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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 17:29

Les trente noms gravés sur le monument aux morts de Poggiolo correspondent à trente soldats en principe déclarés (sauf deux: voir l'article Les oubliés du livre d'or) morts pour la France pendant la première guerre mondiale.

Mais où sont-ils morts?

Les différents lieux où ils décédèrent se répartissent de la façon suivante:

Où les poilus poggiolais sont-ils tombés?

La catégorie "loin du front" regroupe les Poggiolais qui moururent de blessures ou de maladies contractées sur le front dans un hôpital ou à leur domicile.

Le front d'Orient concerne les deux tués dans l'expédition des Dardanelles (Jean LOVICHI, qui a fait l'objet de l'article intitulé "Enterré face au tombeau d'Achille", et MARTINI Pierre Toussaint, prénommé seulement Toussaint sur le monument), ainsi que ANTONINI Pierre Toussaint, décédé à Salonique, et DESANTI Dominique Xavier (dit seulement Dominique sur le monument), mort en Serbie.

Les deux tiers des poilus poggiolais ont donc disparu sur le sol français. La carte ci-dessous en donne les emplacements.

Où les poilus poggiolais sont-ils tombés?

Les numéros correspondent à cette liste qui donne les dates et les noms des communes de décès:

1-BALDARESCHI Damien    08/09/1918    Minaucourt (51)

2-COLONNA Franco Antoine    23/05/17    Saint-Hilaire-au-Temple (51)

3-DEMARTINI Antoine Francois    08/07/1916    Assevillers (80)

4-DEMARTINI Dominique Francois    26/09/15    Massiges (51)

5-DEMARTINI Jean Baptiste    25/09/15    Saint-Hilaire-le-Grand (51)

6-DEMARTINI Jean Toussaint    09/02/1916    Cappy (80)

7-DESANTI François Antoine  20/09/1914 Bethincourt (55)

8-DESANTI Jacques Antoine    04/03/1915 Vauquois (55)    

9-DESANTI Jean    26/02/1915 Vauquois (55)    

10-DESANTI Jean Antoine Martin    03/08/1916 (80)    

11-DESANTI Jean Toussaint    02/10/1914 Crouy (80)    

12-MARTINI Jean Dominique Roch Antoine    08/01/1915 Les Éparges (55)    

13-MARTINI Jean Toussaint    19/09/1914 Neuvilly-en-Argonne (55)    

14-MARTINI Martin    03/09/1916 Cléry-sur-Somme (80)    

15-MARTINI Noël Ange Francois    05/09/1914 Neufmontiers (77)    

16-MARTINI Pierre Paul    09/03/1915 Lachalade (55)    

17-PAOLI Francois Antoine    12/09/1915 Toul (54)    

18-PATACCHINI Jean André Zacharie    13/08/1916 Curlu (80)    

19-PINELLI Dominique Félix    08/03/1915 Bernécourt (54)    

20-PINELLI Jean Toussaint    14/04/1918 Vendeuil-Caply (60)  

La ligne de front marquée sur la carte est celle de la "guerre des tranchées" (années 1915,1916 et 1917). 

Il est visible que cette répartition  coïncide parfaitement avec les principales zones de combat: Artois et Somme, Champagne et Verdun.

Deux soldats ont péri au même endroit (Vauquois) et à seulement à une semaine d'intervalle, mais ils n'étaient pas dans le même régiment. Il s'agit de DESANTI Jacques Antoine (n°8) et de DESANTI Jean (n°9).

MARTINI Noël Ange Francois (numéo 15) est à part, près de Paris, car il est mort le 5 septembre 1914 pendant la bataille de la Marne.   

 

Les enfants de Poggiolo ont donc fait leur devoir sur tous les champs de bataille de ce conflit. 

 

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Source principale de cet article: le site MémorialGenWeb.

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 18:09
Cent'anni

Moment fondamental de l'histoire contemporaine, la guerre 14-18 a aussi en Corse des résonances multiples qui nourrissent, encore aujourd'hui, cent ans aprés, la société insulaire.

