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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 19:23

Il ne faut pas réduire les 30 Poggiolais dont les noms sont gravés sur le monument aux morts à ces quelques lignes. Il ne faut pas non plus les cantonner à des hommes en uniforme. Leur vie, arrêtée net par la première guerre mondiale, avait commencé bien avant. Ils furent des enfants qui connurent de beaux moments auprès de leurs parents, à Poggiolo ou, pour certains, dans d'autres localités (voir la partie "Pas tous de Poggiolo" dans l'article "Les surprises des trente Poggiolais").

Ils allèrent à l'école obligatoire et laïque de la Troisième République triomphante. Grâce à leur scolarité, on peut connaître les visages de plusieurs de ces futurs soldats.

L'HUMANITÉ DES PHOTOS

La photo de l'école de Poggiolo en 1900 est exposée dans la salle du conseil municipal. 

Eux aussi furent des enfants

Elle a été "donnée le 1er mai 1990 à la municipalité par Françoise, Marie-Jeanne et Dominique-François DESANTI, en souvenir de leur mère Marthe DESANTI née DEMARTINI." Ce magnifique et émouvant document est accompagné de l'identité de pratiquement toutes les personnes visibles sur ce cliché.

La présentation en a été réalisée dans l'article paru sur ce blog le 9 septembre 2010 sous le titre: "La cent dixième rentrée scolaire".

 

Eux aussi furent des enfants

On peut ainsi en extraire quatre visages de jeunes garçons qui firent partie de ces trop nombreux «jeunes Français couchés froids et sanglants sur leur terre mal défendue" (Charles Maurras dans "Kiel et Tanger"). 

 

Eux aussi furent des enfants
  • Le plus à gauche avec le numéro 19 est Jean DESANTI, né le 8 octobre 1892, qui avait 8 ans sur cette photo. Au moment de son incorporation, en 1912, il s'engagea dans le 46ème régiment d'infanterie. Il fut "tué à l'ennemi" le 26 février 1915 à Vauquois dans la Meuse.
  • Le numéro 32 est celui de Dominique Xavier DESANTI, né le 31 janvier 1890, engagé dans l'infanterie coloniale et mort en Serbie "des suites de maladie contractée en service" le 13 décembre 1918, un mois après l'armistice !
  • A côté, se trouve le visage de Charles Marie VINCIGUERRA (numéro 34) qui a fait l'objet d'un hommage particulier et d'un article intitulé "Hommage à Charles Marie Vinciguerra". Il avait 9 ans au moment de ce cliché.
  • Le dernier (numéro 36) est Laurent Antoine PINELLI, né le 20 avril 1893 (donc 7 ans sur la photo). Engagé volontaire, il décéda lui aussi "des suites de maladie contractée en service" le 28 mai 1919 à l'hôpital de Fez (Maroc).
  • Il ne faut pas oublier d'ajouter à cette liste Jean Ary LOVICHI qui  était né le 10 novembre 1893 à Constantine, en Algérie, et mourut en juillet 1915 aux Dardanelles. Sa biographie est parue dans l'article "Enterré face au tombeau d'Achille". Il pose ici avec ses deux sœurs. 
Eux aussi furent des enfants

LA FROIDEUR DES CHIFFRES

Une photo de classe n'est pas forcément utilisée pour faire remonter des souvenirs et larmoyer. Elle peut servir à fabriquer des statistiques et à comparer froidement des séries de chiffres. 

La photo de l'école poggiolaise en 1900 réunissait, avec l'instituteur, 29 filles et 26 garçons. Parmi ceux-ci, les renseignements donnés par la famille Desanti sont insuffisants pour 4 dont on n'a pas les noms, prénoms, dates de naissance et de décès. Il en  reste 22 à l'identité bien reconnue et qui naquirent entre 1882 et 1895, dates permettant de participer à la guerre. Trois décédèrent avant 1914. Sur les 19 restants, les 4 moururent pendant la guerre, comme vu précédemment. Cela représente un  taux de 21 %. Un cinquième des Poggiolais mobilisables ont perdu la vie pendant la guerre.

Si l'on en croit les tableaux de George PINEAU utilisant les chiffres officiels et édité par le JOURNAL DES MUTILES ET COMBATTANTS (http://vestiges.1914.1918.free.fr/Pertes.htm), la moyenne de pertes de la XVème région militaire, dont la Corse faisait partie, fut de 11,89%.

