (1873-1919) dont il eut une fille Antoinette (1903-1988).

Il est intéressant d'apprendre par ce texte qu'il y avait un cordonnier (et certainement plusieurs autres artisans) au village.

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Un troisième exemple est celui d'une femme.

Comme la collection du "Journal Officiel" mise en ligne sur le site Gallica n'est pas complet, il a fallu regarder sur le quotidien "La Croix" du 2 novembre 1899, qui reproduit la liste donnée par le président du Conseil et ministre de l'Intérieur Pierre WALDECK-ROUSSEAU. On était encore sous le septennat du président LOUBET.

Les qualités poggiolaises (2/7): les Poggiolais sont courageux

Encore une fois, son acte de courage concernait une noyade. Cette Madame OTTAVIOLI obtint une mention honorable pour avoir sauvé deux enfants de la noyade à Guagno-les-Bains où, semble-t-il, elle habitait.

D'après Généanet, elle serait née vers 1870 et aurait été la mère de Joséphine OTTAVIOLI née en 1894 et décédée en 1898, à l'âge de 4 ans.

Mariée ensuite avec Desiderio Auguste BERTOLANI, né le 30 août 1874 à Poggiolo, elle en aurait eu Antonine Émilie BERTOLANI en 1904.

Il est difficile d'en savoir plus sur elle.

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La liste de héros poggiolais ne se limite pas à ces trois exemples.

Mais, même si la majorité des Poggiolais a mené une vie sans éclat particulier, il est bon de se souvenir de ceux qui ont su répondre présent au moment où il fallait agir rapidement.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 18:00

Ce blog est centré sur la vie et l'histoire de Poggiolo. Ce village est un village corse comme il y en a beaucoup d'autres mais il est très important pour ceux qui y habitent ou qui en sont originaires.

Alors il n'est pas interdit d'estimer que son village est le plus beau des villages et que les Poggiolais sont les meilleurs.

Pour aller dans ce sens, nous commençons une petite série d'articles sur les qualités poggiolaises. Même si, comme partout, il y a eu ici des saints et des canailles, nous ne devons pas négliger de mettre en valeur les aspects positifs de notre communauté. 

En dehors des divisions électorales, les habitants et originaires de Poggiolo doivent savoir ce qui les unit.

Donc, montrons LES QUALITÉS POGGIOLAISES.

(à suivre)

N. B. : bien sûr, les faits qui seront évoqués dans les six prochains articles sont tous véridiques mais le commentaire peut parfois être pris au second degré. 

Les qualités poggiolaises (1/7): présentation
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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 17:51

Pour bien gérer la commune, le maire doit pouvoir compter sur un personnel sérieux. Qu'ils soient municipaux ou départementaux, les employés ont pour mission d'entretenir le village pour le plus grand contentement des habitants.

Il arrive pourtant que des incidents montrent que la bonne harmonie n'existe pas. L'article précédent a donné l'exemple d'un conflit au sujet de la qualité du travail.

Péripéties municipales: on ne peut pas se fier au petit personnel (2/2)

DES MOTIFS POLITIQUES

Des motifs politiques peuvent également influer sur la carrière des agents publics.

L'avocat Simon UCCIANI (photo ci-contre) écrivit, le 6 juillet 1878, une lettre au préfet pour soutenir la plainte de "plusieurs membres du Conseil municipal de Poggiolo" contre les agissements du garde-forestier COLONNA:

"Le sieur COLONNA ne se contente pas d'être bonapartiste; il met au service de sa passion politique l'autorité dont il est investi".

Aux critiques poggiolaises, l'auteur de la lettre ajoutait un autre élément politique et aussi personnel:

"Aux élections du 4 novembre, interpellé par moi il me répondit qu'il combattrait ma candidature attendu que j'étais républicain".

Le scrutin auquel il est fait allusion est l'élection cantonale de 1877 dans laquelle UCCIANI battit le comte François POZZO DI BORGO, élu bonapartiste depuis 1874. Il devint ainsi le premier conseiller général républicain du canton de Soccia. Si sa lettre du 6 juillet 1878 porte comme en-tête imprimé son métier d'avocat, sa signature est accompagnée du titre de conseiller général (voir la lettre en bas de cet article).

N'oublions pas le contexte national de l'époque. Les 14 et 28 octobre 1877, les républicains de GAMBETTA avaient remporté les élections législatives. Le maréchal MAC-MAHON, Président royaliste de la République, avait dû se soumettre, avant de se démettre le 30 janvier 1879. Et le préfet à qui la lettre du conseiller général est adressée n'était autre que le très fervent républicain Eugène SCHNERB, mis en place le 27 décembre 1877 par les vainqueurs des élections d'octobre. Son rôle a déjà été évoqué dans l'article Péripéties municipales: une urne très convoitée

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LE RÔLE DE SIMON UCCIANI

Né le 24 mars 1838 à Ajaccio, Simon UCCIANI représenta notre canton à l'assemblée départementale jusqu'en 1884 et fit une belle carrière dans la magistrature: procureur de la République à LANNION (en Bretagne !) dès 1879 et conseiller à la Cour de PARIS.

