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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 17:06

La classe politique (et beaucoup moins les simples citoyens) se passionne pour les élections cantonales qui auront lieu dans la moitié des circonscriptions les 20 et 27 mars. Notre canton n'est pas concerné cette année mais il est arrivé que les affrontements électoraux de cette partie de la Corse aient eu une grande importance pour l'île et même au-delà. Ce fut le cas en 1921, voici tout juste quatre-vingts ans, quand s'affrontèrent Jean-François GALLINI et François COTY. GALLINI a déjà été présenté sur ce blog (voir ICI). Mais qui était COTY?

 

ENRICHI PAR SON NEZ

    Coty photoJean-Pierre SPORTUNO naquit à Ajaccio le 3 mai 1874, de Jean-Pierre SPORTUNO et de Marie COTI. Son arrière-grand-père, Jean-Baptiste SPORTUNO, fut maire de la cité impériale, entre 1822 et 1826. Mais, son père ayant abandonné le foyer et sa mère étant morte alors qu'il avait quatre ans, il fut élevé modestement par sa grand-mère Anne BELLONI.Coty l-origan

   A 22 ans, ayant pris comme nom celui de sa mère avec un "y", il alla à Paris où il fut initié au journalisme par Emmanuel ARENE (qui était aussi président républicain du conseil général de Corse, député puis sénateur: voir ICI et ICI) et à la chimie par un pharmacien, Raymond GOERY, qui lui donna l'idée de fabriquer des parfums. Ayant un "nez" exceptionnel et un grand sens de la publicité, il se tailla une grande place dans la parfumerie. Sa société COTY-LANCASTER, fondée en 1904, prit une taille internationale.


UNE TÊTE POLITIQUE

    Devenu très riche grâce à ses parfums, François COTY était torturé par le démon de la politique.

   Il acheta des journaux ("Le Figaro" en 1922, puis "Le Gaulois") ou en créa ("L'Ami du peuple" en 1928).

   Il finança des mouvements politiques monarchistes ou très à droite. De 1924 à 1928, il donna près de 2 millions de Francs au quotidien royaliste "L'Action Française" avant de se brouiller avec Charles MAURRAS. Il soutint financièrement le Faisceau de Georges VALOIS (1925) et les Croix de Feu (1927). Il en arriva à créer sa propre ligue, Solidarité Française, en 1933. Ce mouvement nationaliste, antiparlementaire, antisémite et antimaçonnique joua un rôle important lors de l'émeute du 6 février 1934.

    Le duc de GUISE, prétendant au trône de France de 1926 à 1940, le désigna comme conseiller de son fils le comte de PARIS. Au mariage de celui-ci, COTY offrit à la princesse Isabelle un cadeau qui fit sensation: un diadème de feuillages en diamants sertis de sept grosses émeraudes cabochon.


L'HUMILIATION SÉNATORIALE

    Il s'engagea également très tôt dans la politique insulaire. Il finança la revue autonomiste "A MUVRA" du Vicolais Petru ROCCA. Mais c'est à gauche qu'il débuta.

   Aux élections législatives de 1919, il soutint, avec ses gros moyens, les candidats dirigés par LANDRY et MORO-GIAFFERI. Seulement, il fut oublié sur la liste des sénatoriales de 1920. Dès lors, la rupture avec la gauche fut définitivement consommée et, lors des sénatoriales partielles du 9 janvier 1921, il fut candidat sur la liste de la Droite Gaviniste, aux côtés de Paul DOUMER, qui fut élu. La liste du PRDS (gauche) l'emporta et obtint 2 élus: EMILE SARI et Jean-François GALLINI, le maire de SOUSSE en Tunisie, qui fut proclamé élu avec, sur COTY, une majorité de deux voix venant de deux grands électeurs dont la Préfecture avait pourtant préconisé la radiation.Eveil titre

    COTY vécut ce déni de justice comme une humiliation et mit tout en œuvre pour se venger. Dans ce but, il devint propriétaire du quotidien ajaccien "Le COLOMBO" (fondé en 1913) qui devint, dès le 20 avril 1921, "L'Eveil de la Corse" ("journal quotidien de grande information politique, économique, agricole et littéraire"), dont les bureaux étaient 14 cours Grandval et qui fut dirigé par le journaliste et romancier HENRI OMESSA. Il lui fut vite très utile.