Les chiffres réels des pertes corses sont encore prétexte à controverses. Voir la recension qui en est présentée ici: 

http://elizabethpardon.hautetfort.com/tag/compte+des+morts+de+la+guerre+de+14-18+en+corse

Mais il est certain que ces morts furent trop nombreux, beaucoup trop nombreux...

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 18:06

L'évocation de la vie de Francesca, dont le mari Louis CLEMENTI disparut à la guerre de 14-18 (voir l'article "Les bonheurs et les malheurs de Francesca"), avait été illustrée par une vieille carte postale de Soccia.  

Connaissez-vous l'oncle socciais?

 Une lectrice de ce blog reconnut une personne de cette photo et écrivit: "Le Monsieur de dos sur cette photo est le frère de Francesca, mon arrière-grand père: Jacques Antonini."

Il n'est pas étonnant de trouver des visages de gens connus car les photographes du début du xxe siècle utilisaient souvent des "autochtones" pour obtenir des cartes postales "authentiques". Du coup, ces souvenirs de vacances étaient aussi des photos de famille. Ils sont également des documents historiques.

Le Vicolais Jean-Pierre FONDEVILLE est un grand collectionneur de ces documents du passé. Nous le remercions d'avoir envoyé au blog une carte postale de la même partie des hauteurs de Soccia.

Connaissez-vous l'oncle socciais?
Connaissez-vous l'oncle socciais?

On peut voir un homme barbu, certainement vêtu d'un costume en velours, posant près d'un arbre sur le bord du chemin, ce qui dégage de l'espace pour voir des maisons socciaises, le clocher de l'église, la route vers Sorru et le col lui-même. L'envoi a eu lieu le 24 août 1958 à Soccia pour Ivry-sur-Seine. Dans la partie correspondance, l'auteur de ce souvenir de vacances a écrit en en-tête: "Photo de mon oncle et de ses chiens". Il reste à trouver le nom de cet oncle. Pourriez-vous nous renseigner sur cette identité?

 

Une autre carte postale de Soccia montrait également deux enfants sur la place du monument aux morts.

Connaissez-vous l'oncle socciais?

Elle avait été publiée le 16 décembre 2010 dans l'article "Un autre morceau de Soccia est en vente" et avait provoqué deux identifications différentes.

La première était:

Bonjour
Concernant la carte postale du monument aux morts de Soccia, il ne s'agit pas de 2 garçons mais de 2 filles dont l'une est ma mère Defranchi Jeanne et l'autre est Paulette Pietri mère de Christophe
(Pan'e Vinu). Voilà pour la précision.

Mais un autre commentaire s'était opposé à cette identification: 

Les deux enfants de la photo sont Marie Arrighi, née Antonini (Marie "l'épicière") et Jeanne-Marie Ottavy, née Demartini (l'épouse d'André, le receveur des Postes à Soccia dans les années 70).
Marie est la petite fille vêtue de noir car elle venait de perdre son papa. Elles ont 10 ans toutes les deux.

Qui dit vrai? Nous comptons sur nos lecteurs pour départager les points de vue.

Avez-vous d'autres cartes postales qui ont pu transporter dans toute la France les portraits d'habitants de nos villages?

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 18:14

Les noms inscrits sur les monuments aux morts dont ceux des soldats qui sont morts pendant les guerres et dont le souvenir doit perdurer auprès des générations suivantes. Seulement, leur présence sur la pierre indique seulement que ces hommes ont été tués mais pas comment ils se sont comportés. Dans l'ignorance des détails de leur carrière militaire, on peut supposer qu'ils ont été des héros.

Pour en avoir le cœur net, il est nécessaire de regarder dans les documents. Et ceux-ci confirment que les Poggiolais furent de bons militaires.

Sur les trente Poggiolais présents sur le monument du Lucciu, nous savons que beaucoup s'étaient engagés dans l'armée avant 1914. Il n'est donc pas étonnant que cinq d'entre eux avaient déjà obtenu la médaille coloniale, surtout pour des campagnes en Afrique du Nord.

Deux étaient chevaliers de la Légion d'Honneur. Mais, là encore, ces décorations avaient été reçues pour des carrières antérieures à la Première Guerre Mondiale.

Sept furent titulaires de la médaille militaire

La médaille militaire est une décoration qui ne peut être concédée que pour des services militaires exceptionnels. Elle est formée d'une couronne de laurier d'argent qui entoure un médaillon d'or où figure l'effigie de la République, entourée d'un cercle d'émail bleu où sont inscrits les mots : République française. Au revers, la médaille porte au centre du médaillon d'or, entouré d'un cercle bleu, la devise : Valeur et Discipline. Les feuilles et boutons de laurier sont liés de deux rubans entrecroisés en haut et en bas. L'insigne est suspendu à un ruban jaune bordé de vert des deux côtés. (renseignements Wikipédia)

La face avant du monument aux morts de Poggiolo reproduit cette médaille, sous le médaillon d'un "Poilu" posé sur des branches de laurier.