Du 12 septembre au 11 novembre, une série de témoignages et récits sur les événements qui ont jalonné l’histoire de la Corse durant la Première Guerre Mondiale est proposée par France 3 Via Stella.

Renseignements sur la programmation: 

http://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/emissions/guerre-de-14-18-100-ans​

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Published by Blog Poggiolo - dans Faits du XX° siècle guerre
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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 17:40

          En décembre 2007, "L'Info U Pighjolu" avait publié ce souvenir de Mimi CANALE sur sa campagne d'Italie en 1944, quand il faisait partie de l'armée du général de Lattre de Tassigny. Nous le republions car il montre une autre facette des activités de Mimi et toujours sa gentillesse naturelle.

 

    "Mon régiment, le 1" R.T.A., descend en repos aux environs de Naples. On installe le bivouac dans une forêt de châtaigniers à proximité d'un gros village «ROCCAMONFINA». En Italie, c'est la grande famine. Pourtant, les magasins regorgent de marchandises. Mais la population manque de moyens et la prostitution se développe à grande échelle. Bien sûr, les gens du village, jeunes et moins jeunes, viennent «quémander» quelques boîtes de conserve, chocolat, cigarettes, etc.

 

Mimi 2      Parmi eux, je remarque une dame d'un certain âge, toute de noire vêtue, avec un foulard sur la tête, «un mezzaro» comme portent toutes nos vieilles mamans en Corse. Je m'approche d'elle et, là, j'ai un grand choc... En face de moi, j'ai l'impression de voir ma mère. Je lui adresse la parole et immédiatement nous sympathisons. Je m'empresse de lui donner quelques boîtes de conserve. Elle me demande de l'accompagner chez elle. Elle me fait visiter sa modeste demeure et me raconte un peu sa vie. J'apprends ainsi qu'elle est veuve, qu'elle vit seule. Sa fille est professeur à Rome et a deux enfants que, malheureusement, elle ne connaît pas. Depuis le début de la guerre, elle n'a plus aucune nouvelle de sa famille. Pour ma part, j'ai encore mes parents, mais il est inutile de vous dire qu'ils se font beaucoup de soucis. Nous sommes six frères dans l'armée. Pendant encore quelques temps, je continue de rendre visite à la vieille dame.

 

      Un jour, je suis convoqué au P.C. du régiment. Je dois me rendre à Rome avec ma jeep pour y conduire deux officiers supérieurs et rester à leur disposition. Je les contacte et prends rendez-vous avec eux. Après avoir fixé le jour du départ, je vais voir la vieille dame pour lui signifier mon départ. Je lui demande l'adresse de sa fille. Elle me remet un paquet. J'ignore ce qu'il y a à l'intérieur ... sûrement une lettre. Me voici rendu à destination. Mes supérieurs me donnent « quartier libre ». Je dois venir les récupérer quelques jours plus tard. Je suis logé et nourri par l'armée. Elle fait bien les choses. Le seul problème, je ne sais pas où laisser la voiture durant la nuit.

 
      Fort heureusement, à proximité du «mess» des sous-officiers, il y a un couvent de religieuses. Parmi elles, certaines parlent français. La mère supérieure, très aimable, me confie la clé de la cour afin que je puisse garer ma voiture. Un problème de réglé. Je décide de me mettre à la recherche du professeur... La tache est difficile car Rome n'est pas Ajaccio ... Je m'entoure de deux jeunes Italiens ... Nous voilà partis à l'aventure dans cette grande cité.

      Après plusieurs tours et détours, nous voilà à l'adresse indiquée. Pendant que mes deux jeunes Mimi 1guides montent la garde près de la voiture, je frappe à la porte... Une dame très distinguée m'ouvre. Elle est très impressionnée à la vue d'un militaire... Je la rassure, lui remet le petit paquet après lui avoir expliqué que je viens de la part de sa maman. Bien sûr, il y a une lettre... Fébrilement, elle la lit devant moi ... puis les larmes aux yeux, elle m'embrasse. Auprès d'elle, il y a ses deux petits garçons... Alors, à son tour, elle me remet une longue lettre, quelques photos de ses enfants.