LE COMBAT DE SOCCIA

    En effet, le 11 septembre 1921, se joua le sort du siège de conseiller général de SOCCIA. Il fallait élire, au Conseil Général de la Corse (qui n'était alors qu'un seul département), le représentant de l'ancienne piève de Sorru in Sù (POGGIOLO, SOCCIA, ORTO, GUAGNO). Mais le hasard fit que, au même moment, il fallut trouver un nouveau titulaire pour le canton de VICO (l'ancien Sorru in giù: VICO, ARBORI,  BALOGNA, COGGIA, LETIA, MURZO, RENNO). En effet, l'élection de Jean-François GALLINI (pourtant conseiller général depuis 1909) avait été invalidée pour fraude électorale par le Conseil d'Etat.

    GALLINI ne se présenta pas à VICO et laissa la place au docteur Philippe CHIAPPINI, de MURZO, collaborateur de "A Muvra". Par contre, il ne pouvait accepter que François COTY prenne pied dans la terre voisine. Le parfumeur ne se présenta pas  au  premier tour mais réussit à obtenir le désistement en sa faveur de trois des candidats qui s'étaient affrontés le 3 septembre, MARTINI, OTTAVY et SANTINI. Ne restait en lice contre lui que Jean-François CECCALDI, maire de POGGIOLO depuis le 8 décembre 1919. Il était prévu que, en cas de victoire, CECCALDI cède ensuite le siège à GALLINI pour lui permettre un redémarrage de sa carrière. Voilà pourquoi la présence de COTY était insupportable à celui qui était surnommé "l'empereur du Sahel". La campagne du second tour fut très âpre et paradoxale, entre un candidat de dernière minute et une personnalité non-candidate.

    "L'Eveil de la Corse" en donne un récit, évidemment très partisan. Le texte complet peut en être lu en cliquant sur l'image ci-contre.Eveil campagne Coty

"M. GALLINI, non content d'avoir volé le siège sénatorial de M. COTY, résolut de tout tenter pour lui ravir le siège de conseiller général: l'homme malade de VICO puisa des forces nouvelles dans sa haine incompréhensible. (...)

Oui, il se traîna à SOCCIA, à GUAGNO, à POGGIOLO, partout; il alla de porte en porte quémander, promettre, supplier ou menacer, il se démena, semant en des oreilles naïves ou ignorantes la perfidie de propos fantaisistes dont M. COTY faisait naturellement les frais. (...)

Le vieil empereur du Sahel avait en même temps fait donner la garde: parallèlement à ses manœuvres stratégiques, la grosse artillerie des lettres et des télégrammes, sous le commandement du député LANDRY et du sénateur-maire SARI, dirigeait son tir sur tout le canton. C'étaient des appels désespérés, avec des trémolos et des attendrissements, au nom de la République, ou de la parenté, ou du passé, ou de l'avenir. (...) Tout le monde était sur le pont, et l'abordage fut mené par un ancien ministre et deux sénateurs, sans compter quelques comparses de moindre importance qui formaient l'équipage de cette galère.

Et la galère sombra."

    Toute autre est la description de la tournée électorale de François COTY le 10 septembre, la veille du scrutin. Voici quelques extraits: 

"A GUAGNO, une manifestation enthousiaste, accompagnée de salves de coups de fusil, l'a accueilli."

"A ORTO, un arc de triomphe avait été dressé. M. le capitaine PAOLI, assisté de M. le Maire, a prononcé l'éloge de M. COTY."