Le palmarès des trente Poggiolais

La croix de guerre 1914-1918 a été attribuée à 5 des 30 Poggiolais. Cette décoration servait à récompenser une conduite exceptionnelle au cours de cette guerre.

Neuf citations (à l'ordre du régiment, de la division, du corps d'armée ou de l'armée) ont été publiées pour montrer des Poggiolais en exemple. A lui seul, Jean Toussaint PINELLI en a obtenu trois pendant la seule année 1917. Une curiosité: la citation de Jean Toussaint DEMARTINI à l'ordre des troupes du groupe de l'A.O.F. (Afrique Occidentale Française) pour sa bravoure dans les combats contre les Allemands au Togo, peut-être avec Jean Hyacinthe DESANTI (Voir l'article "Un Poggiolais au Mali"). Il mourut en 1916 dans la Somme.

Ces trente Poggiolais de 14-18 ont donc de bonnes raisons d'être présentés comme des exemples.

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 17:59

L'année 2014 n'est pas seulement celle du centenaire du début de la Première Guerre Mondiale. Vingt ans après celle-ci, une nouvelle guerre ravageait l'Europe et le monde. Six Poggiolais moururent alors pour la France. Voici exactement soixante-dix ans que, le 19 novembre 1944, disparut   Marc Jean OTTAVY auquel cet article rend hommage.

 

Marc Jean OTTAVY (dit habituellement « Jean » ou « Jeannot ») n’est pas né en Corse mais en Algérie, à CONSTANTINE, en 1922.

Il fait partie de ces familles corses qui, devant la pauvreté matérielle, cherchèrent leur survie dans les territoires coloniaux.

Son père Martin OTTAVY était né à PHILIPPEVILLE mais ses grands-parents paternels étaient nés à SOCCIA et se marièrent à PHILIPPEVILLE. Antoinette PINELLI, la mère de Jean, était née à CONSTANTINE où les parents de celle-ci, nés et mariés à POGGIOLO, s’étaient installés.

La famille avait déjà été marquée par la première guerre mondiale avec  la disparition de l’oncle maternel de Jean, le sous-lieutenant (du 3e Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs) Jean-Toussaint PINELLI, qui était mort le 14 avril 1918 dans l’Oise.

 

Jean Ottavy

Jean était étudiant en Droit à ALGER quand il fut mobilisé, comme beaucoup de Français d’Algérie. Après le débarquement anglo-américain de novembre 1942, le million de Français d’origine européenne d’AFN fournit 170.000 hommes, représentant 27 classes d’âges entre 17 et 45 ans, plus les engagés volontaires, soit 16,35% de cette population. Effort supérieur à celui de la métropole en 14-18. Rappelons que les soldats d'origine européenne (dits "pieds-noirs") étaient « appelés » et non pas "volontaires" comme leurs camarades de combat "indigènes" musulmans.

Intégré dans une unité du Génie, Jean débarqua en Provence en août 1944 avec la 1ère Armée d’Afrique du général de LATTRE de TASSIGNY, comme d’autres Poggiolais (voir article du 20 mai 2009 sur Archange COLONNA). Après la libération de TOULON et MARSEILLE , il fit la remontée du Rhône et arriva aux bords du Doubs mi-septembre.

Maîche

L’offensive qui devait aboutir à la libération de STRASBOURG débuta le 14 novembre dans de grandes bourrasques de neige. Le 1er C.A. (corps d’armée) entra le 17 à MONTBÉLIARD. Le 18, en retrait du front, la patrouille que Jean dirigeait fut prise dans une embuscade près du village de MAÎCHE (où, cinq jours auparavant, de GAULLE et CHURCHILL avaient conféré pour préparer les futurs combats). Jean fut fauché en portant secours à ses camarades. Grièvement blessé, il ne put être secouru que tardivement, ayant perdu beaucoup de sang. Il décéda le 19 novembre 1944 à PONT-DE-ROIDE où il fut inhumé.

Sa tombe fut entretenue par une famille du lieu jusqu’à ce que, bien plus tard, le rapatriement du corps à POGGIOLO put être organisé. Il était titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre. Son nom est gravé sur le monument aux morts de POGGIOLO et sur celui de SOCCIA.