 

      De retour au bivouac, je m'empresse de rejoindre la vieille dame afin de lui remettre la missive de sa fille. Elle prend connaissance de la lettre qui lui est adressée, elle s'effondre en larmes... Puis, en faisant le signe de la croix,... elle se jette dans mes bras en me disant « Que Dieu vous protège » ...

      Je crois bien que son vœu a été exaucé puisque j'ai continué toute la campagne «France-Allemagne-Autriche»... et me voilà toujours en vie."

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 19:07

Barthélémy CANALE, connu de tous sous le nom familier de "Mimi", a été facteur très jeune. A quinze ans, il arpentait à pieds les sentiers et les routes de l'ensemble du canton. Il était connu de tous et il connaissait tout le monde bien avant de faire rouler sa camionnette-épicerie.

Cette photo, prise par Marie-Louise MARTINI et transmise par son fils Jacques-Antoine, montre Mimi, béret bien vissé sur le crâne, cherchant dans sa sacoche les lettres qu'il va remettre à des Poggiolais réunis sur la place de la maison MARTINI (la place n'était pas encore fermée par une barrière métallique).

Mimi le facteur
De gauche à droite (cliquer sur la photo pour l'agrandir): François MARTINI, Jean-Pierre CARLI, Mimi, X, François-Antoine MARTINI, Paul MARTINI junior, Jules DESANTI, Paul MARTINI, Jean-Baptiste DESANTI

De gauche à droite (cliquer sur la photo pour l'agrandir): François MARTINI, Jean-Pierre CARLI, Mimi, X, François-Antoine MARTINI, Paul MARTINI junior, Jules DESANTI, Paul MARTINI, Jean-Baptiste DESANTI

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 20:00

En début d'après-midi, aujourd'hui mardi 28 octobre, la nouvelle inattendue a fait le tour de Guagno-les-Bains: Mimi CANALE est mort, d'un arrêt cardiaque à son domicile.

Celui qui était parfois surnommé "l'homme en bleu" à cause des salopettes dont il était perpétuellement habillé était unaniment aimé pour sa gentillesse.

Mimi en 1975.

Mimi en 1975.

Chaque jour, à la belle saison, jusqu'à il y a peu, on pouvait le voir devant sa maison jouer aux boules avec ses amis.

Mais, avant d'être un paisible retraité, Mimi avait eu pendant la guerre une conduite héroïque au sein de la 1ère Armée Française lors des campagnes d'Italie et de France.

Il fut aussi facteur puis épicier à Guagno-les-Bains. Sa boutique fut le dernier commerce de la commune. Plusieurs articles de ce blog l'ont évoquée, comme par exemple: Guagno-les-Bains se réveille (3/3: retour sur l'épicerie de Mimi)

Pendant des années, à une époque où les automobiles étaient encore peu nombreuses, sa camionnette sillonna les routes du canton pour proposer ses marchandises aux villageois, toujours avec un grand sourire.

Une anecdote toute simple sur sa serviabilité. Dans l'été 1977, la 4L de Michel Franceschetti tomba en panne d'essence juste devant son magasin. Sans que rien ne lui fut demandé, Mimi sortit immédiatement de sa boutique avec un jerrycan d'essence pour remplir le réservoir. Il demanda simplement que le bidon lui fut ramené plein. 

Le dernier bonheur de Mimi fut de voir renaître son magasin avec l'installation du Proxi cette année.

TOUTES NOS CONDOLÉANCES À SA FAMILLE, À LOUISETTE ET À PIERROT.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 17:54

Une carte postale de Soccia au début du XXsiècle avait été choisie pour illustrer l'article sur "Les bonheurs et les malheurs de Francesca".

Elle représentait, sur les hauteurs du village, un morceau de chemin sur lequel circulaient une femme portant sur la tête une sechja, le seau en bois traditionnel, et un homme suivant des animaux (des chèvres?).