Dans son domaine, aidé par la mairie poggiolaise, il contribua à l'épuration des cadres hostiles à la Troisième République débutante, de ceux qui, comme le garde COLONNA, sont "un défi aux institutions actuelles". On est loin ici des motifs d'incapacité professionnelle.

Evidemment, dans un XXIème siècle où la liberté d'expression est si grande, personne n'imaginerait que des mises à l'écart pour des raisons politiques puissent avoir lieu...!!!

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Car tout cela appartient à une époque révolue depuis longtemps…

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Sauf la photo de Simon Ucciani, les documents de cet article sont consultables aux Archives Départementales d'Ajaccio.

Péripéties municipales: on ne peut pas se fier au petit personnel (2/2)
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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 18:00

Même si un conseil municipal est élu pour gérer les affaires locales, il ne peut être totalement à l'écart des grandes affaires nationales.

L'élection présidentielle de 1988, qui se termina par la réélection de François MITTERRAND, fit tanguer le conseil municipal de Poggiolo.

A la fin du mois d'avril, dans "Corse-Matin", parut ce communiqué de Jacques-Antoine MARTINI.

Péripéties municipales: Jacques-Antoine a des convictions

Il ne pouvait plus travailler au conseil municipal avec un maire qui avait donné sa signature à Jean-Marie LE PEN pour la candidature à l'élection présidentielle.

Le soutien de Bernard PAOLI n'avait pas été annoncé au conseil et ne fut connu que par sa publication au "Journal Officiel".

Les conseillers municipaux n'avaient pas été élus sous une étiquette politique officielle mais ils avaient plutôt une sensibilité de gauche. Fidèle à ses convictions, Jacques-Antoine décida de démissionner immédiatement et ne se présenta plus aux élections dans le village.

Il avait préféré ses idées à un siège, attitude honorable quelles que soient les opinions politiques que l'on peut avoir.

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Tout cela appartient-il à une époque révolue depuis longtemps…?

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 18:00

Voici six ans, le 7 février, que Jean-Pierre FRANCESCHETTI s'en allait.

Il quittait sa famille, ses amis, son village, qui, pour lui, ne formaient qu'un seul et même ensemble.

Il n'hésitait pas à dire ce qui n'allait pas mais il voulait avant tout l'amitié entre les Poggiolais.

Le blond Jean-Pierre avec le brun Jean-Marie PASSONI devant la fontaine (photo de Jean PINELLI).

Le blond Jean-Pierre avec le brun Jean-Marie PASSONI devant la fontaine (photo de Jean PINELLI).

Le banquet des amis, fresque de Mario SEPULCRE sur un côté du tombeau de Jean-Pierre.

Le banquet des amis, fresque de Mario SEPULCRE sur un côté du tombeau de Jean-Pierre.

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 17:24

La passion des Poggiolais pour les élections a toujours été très grande. Ils tiennent tellement à voter qu'il a même fallu, une fois, enlever l'urne pour échapper à la horde des citoyens voulant absolument déposer leurs bulletins.

Cet épisode se déroula le jour des élections municipales du 13 janvier 1878.

UN CURIEUX RAPPORT DE GENDARMERIE

Il est raconté par les gendarmes Paul François BOROSSI et Paul Vincent LUCCIONI, des brigades de Soccia et de Vico, dans le procès-verbal, consultable aux Archives Départementales d'Ajaccio, qui fut établi ce jour-là "à trois heures du soir". Ce P.V. constatait: 

"Elections de Poggiolo suspendues par le maire de cette localité, par suite d'incident survenu par le Mr. ANGELI Jean, âgé de 66 ans, laboureur, demeurant aux bains de Guagno, lequel voulait voter sans être porté sur la liste électorale."

Le texte, disponible en entier ci-dessous, raconte que le maire, Martin DEMARTINI, s'était présenté aux gendarmes pour leur déclarer que Jean ANGELi avait voulu voter et que le maire avait ajourné les élections et emporté l'urne chez lui.

Ce rapport est assez curieux:

- curieux que le maire ait décidé d'emporter l'urne chez lui au lieu de la laisser dans le bureau de vote fermé à clef

- curieux qu'il ait été forcé de prendre cette décision à cause de l'attitude d'un seul homme

- curieux que le maire n'ait pas appelé ces gendarmes "se trouvant à cinquante pas environ de cette maison" où se devait se dérouler le scrutin

- curieux que les gendarmes de Guagno-les-Bains (un caporal et trois hommes) présents dans la salle ne soient pas intervenus.

Péripéties municipales: une urne très convoitée

GUAGNO-LES-BAINS ET LES BONAPARTISTES

En fait, Jean ANGELI n'était pas seul à avoir voulu voter sans être inscrit. La lettre écrite le 23 janvier 1878 au préfet par Jean PAPADACCI mentionnait, en dehors de Jean ANGELI (1799-1881):

- Antoine Joseph RICCI

- Alexandre de la ROCCA

- Jean-Baptiste DEBIENVILLE

Tous étaient de Guagno-les-Bains.