 

Note: Jean était le frère de Maryvonne OTTAVY et donc l'oncle de Joël et Hervé CALDERONI.

 

PS: cet article a déjà été publié le 8 mai 2010.

Le nom de Jean OTTAVY a été donné à une rue de Constantine, comme le rappelle cet article:

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 18:05

Les Poggiolais qui ont combattu pendant la Première Guerre Mondiale ont été présents sur pratiquement tous les fronts, comme l'a démontré l'article "Où les poilus poggiolais sont-ils tombés?".

De même, les trente décès furent étalés pendant toute la durée de ce conflit.

 

La dispersion des trente Poggiolais

Le tiers des pertes (10 sur 30) eut lieu en 1915, année marquée par les combats d'Artois et de Champagne.

1920 est indiquée sur ce graphique car c'est l'année de la mort de François PINELLI, présent sur le monument aux morts.

 

Mais tous ces corps ne retrouvèrent pas le chemin du cimetière de Poggiolo, comme l'a montré l'article sur l'hommage à Charles Marie VINCIGUERRA.


Il est certain que François Antoine DESANTI  et Jacques Antoine DESANTI  (prénommé seulement Jacques sur le monument) ne sont pas au village car ils ont été déclarés "disparus" lors de combats dans la Meuse (à Béthincourt et à Vauquois).
 
En Corse,
  • Pierre François BATTESTI, né en 1896 à Guagno et mort en 1918 à Guagno, est certainement dans le cimetière de cette commune.
  • Jean Antoine Martin DESANTI a été inhumé dans un caveau familial à Eccica-Suarella.
  • François PINELLI, décédé à Ajaccio, est-il dans cette ville ou à Poggiolo?
  • Antoine François FRANCESCHETTI, mort à Lyon, et Jean Baptiste PINELLI, à Paris, sont certainement enterrés dans ces villes où ils habitaient depuis longtemps.
 
Huit héros poggiolais se trouvent dans des nécropoles nationales sur le sol français: 
  • Damien BALDARESCHI est à Le Pont du Marson, dans la Marne (tombe 5366), là où il fut tué.
  • Franco Antoine COLONNA est enterré dans la nécropole nationale de Somme-Suippe qui regroupe 4950 corps français (tombe 3319).
  • Pour Antoine François DEMARTINI, il faut aller au cimetière de Lihons (Somme) (tombe 3935).
  • Jean Baptiste DEMARTINI est dans la nécropole de La Crouée, dans la Marne (carré 3E, tombe 1791). 
  • Jean Toussaint MARTINI est dans le cimetière de Vauquois (Meuse), près de Verdun (tombe 62, rangée 3).
  • Jean André PATACCHINI occupe la tombe 746 de la nécropole nationale de Maurepas (Somme).
  • Les restes de Dominique Félix PINELLI  se trouvent dans le cimetière militaire de Flirey (Meurthe-et-Moselle) (tombe n° 118) avec ceux de 4.406 victimes de la guerre.
  • Comme vu dans un article récent (Hommage à Charles Marie Vinciguerra), on peut trouver la tombe de Charles Marie VINCIGUERRA dans la nécropole de Luynes (Bouches-du-Rhône) (carré C, rang 39, tombe 54).

 

Trois soldats dans le sol d'Orient
  • Beaucoup plus loin, c'est en Macédoine, à Skopje, au cimetière militaire français (voir les vidéos ci-dessous), dans la tombe n° 531, que repose Dominique Xavier DESANTI (dit seulement Dominique sur le monument), mort à Zajeca en Serbie.
  • Jean Ary LOVICHI, victime de l'expédition des Dardanelles, se trouve dans le cimetière militaire français de Seddul-Bahr, dans la presqu'île de Gallipoli en Turquie (tombe 269).
  • MARTINI Pierre Toussaint  (appellé Toussaint sur le monument), qui s'était engagé dans la Légion, et qui fut tué à l'ennemi le 24 avril 1915, âgé de 46 ans, se trouve dans le même cimetière turc. Son nom ne figure pas dans la liste des 2.236 soldats identifiés mais les quatre ossuaires contiennent un total de 20.000 corps.
  • Par contre, le nom de Pierre Toussaint ANTONINI, lieutenant mort à l'âge de 34 ans dans l'hôpital temporaire 5 de Salonique, ne se trouve pas sur la liste des 8.098 soldats français du cimetière de cette ville. Son corps a-t-il été rapatrié ou fait-il partie des 200 non identifiés de cet endroit?