Présent sur la carte postale

 

En voyant cette image, un commentaire a été mis sur la page Facebook du Blog des Poggiolais (https://www.facebook.com/pages/Poggiolo/167056470125907) par Mathide DEFRANCHI:

Le Monsieur de dos sur cette photo est le frère de Francesca, mon arrière-grand père: Jacques Antonini.

Présent sur la carte postale

C'est la preuve que l'illustration était bien choisie et aussi que les cartes postales d'autrefois sont des documents historiques de grande valeur.

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 18:03

Pour les lecteurs qui ont apprécié le beau texte publié sous le titre «Les bonheurs et les malheurs de Francesca» et qui voudraient mieux connaître Francesca et Louis, quelques éléments historiques et biographiques peuvent être nécessaires.

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Francesca était la fille d’Antoine-Toussaint ANTONINI et de son épouse Julie DEMARTINI. Elle naquit à Soccia le 1er février 1889.

C’est à Bastia qu’elle fit la connaissance de Louis CLEMENTI, né le 8 avril 1881 dans cette ville. Il fut incorporé dans l’armée en 1902 et se rengagea en 1904 jusqu’en 1908. Il obtint le grade de caporal.

Libéré, il devint facteur à Paris où Francesca le rejoignit et mit au jour leur fils François-Antoine, surnommé Pierre, le 28 mai 1910, dans le Xe arrondissement.

Renié par sa famille, Louis fut adopté par les ANTONINI de Soccia.

Leur bonheur fut brisé par la guerre. Louis fut mobilisé en 1914. Sa fiche biographique du Ministère de la Défense montre qu’il mourut «tué à l’ennemi» dans l'Oise, le 6 juin 1915 à la Ferme d'Écafaut, à Moulin-sous-Touvent, commune de Tracy-le-Mont (Oise). Il fut inhumé dans le cimetière communal de ce lieu.

Le pompon rouge de Louis

Sur cette fiche, Louis était caporal alors que, d’après les Registres matricules du recrutement militaire, il l’était déjà depuis 1904 et qu’il devint sergent le 30 janvier 1915. Le graveur du monument aux morts de Soccia a donc eu raison d’accompagner son nom de ce grade.

Le pompon rouge de Louis

Contrairement à ce qui est écrit sur certains sites, son nom n’est pas inscrit sur le monument de Matra. Il s’agit d’un homonyme, Charles-Marie Joseph Louis Antoine CLEMENTI, aspirant décédé en 1918.

 

Louis était véritablement devenu Socciais, tout comme son fils Pierre qui tint à ce que son premier enfant, Louis-Pierre, naquit à Soccia en 1935.

Francesca termina sa vie le 20 mai 1978 à Sevran.

Pierre mourut à Paris le 16 avril 1982.

Comme beaucoup d’autres orphelins de guerre, il fut profondément marqué par la mort de son père. La preuve en est le texte suivant que le dernier fils de Pierre, René, né en 1967, posta sur le "Forum Pages 14-18" le 4 février 2007 :

« À la lecture d'un des fils de ce forum, j'ai appris qu'un pompon ornait le képi des soldats avant 1910. 

Cela a fait remonter un souvenir d'enfance à ma mémoire. Ma grand-mère paternelle, veuve de guerre en 1915, morte en 1978 alors que j'avais 11 ans, avait conservé dans ses affaires un pompon, un simple pompon rouge; je crois aussi me souvenir qu'on m'a dit en famille que mon père (né en 1910, mort en 1982), pleurait lorsqu'il tombait dessus (et pour faire pleurer mon père, vous pouvez me croire, il fallait que ce soit spécial). Personne dans la famille ne sait ce que c'était que ce pompon, et il va d'ailleurs falloir, maintenant qu'il est remonté de ma mémoire, que je m'inquiète de savoir ce qu'il est devenu. 

(…) 

Je devine maintenant que le fameux pompon rouge de ma grand-mère devait être un souvenir du grand-père. »

Exemple de képi à pompon d'avant 1910.