Le signataire, "cordonnier aux Bains de Guagno", basait sa réclamation sur une "décision du Juge de Paix du Canton de Soccia rendue le 17 février 1877" qui lui avait donné le droit de voter à Poggiolo avec les quatre autres nommés.

Après avoir mentionné le refus du maire à les faire voter, PAPADACCI terminait en espérant "que vous reviendrez sur cette détermination qui a été sans doute prise par suite de renseignements inexacts et que vous ne voudriez pas priver des citoyens d'un droit qu'ils ont légalement acquis".

Ici, il faut donc comprendre que l'attitude du maire ait été dictée par une décision préfectorale.

Des explications se trouvent dans deux lettres de Martin DEMARTINI décrivant les incidents au Préfet de la Corse. Toutes deux sont datées du 13 janvier 1878, jour du scrutin écourté.

On y apprend que le maire était arrivé à 8 heures du matin dans le bureau de vote qui était la salle de l'école. Mais le bâtiment appartenait à Etienne PINELLI, "bonapartiste" et "notre adversaire".

Cette salle était remplie de "bonapartistes armés de toute espèce d'armes" et aussi par "un groupe d'électeurs des Bains de Guagno qui n'avaient aucun droit à voter". Il n'est pas question du seul Jean ANGELI contrairement au rapport de gendarmerie. Ces perturbateurs avaient eux-mêmes composé le bureau avec:

Valère CECCALDI, ancien maire

Dominique François FRANCESCHETTI

Charles Marie FRANCESCHETTI

Ils tentèrent de s'emparer de l'urne. Le maire essaya de les raisonner et finit par "enlever la séance". Il n'informait pas le Préfet du transport de l'urne à son domicile et il demandait l'autorisation "de faire les élections municipales dans la salle de la Merie (sic) que tout le monde (sic) peut circuler dans danger". En tout cas, il n'évoque aucune violence physique.

Les membres du bureau auto-proclamé se justifièrent, d'après DEMARTINI, car "ce que le dernier Préfet avait fait était faut (sic), et qu'ils voulaient se faire droit d'eux-mêmes".

Il faut alors resituer la pagaille poggiolaise dans la situation politique de ce moment.

Péripéties municipales: une urne très convoitée

LE RÔLE DU PRÉFET

La Corse venait de connaître une rapide succession de préfets, liée au contexte national. Le 17 mai 1877, le duc de BROGLIE avait pris la tête d'un gouvernement d'ordre moral favorable à la monarchie. Dès le 26 mai, Emmanuel Louis GRANDVAL avait été nommé pour représenter l'Etat et cette politique dans l'île. Le 25 juin, la dissolution de la Chambre des Députés par le président de la république, le maréchal MAC-MAHON, avait été la dernière tentative des monarchistes pour garder le pouvoir en France. Mais les élections législatives des 14 et 28 octobre donnèrent la victoire aux républicains.

Le nouveau gouvernement dirigé par Jules DUFAURE nomma le 27 décembre le nouveau préfet de Corse en la personne d'Eugène SCHNERB. Cet ardent républicain, qui fut ensuite préfet de Maine-et-Loire puis directeur de la sûreté générale (poste éminemment politique), prit immédiatement des mesures contre les conservateurs dans la perspective des élections municipales de janvier 1878. Certaines d'entre elles entraînèrent des modifications des listes électorales. Les membres du bureau auto-proclamé faisaient bien allusion à ces radiations en disant "ce que le dernier Préfet avait fait était faut (sic)".

Aussi bien les trois personnes de ce bureau que les cinq électeurs des Bains étaient tous mentionnés sur les listes électorales des années 1871 et 1874 (documents se trouvant aux Archives Départementales d'Ajaccio) et, le 13 janvier 1878, ils ne pouvaient plus voter !

Mais ils n'étaient pas du bon côté de la force.

Valère CECCALDI (né en 1816 ou 1817 et décédé en 1889), Dominique François FRANCESCHETTI (le seul membre de cette famille à avoir eu ces prénoms semble avoir été celui qui fut curé d'Arro et vécut de 1827 à 1892) et Charles Marie FRANCESCHETTI (1833-1904) faisaient partie des bonapartistes armés qui avaient investi l'école.

Valère CECCALDI avait déjà été accusé l'année précédente par Martin DEMARTINI d'être "mené par des bonapartistes" (voir l'article "Péripéties municipales: le maire n'est pas là").

Dans le "groupe des cinq", on relève Alexandre de la ROCCA (1837-1880) qui était le directeur de l'établissement thermal et parent de Jean de la ROCCA, bonapartiste convaincu (dont il a été question dans l'article: Jean a-t-il triché?).

Un cocktail explosif était donc réuni:

- opposition entre républicains et bonapartistes

- sentiment des habitants des Bains d'être mis à l'écart

- modification des listes électorales au dernier moment et radiation d'électeurs anciens.

Tout semble avoir été fait pour empêcher certains d'avoir le droit de voter.

Heureusement, tout cela appartient à une époque révolue depuis longtemps.

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P.S.: Les élections de janvier 1878 donnèrent 56% des communes de Corse (dont Poggiolo) aux républicains. Eugène SCHNERB avait bien travaillé.

Le triomphe de la République

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