Il reste à connaître les lieux d'inhumation des 13 derniers morts. Un examen des tombes du cimetière de Poggiolo permettrait de savoir qui, parmi eux, a été vraiment enterré au village.

Un grand merci aux chercheurs du site Mémorial Gen Web dont le travail a permis de rédiger cet article.

 

  P.S. 1: si vous avez des renseignements complémentaires ou si vous constatez des erreurs dans cet article, n'hésitez pas à nous les signaler.

 

P.S. 2: LE BLOG ACCUEILLERAIT VOLONTIERS DES PHOTOS DE POGGIOLAIS AYANT COMBATTU PENDANT LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE. Les envoyer à l'adresse: larouman@gmail.com

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 17:48

Sur le monument aux morts de Poggiolo, les trente lignes donnant les noms des trente Poggiolais qui sont morts pour la France pendant la Grande Guerre existent depuis si longtemps que l'on peut croire tout connaître d'eux. Des noms, des prénoms, des grades, comme dans toutes les communes.

Mais, en essayant d'en savoir plus sur ces hommes, on peut faire des observations parfois inattendues.

PAS TOUS DE POGGIOLO

Tout d'abord, ces Poggiolais ne sont pas tous natifs de Poggiolo.

La grande majorité (22 sur 30) est bien née au village. Il est difficile de distinguer dans les documents utilisés si certains étaient de Guagno-les-Bains.

Mais:

  • 4 ont vu le jour dans d'autres localités corses (2 à Guagno, 1 à Pastricciola, 1 à Eccica Suarella)
  • 2 en France continentale (1 à Paris et 1 à Marseille)
  • et 2 en Algérie (à Sétif et à Constantine). 

Les familes poggiolaises avaient déjà essaimé.

Les surprises des trente Poggiolais

DES SOLDATS EXPÉRIMENTÉS

Les dates de naissances sont plus variées que les lieux de naissance.

Le service militaire se faisant alors à 20 ans, les mobilisés de 1914 étaient donc nés en 1894. Avec le vote de la loi de trois ans en 1913, les appelés nés en 1891, en 1892 et en 1893 étaient encore sous les drapeaux lors de la déclaration de guerre. Logiquement, les noms gravés sur le monument aux morts devraient correspondre, puisque la guerre a duré jusqu'en 1918, à des jeunes nés entre 1891 et 1898. Or cette tranche d'âges correspond à seulement 11 personnes sur 30.  

Les 19 autres sont nés bien avant, entre 1848 et 1890:

  • 4 entre 1848 et 1879 (Jean Baptiste PINELLI, prénommé seulement Baptiste sur le monument, est né en 1848 et avait donc 66 ans en 1914. Il avait même participé à la guerre de 1870 !!! Voir l'article "1870, la guerre oubliée")
  • 5 entre 1880 et 1885
  • 10 entre 1886 et 1890.

La moyenne d'âge lors de leur décès était de 29 ans et demi ! 

Les surprises des trente Poggiolais

Le plus jeune des morts du village fut Franco Antoine COLONNA (prénommé seulement Franco sur le monument). Né le 10 février 1897, c'est à 20 ans et 3 mois, le 23 mai 1917, qu'il mourut dans une ambulance qui l'emmenait à St Hilaire-au-Temple (Marne).

Mais l'âge relativement élevé des inscrits au monument s'explique quand on sait que 20 d'entre eux étaient des soldats engagés qui avaient déjà, pour certains, une longue expérience militaire derrière eux en 1914. Ainsi, Jean Baptiste PINELLI avait été volontaire en 1866 et avait alors 48 ans de carrière.

Pour les grades, on peut compter sur le monument:

  • 9 soldats,
  • 5 sergents-majors,
  • 4 sergents,
  • 2 sous-lieutenants (mais en réalité l'un d'eux était aspirant),
  • 2 lieutenants,
  • 2 adjudants,
  • 2 maréchaux des logis,
  • 2 capitaines,
  • 1 caporal,
  • 1 brigadier.

Certains grades atteints montrent, comme les âges, que plusieurs étaient bien des militaires professionnels.
Les deux plus haut gradés (les capitaines) sont Antoine François FRANCESCHETTI et Jean Baptiste PINELLI.

Le soldat poggiolais mort en 14-18 n'est donc pas un jeune homme arraché à son village et à sa famille par la mobilisation.

Le nombre de ces soldats de carrière ne signifie pas forcément que les Poggiolais étaient particulièrement violents ou naturellement attirés par le métier des armes. Au moment de la "Belle Epoque", la vie n'était pas toujours facile dans les petits villages (voir le texte publié dans l'article "Les bonheurs et les malheurs de Francesca"). L'armée permettait à de nombreux jeunes d'échapper à la misère, d'autant plus que la France avait besoin d'hommes pour ses conquêtes coloniales. 