Exemple de képi à pompon d'avant 1910.

Dans de nombreuses maisons, il y avait des pompons rouges ou d’autres reliques qui peuvent paraître dérisoires mais qui étaient chargés de souvenirs et d’émotions. Cent ans après, combien a-t-on conservé de ces souvenirs de vies détruites par la Grande Guerre ?

Le pompon rouge de Louis
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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 18:10

Si, en cette année du centenaire, l'on pense aux souffrances endurées par les combattants de 1914-1918, il serait injuste d'oublier les chagrins et les difficultés de leurs familles. 

L'article L'annonce du premier mort a montré la douleur de Dorothée MARTINI qui avait perdu son fils unique.

Le document suivant décrit la vie bouleversée d'une des nombreuses épouses à qui la guerre ravit leur époux. En racontant la jeunesse de Francesca à Soccia, il fait comprendre également la pauvreté des villages corses il y a un siècle et la difficulté à y survivre.

Ce texte a été rédigé par Marina CLEMENTI-DAVID, petite-fille de Francesca et de Louis CLEMENTI. La rédaction du blog a rajouté les intertitres. 

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FRANCESCA

NI PLUS MALHEUREUSE NI PLUS HEUREUSE QUE LES AUTRES ENFANTS CORSES

Elle avait  6 ans lorsque sa mère mourut d’une pneumonie. Dernière de six enfants, elle était chargée, à la maison, de toutes les petites corvées que les autres, trop occupés, lui confiaient: balayer le sol de terre battue de la pièce à vivre, aller chercher de l’eau, nourrir les poules; si elle réussissait à tout faire avant que la cloche ne sonne, elle avait le droit d’aller à l’école; cela n’arriva pas souvent. Elle courait pourtant sur le chemin pierreux, la petite Francesca, pour rapporter l’eau à la maison avant qu’il ne soit trop tard, mais en vain. Alors elle s’asseyait sur le chemin et pleurait. Elle pleurait sa maman absente, ses pieds meurtris, ses mains glacées. Elle ne le dit jamais à personne, sauf, beaucoup plus tard, à ses petits-enfants qui rechignaient eux, pour aller à l’école.

Francesca n’était ni plus malheureuse ni plus heureuse que la plupart des autres enfants du village: comme eux, elle allait pieds nus le plus souvent, même en hiver, mangeait la pulenta de châtaignes, la soupe de haricots et de lard de cochon, avec un peu de charcuterie ou de fromage les jours de fête. Les hivers étaient rudes, on s’enfermait et se calfeutrait autour de la cheminée; les journées d’été longues et éreintantes: il fallait profiter du jour pour avancer les travaux  (jardins, troupeaux, récolte des châtaignes, lessives, réparations).

Son père, affectueux mais déjà âgé, laissait les rênes de la maison à Marie sa sœur aînée, qui menait tout son monde avec autorité.

Comme beaucoup de jeunes au village, les garçons partirent pour les colonies; leurs pensions aidaient bien les familles, la subsistance était dure. Angèle-Marie fut mariée jeune à un Italien plus âgé qu’elle, mais qui prenait bien le relais à la maison. A 15 ans, Francesca fut «placée» à Bastia, dans une famille recommandée par le curé.

 

Les bonheurs et les malheurs de Francesca

UN BONHEUR FOUDROYÉ

Elle y était bien traitée, apprenant à tenir la maison, la cuisine, la couture, s’occuper du jeune enfant. Elle resta longtemps en relation étroite avec cette seconde famille. Ses rêves étaient ceux d’une jeune fille simple très croyante. Elle avait une confiance inébranlable en Dieu, la Sainte Vierge et tous les saints. Elle se rêvait religieuse.

Il en fut autrement: le jeune Louis, élevé par des pères jésuites, visitait souvent cette famille. Peut-être ses visites se firent-elles plus fréquentes et assidues après l’arrivée de Francesca ? Toujours est-il qu’il finit par la demander en mariage; elle accepta. Il quitta donc les pères jésuites et partit à Paris se faire une situation dans l’administration française: il fut facteur aux P.T.T.