SURTOUT DES TROUPES COLONIALES

Ces faits sont confirmés en établissant la liste des régiments dans lesquels les 30 héros étaient intégrés: on a une large prédominance des troupes coloniales.

14 en faisaient partie dont 3 dans des régiments de tirailleurs et 2 d'artillerie.  Membre de ces troupes, Jean Toussaint DEMARTINI combattit d'ailleurs les Allemands dans leurs colonies du Togo et du Dahomey avant d'aller se battre en France au printemps 1915. 

L'infanterie concernait 10 personnes, l'artillerie 4 et la territoriale 2.

L'armée territoriale était une formation militaire composée des hommes âgés de plus de 34 ans, considérés comme trop âgés et plus assez entraînés pour intégrer un régiment de première ligne d’active ou de réserve.

Les surprises des trente Poggiolais

Au total, ils étaient dispersés dans 27 unités différentes. Un, Toussaint MARTINI, s'était même engagé dans la Légion étrangère.

Il est important de signaler qu'aucun de ces Poggiolais ne fit partie des 173e et 373e régiments d'infanterie qui étaient les unités corses par excellence.

 

Il faut bien retenir que toutes ces observations sont basées sur la liste du monument aux morts et qu'une étude des mobilisés revenus vivants donnerait des résultats différents.

 

Documents utilisés: sites MémorialGenWeb, registres matricules Corse-du-sud et Mémoires des hommes.

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 13:28

 

Il y avait très longtemps que Charles Marie VINCIGUERRA n'avait pas reçu de visites. Personne ne pensait à lui et ne venait le voir. Bien sûr, un jour par an, le 11 novembre, un groupe de vieux messieurs vient avec des drapeaux lire des discours et faire un peu de musique, puis ils déposent des fleurs sur le terrain. Mais ils ne viennent pas pour Charles Marie. Ils viennent rendre hommage à tous les soldats qui ont été enterrés ici.

Ici, c'est la nécropole nationale de Luynes, près d'Aix-en-Provence. Sur 49.382 m2, se trouvent, depuis son inauguration en 1969, les restes de 11.424 soldats français morts de la Première Guerre Mondiale (8.347) et de la Seconde (3.077). 8.402 sont dans des tombes individuelles et 3.022 dans des ossuaires. Les pierre tombales ou "pupitres" sont rangées dans un ordre géométrique rigoureux et impressionnant. 

Hommage à Charles Marie Vinciguerra
Hommage à Charles Marie Vinciguerra

Le corps de Charles Marie VINCIGUERRA est à Luynes car il est mort pas très loin, à Saint-Didier, dans le Vaucluse, et qu'il n'a pas été réclamé par sa famille.

Charles Marie naquit à Poggiolo le 10 mars 1891 (et non pas en 1881 comme il est écrit sur sa fiche du site Mémoire des Hommes). Il était le troisième des huit enfants de François "Xavier" VINCIGUERRA (1850-1905) et d'Angèle "Françoise" MARTINI (1867-1928).

Il s'engagea volontairement dans l'armée en 1910, donc bien avant le début du conflit. Il devint rapidement caporal, puis sergent et adjudant. Dès août 1914, il fit son devoir au sein du 61e RI (régiment d'infanterie). Il rendit l'âme le 13 janvier 1917 à l'hôpital complémentaire n°64 Sainte-Garde de Saint-Didier, des suites de maladie contractée en service. Il fut déclaré "mort pour la France".

A Luynes, il a droit à son petit pupitre avec une inscription simple (avec Charles comme seul prénom), de la même sécheresse administrative que les autres. Et sa position exacte est tout aussi simple: carré C, rang 39, tombe 54.

Hommage à Charles Marie Vinciguerra

En cette année du centenaire du début de la Grande Guerre, juste avant le 11 novembre, Charles Marie VINCIGUERRA a reçu une visite. Il a eu l'hommage de Poggiolais venus déposer des fleurs et se recueillir un moment devant son pupitre.

La tombe de Charles Marie Vinciguerra est la onzième à partir du bas de la photo.
La tombe de Charles Marie Vinciguerra est la onzième à partir du bas de la photo.

La tombe de Charles Marie Vinciguerra est la onzième à partir du bas de la photo.