Francesca, modestement dotée, mais avec une belle robe pour son mariage, le rejoignit un jour.

Ils vécurent leur bonheur simplement, lui travaillant, elle tenant son ménage dans ce grand Paris si différent de son village et même de Bastia! N’étant pas devenue religieuse, elle rêvait d’un autre grand destin féminin: devenir mère de famille nombreuse.

Ils eurent un fils, déclaré François Antoine. Qui décida de l’appeler finalement Pierre? Il était beau en tout cas, le plus beau des garçons du monde évidemment. Puis il y eut la guerre, Louis partit, il fallait bien, et, comme tellement d’autres, ne revint jamais.

Les bonheurs et les malheurs de Francesca
Les bonheurs et les malheurs de Francesca

LE CENTRE DE SA VIE

Restée seule avec son fils âgé de 4 ans, Francesca versa bien des larmes; puis elle fit face. Elle avait le caractère bien trempé, était habituée à lutter pour survivre. En tant que veuve de guerre, on lui offrit une place aux P.T.T.. Elle faisait des colis pour les soldats et les prisonniers le jour, des travaux d’aiguilles à domicile le soir et la nuit pour augmenter son petit revenu, et, de plus, apprit à lire et à écrire, pour améliorer sa situation aux P.T.T.

Pierre restait seul à la maison souvent, sa mère en courant revenait voir si tout allait bien pendant ses temps de pause; puis elle repartait, toujours courant, reprendre son poste. Payer une nourrice à cette époque était réservé aux gens riches;  pour une femme seule, même avec sa pension de veuve de guerre et le fruit de son travail, c’était un luxe peu accessible.

L’enfant devint le centre de sa vie, son bonheur, son trésor, son amour; le plus important tout de suite après Jésus-Christ, et même, à son cœur défendant, peut-être avant ?

Ainsi naquit de cette relation mère-fils un amour fusionnel qui jamais ne rompit et qui ne laissa la place à aucun autre; ils formèrent un couple indestructible. Elle ne se remaria évidemment pas, et Pierre, en âge de prendre femme, ne quitta jamais sa mère, et ne put jamais trouver celle qui l’égalerait; mais il lui fit beaucoup de petits-enfants qui tous furent peu ou prou élevés par leur grand-mère: elle était enfin (grand-) mère de famille nombreuse !

 

Au gré d’une vie mouvementée, l’un d’eux naquit à Soccia, le village de Francesca: Louis-Pierre; et deux autres, Marina et Eva, eurent la chance d’y vivre quelques mois de leur enfance, qui restèrent toujours l’un de leurs meilleurs souvenirs. Chacun d’eux, dans le secret de son cœur, rêvait d’une maison au village. Le besoin de renouer avec ses racines? Le souvenir de cette grand-mère irremplaçable? Un jour, le rêve devint réalité: «CASA FRANCESCA» est là, à SOCCIA, et vous attend, vous tous les descendants de la petite Francesca. N’oubliez pas d’y venir, d’y revenir, et bonne route à tous, dans vos vies.

Les bonheurs et les malheurs de Francesca
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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 17:45

Peu avant le début de la Première Guerre Mondiale, en mars 1914, la publication du premier  (et unique) numéro de la revue «A Cispra» fut un événement très important pour l’histoire de la Corse du XXe siècle. Ce centenaire va être fêté samedi 18 octobre.            

«A Cispra» (le vieux fusil) était une revue bilingue (français et corse) politique et culturelle créée par deux instituteurs originaires de notre micro-région : Xavier PAOLI, né à LETIA, et Jacques-Toussaint VERSINI, de MARIGNANA.

Elle est accessible sur le site de la BNF: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6564542c​

Le centenaire de « A CISPRA »

 

Les sept premières pages, intitulées «Autonomie ou la Dégénérescence de l’Individualisme Corse», sont sous la signature de PAOLI et défendent l’idée autonomiste pour la Corse.

On trouve ensuite une proclamation qui fut souvent répétée :

« A Corsica un n’è mic’un dipartimentu francese : è una Nazione vinta ch’ha rinasce ! ».

C’est-à-dire :

« La Corse n'est pas un département français. C'est une nation qui a été conquise et qui renaîtra ».

C'est la première demande moderne d'autonomie pour la Corse.

 

Au sujet de l’orthographe, l’article «Notre orthographe» (pages 74 à 77) indique :

« entre deux formes également usitées, nous préférons celle qui s’éloigne le plus de l’italien ; nous préférons Côrzica et côrzu (prononciation de la province de Vico) à Corsica et corsu (formes purement italiennes). De même nous préférons pueta à poeta «.
(…)
« Il faut rompre le plus d’attaches possibles avec l’italien dont le prestige pèse sur notre patois au point de l’étouffer ».

 

Le déclenchement de la guerre mit fin à l’existence de « A CISPRA » mais cette revue avait donné le départ d’une véritable renaissance culturelle qui fut illustrée entre les deux guerres par plusieurs écrivains originaires de nos villages :

- Paul ARRIGHI, né à Renno, qui dirigeait "L'Annu Corsu",

- Petru ROCCA, né à Vico, qui créa "A Muvra",

- MAISTRALE, né à Marignana mais qui eut des liens très étroits avec Poggiolo.

 

Afin de commémorer la création de « A CISPRA », deux plaques vont être dévoilées sur chacune des maisons natales des deux fondateurs samedi 18 octobre

- à 11 h, à MARIGNANA pour Jacques-Toussaint VERSINI

- à 15 h, à LETIA, pour Xavier PAOLI

Ces cérémonies seront suivies dans les deux communes d’un apéritif offert dans les locaux des mairies.

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 18:00

Les monuments aux morts de nos villes et villages ne sont pas les seuls éléments officiels destinés à se souvenir des Français morts en 1914-1918. Il existe aussi les livres d'or.

La loi du 25 Octobre 1919 relative à "la commémoration et à la glorification pour la France au cours de la Grande Guerre" avait notamment pris les décisions suivantes:

Art.1er : Les noms des combattants des armées de terre et de mer ayant servi sous les plis du drapeau français et Morts pour la France, au cours de la guerre 1914-1918, seront inscrits sur les registres déposés au Panthéon.

Art.2 : Sur ces registres figureront, en outre, les noms des non combattants qui auront succombé à la suite d’actes de violence commis par l’ennemi, soit dans l’exercice de fonctions publiques, soit dans l’accomplissement de leur devoir de citoyen.

Art.3 : L’Etat remettra à chaque commune un livre d’or sur lequel seront inscrits les noms des combattants des armées de terre et de mer, Morts pour la France, nés ou résidant dans la commune.
- Ce livre d’or sera déposé dans une des salles de la commune et tenu à la disposition des habitants de la commune .
- Pour les Français nés ou résidant à l’étranger, le livre d’or sera déposé au consulat dont la juridiction s’étend sur la commune où est né, ou a résidé le combattant mort pour la Patrie.

Art.4 : Un monument national commémoratif des héros de la grande guerre, tombés au champ d’honneur, sera élevé à Paris ou dans les environs immédiats de la capitale.

Art.6 : Tous les ans le 1er ou le 2 Novembre, une cérémonie sera consacrée dans chaque commune à la mémoire et à la glorification des héros morts pour la Patrie.

Elle sera organisée par la municipalité avec le concours des autorités civiles et militaires.

Art.7: La présente loi est applicable à l’Algérie et aux colonies.

(J.O du 26 octobre 1919)

La loi précisait encore que la période de guerre considérée était comprise entre le 2 août 1914 et le 24 octobre 1919, date légale de la cessation des hostilités.