Il n'est pas possible de fleurir toutes les tombes des soldats poggiolais de 14-18 car elles sont très éparpillées en France et hors de France. Il est bon de le faire quand l'occasion se présente. C'est pour cela que l'hommage rendu à l'appel de la municipalité chaque 11 novembre devant le monument aux morts est indispensable.

Ainsi, on peut contredire ce qu'écrivait Guillaume Apollinaire dans "Si je mourais là-bas":

Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

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Renseignements sur la nécropole de Luynes:​

 http://www.laprovence.com/article/actualites/3110089/toussaint-sans-visites-pour-les-11-000-soldats-de-luynes.html

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 17:29

Les trente noms gravés sur le monument aux morts de Poggiolo correspondent à trente soldats en principe déclarés (sauf deux: voir l'article Les oubliés du livre d'or) morts pour la France pendant la première guerre mondiale.

Mais où sont-ils morts?

Les différents lieux où ils décédèrent se répartissent de la façon suivante:

Où les poilus poggiolais sont-ils tombés?

La catégorie "loin du front" regroupe les Poggiolais qui moururent de blessures ou de maladies contractées sur le front dans un hôpital ou à leur domicile.

Le front d'Orient concerne les deux tués dans l'expédition des Dardanelles (Jean LOVICHI, qui a fait l'objet de l'article intitulé "Enterré face au tombeau d'Achille", et MARTINI Pierre Toussaint, prénommé seulement Toussaint sur le monument), ainsi que ANTONINI Pierre Toussaint, décédé à Salonique, et DESANTI Dominique Xavier (dit seulement Dominique sur le monument), mort en Serbie.

Les deux tiers des poilus poggiolais ont donc disparu sur le sol français. La carte ci-dessous en donne les emplacements.

Où les poilus poggiolais sont-ils tombés?

Les numéros correspondent à cette liste qui donne les dates et les noms des communes de décès:

1-BALDARESCHI Damien    08/09/1918    Minaucourt (51)

2-COLONNA Franco Antoine    23/05/17    Saint-Hilaire-au-Temple (51)

3-DEMARTINI Antoine Francois    08/07/1916    Assevillers (80)

4-DEMARTINI Dominique Francois    26/09/15    Massiges (51)

5-DEMARTINI Jean Baptiste    25/09/15    Saint-Hilaire-le-Grand (51)

6-DEMARTINI Jean Toussaint    09/02/1916    Cappy (80)

7-DESANTI François Antoine  20/09/1914 Bethincourt (55)

8-DESANTI Jacques Antoine    04/03/1915 Vauquois (55)    

9-DESANTI Jean    26/02/1915 Vauquois (55)    

10-DESANTI Jean Antoine Martin    03/08/1916 (80)    

11-DESANTI Jean Toussaint    02/10/1914 Crouy (80)    

12-MARTINI Jean Dominique Roch Antoine    08/01/1915 Les Éparges (55)    

13-MARTINI Jean Toussaint    19/09/1914 Neuvilly-en-Argonne (55)    

14-MARTINI Martin    03/09/1916 Cléry-sur-Somme (80)    

15-MARTINI Noël Ange Francois    05/09/1914 Neufmontiers (77)    

16-MARTINI Pierre Paul    09/03/1915 Lachalade (55)    

17-PAOLI Francois Antoine    12/09/1915 Toul (54)    

18-PATACCHINI Jean André Zacharie    13/08/1916 Curlu (80)    

19-PINELLI Dominique Félix    08/03/1915 Bernécourt (54)    

20-PINELLI Jean Toussaint    14/04/1918 Vendeuil-Caply (60)  

La ligne de front marquée sur la carte est celle de la "guerre des tranchées" (années 1915,1916 et 1917). 

Il est visible que cette répartition  coïncide parfaitement avec les principales zones de combat: Artois et Somme, Champagne et Verdun.

Deux soldats ont péri au même endroit (Vauquois) et à seulement à une semaine d'intervalle, mais ils n'étaient pas dans le même régiment. Il s'agit de DESANTI Jacques Antoine (n°8) et de DESANTI Jean (n°9).

MARTINI Noël Ange Francois (numéo 15) est à part, près de Paris, car il est mort le 5 septembre 1914 pendant la bataille de la Marne.   

 

Les enfants de Poggiolo ont donc fait leur devoir sur tous les champs de bataille de ce conflit. 

 

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Source principale de cet article: le site MémorialGenWeb.

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 18:09
Cent'anni

Moment fondamental de l'histoire contemporaine, la guerre 14-18 a aussi en Corse des résonances multiples qui nourrissent, encore aujourd'hui, cent ans aprés, la société insulaire.