La rédaction des livres d'or de chaque commune a demandé un grand travail de rassemblement et de vérification des informations, qui sera interrompu par la guerre 39/45 et restera en l'état de brouillon. Pour être inscrits sur le monument aux morts et sur le livre d'or d'un endroit, il fallait soit y être né, soit y avoir eu 15 ans de domiciliation à la déclaration de la guerre. Il en résulta que des soldats purent être inscrits dans deux ou trois villages et certains furent oubliés.

Qu'en est-il pour Poggiolo?

Le livre d'or de Poggiolo, disponible sur le site des Archives Nationales (https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr), se présente sous la forme de trois feuilles dactylographiées. Il comporte 19 noms avec les dates de naissance et de décès, le régiment et le grade ainsi que le lieu du décès avec sa date.

Les oubliés du livre d'or
Les oubliés du livre d'or
Les oubliés du livre d'or

Mais trente noms sont gravés sur le monument aux morts du village. Qui sont les onze manquants et pourquoi ont-ils été oubliés du livre d'or?

Cinq de ces oubliés sont nés à Poggiolo et remplissent donc une condition importante: 

  • DEMARTINI François
  • FRANCESCHETTI Antoine François
  • PINELLI Baptiste
  • PINELLI François
  • PINELLI Laurent

Leur absence est inexplicable, sauf par un certain désordre administratif à la mairie, à la préfecture ou au ministère.

Quelles sont les lieux de naissance des six autres?

  • ANTONINI Pierre Toussaint: Guagno (inscrit sur le livre d'or et le monument aux morts de ce village)
  • BATTESTI Pierre-François: Guagno (inscrit sur le livre d'or et le monument aux morts de ce village)
  • DESANTI Jean: Eccica-Suarella (inscrit sur la plaque commémorative de ce village)
  • LOVICHI Jean: Constantine (inscrit sur le monument aux morts de Bône) (voir l'article "Enterré face au tombeau d'Achille")
  • MARTINI Jean-Dominique: Paris
  • PAOLI François Antoine: Marseille

L'absence de ces noms dans le livre d'or s'explique donc. Mais leur présence sur le monument aux morts est également parfaitement justifiée car ces hommes (leurs noms le montrent) ont de la famille à Poggiolo.

Ces soldats sont tous qualifiés de "morts pour la France" sauf PINELLI Baptiste et PINELLI François. Ils n'ont d'ailleurs pas de fiche sur le site "mémoire des hommes" qui rassemble la totalité de cette catégorie.

 

Les oubliés du livre d'or

Ces deux PINELLI sont mentionnés comme père et fils. Ils sont bien nés à Poggiolo, l'un en 1848, l'autre en 1889. 

Baptiste, Jean-Baptiste en réalité, est mort le 15 juillet 1917, donc dans le créneau chronologique prévu par la loi. Seulement, il meurt dans un hôpital parisien "des suites de maladie non contractée en service", est-il indiqué dans sa notice de MémorialGenWeb.

François est le fils du précédent. Il décède en 1920 à Ajaccio "des suites de la guerre", d'après le même site. Il est donc hors-délai.

Juridiquement, ils ne peuvent être qualifiés de "morts pour la France". Mais Jean-Baptiste était chevalier de la Légion d'Honneur depuis 1907 et il termina sa vie avec le grade de capitaine. Il faudrait avoir les documents sur les réunions du conseil municipal poggiolais de l'époque et sur la correspondance avec la Préfecture mais il est évident que, pour les habitants du village, les deux PINELLI étaient des héros de guerre.

Même si le livre d'or est incomplet, il n'est pas faux et le monument aux morts érigé au Lucciu montre bien la réalité et la complexité de la participation poggiolaise au massacre de la Grande Guerre.

 

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Cet article doit beaucoup aux informations trouvées sur les sites: 

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LES POILUS DE 14-18 SONT DES NOMS SUR DES MONUMENTS ET DES LIVRES D'OR. MAIS ILS ÉTAIENT D'ABORD DES ÊTRES HUMAINS. ENVOYEZ-NOUS DES PHOTOS AFIN DE LES FAIRE REVIVRE.

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