Du 12 septembre au 11 novembre, une série de témoignages et récits sur les événements qui ont jalonné l’histoire de la Corse durant la Première Guerre Mondiale est proposée par France 3 Via Stella.

Renseignements sur la programmation: 

http://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/emissions/guerre-de-14-18-100-ans​

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 17:40

          En décembre 2007, "L'Info U Pighjolu" avait publié ce souvenir de Mimi CANALE sur sa campagne d'Italie en 1944, quand il faisait partie de l'armée du général de Lattre de Tassigny. Nous le republions car il montre une autre facette des activités de Mimi et toujours sa gentillesse naturelle.

 

    "Mon régiment, le 1" R.T.A., descend en repos aux environs de Naples. On installe le bivouac dans une forêt de châtaigniers à proximité d'un gros village «ROCCAMONFINA». En Italie, c'est la grande famine. Pourtant, les magasins regorgent de marchandises. Mais la population manque de moyens et la prostitution se développe à grande échelle. Bien sûr, les gens du village, jeunes et moins jeunes, viennent «quémander» quelques boîtes de conserve, chocolat, cigarettes, etc.

 

Mimi 2      Parmi eux, je remarque une dame d'un certain âge, toute de noire vêtue, avec un foulard sur la tête, «un mezzaro» comme portent toutes nos vieilles mamans en Corse. Je m'approche d'elle et, là, j'ai un grand choc... En face de moi, j'ai l'impression de voir ma mère. Je lui adresse la parole et immédiatement nous sympathisons. Je m'empresse de lui donner quelques boîtes de conserve. Elle me demande de l'accompagner chez elle. Elle me fait visiter sa modeste demeure et me raconte un peu sa vie. J'apprends ainsi qu'elle est veuve, qu'elle vit seule. Sa fille est professeur à Rome et a deux enfants que, malheureusement, elle ne connaît pas. Depuis le début de la guerre, elle n'a plus aucune nouvelle de sa famille. Pour ma part, j'ai encore mes parents, mais il est inutile de vous dire qu'ils se font beaucoup de soucis. Nous sommes six frères dans l'armée. Pendant encore quelques temps, je continue de rendre visite à la vieille dame.

 

      Un jour, je suis convoqué au P.C. du régiment. Je dois me rendre à Rome avec ma jeep pour y conduire deux officiers supérieurs et rester à leur disposition. Je les contacte et prends rendez-vous avec eux. Après avoir fixé le jour du départ, je vais voir la vieille dame pour lui signifier mon départ. Je lui demande l'adresse de sa fille. Elle me remet un paquet. J'ignore ce qu'il y a à l'intérieur ... sûrement une lettre. Me voici rendu à destination. Mes supérieurs me donnent « quartier libre ». Je dois venir les récupérer quelques jours plus tard. Je suis logé et nourri par l'armée. Elle fait bien les choses. Le seul problème, je ne sais pas où laisser la voiture durant la nuit.

 
      Fort heureusement, à proximité du «mess» des sous-officiers, il y a un couvent de religieuses. Parmi elles, certaines parlent français. La mère supérieure, très aimable, me confie la clé de la cour afin que je puisse garer ma voiture. Un problème de réglé. Je décide de me mettre à la recherche du professeur... La tache est difficile car Rome n'est pas Ajaccio ... Je m'entoure de deux jeunes Italiens ... Nous voilà partis à l'aventure dans cette grande cité.

      Après plusieurs tours et détours, nous voilà à l'adresse indiquée. Pendant que mes deux jeunes Mimi 1guides montent la garde près de la voiture, je frappe à la porte... Une dame très distinguée m'ouvre. Elle est très impressionnée à la vue d'un militaire... Je la rassure, lui remet le petit paquet après lui avoir expliqué que je viens de la part de sa maman. Bien sûr, il y a une lettre... Fébrilement, elle la lit devant moi ... puis les larmes aux yeux, elle m'embrasse. Auprès d'elle, il y a ses deux petits garçons... Alors, à son tour, elle me remet une longue lettre, quelques photos de ses enfants.

 

      De retour au bivouac, je m'empresse de rejoindre la vieille dame afin de lui remettre la missive de sa fille. Elle prend connaissance de la lettre qui lui est adressée, elle s'effondre en larmes... Puis, en faisant le signe de la croix,... elle se jette dans mes bras en me disant « Que Dieu vous protège » ...

      Je crois bien que son vœu a été exaucé puisque j'ai continué toute la campagne «France-Allemagne-Autriche»... et me voilà toujours en vie."

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