"A SOCCIA, au cours d'une réunion que présidait M. le capitaine COLONNA, maire de la commune, un échange de déclarations a eu lieu. La présence aux côtés de M. COTY de MM. MARTINI, OTTAVY et SANTINI, candidats du premier tour, a donné à cette manifestation le caractère le plus significatif."

    Bien sûr, la réception poggiolaise fut d'un autre genre:

"A POGGIOLO, un accueil affable a été réservé à M. COTY, dont la première visite de courtoisie a été pour le maire, M. CECCALDI, qu'on désigne comme son adversaire probable de demain, et avec lequel il s'est fort courtoisement entretenu."

Il ne restait plus qu'à attendre le verdict des urnes.


(à suivre)

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 19:05

Philippe, un lecteur de ce blog, a pris l'heureuse initiative d'envoyer un document supplémentaire concernant  Jean OTTAVY dont la mort héroïque en 1944 a été racontée dans un article paru en mai 2010 (le revoir ICI).

Le site Engival (http://www.engival.fr/) contient de très nombreux renseignements sur Constantine. Il signale ainsi qu'une rue de cette ville, entre la pyramide dédiée au général DAMREMONT et le cimetière musulman, avait reçu le nom de "rue soldat Jean OTTAVY".

Le plan ci-dessous en montre l'emplacement.


(toutes les images de cette page peuvent être agrandies en cliquant dessus)

 

rue Ottavy autrefois

 

Notre correspondant a joint des photos et des annonces publicitaires:

rue Ottavy vielles photos et pubs

 

Cet endroit s'appelle maintenant rue CHETTAB Allel.

rue Ottavy plan oggi

 

La photo satellite de Google Maps la montre mieux (ligne rouge sur le cliché).

rue Ottavy google

Et on peut supposer que tout souvenir de ce Poggiolais enfant de Constantine a complètement disparu là-bas.

 

Autre site sur Constantine: http://www.constantine-hier-aujourdhui.fr/

 

 

P.S.: les animateurs de ce blog espèrent que, à l'exemple de ce correspondant, les lecteurs qui possèdent des documents sur Poggiolo et les Poggiolais voudront bien leur en faire part afin de les publier, pour le plus grand profit de toute la communauté poggiolaise.

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 18:09

Les enfants ont retrouvé le chemin de l'école le 2 septembre sur le continent et le 9 septembre en Corse. Il s'agit de la cent-dixième rentrée scolaire depuis 1900, date à laquelle a été prise cette photo des écoliers de Poggiolo.

En 1900, pour la dernière année du XIXème siècle, ils étaient alors cinquante-quatre à être bien alignés sur trois rangs, avec 29 filles d'un côté, 26 garçons de l'autre et l'instituteur Xavier OTTAVI (originaire de Soccia) au centre.

Photo émouvante d'un temps révolu où Poggiolo était un village peuplé et actif. Photo émouvante qui montre les visages d'ancêtres de nombreux Poggiolais de ce début de XXIème siècle.


école 1900

(cliquer sur la photo pour l'agrandir)

 

Ce document historique se trouve dans la salle des délibérations de la mairie, bien protégé par une vitre et un cadre. Au verso, une inscription précise qu'il a été "donné le 1er mai 1990 à la municipalité par Françoise, Marie-Jeanne et Dominique-François DESANTI, en souvenir de leur mère Marthe DESANTI née DEMARTINI (n°4 du groupe)."

L'intérêt de cette photo est que les donateurs ont pris la peine de numéroter chaque personnage et d'inscrire au verso leur identité avec dates de naissance et de décès, quand ils les connaissaient. 


école 1900 avec n°

(cliquer sur cette version de la photo pour l'agrandir elle aussi)

 

Voici les identités données pour chaque numéro:

1: PINELLI Laurence (7/6/1892 - 8/1/1922)

2: PAPADACCI Marie-Cécile (1/1/1894 - 19/1/1977)

3: PINELLI Damienne-Marie (23/9/1893 - 3/12/1987)

4: DEMARTINI Marthe (9/3/1892 - 23/10/1982)

5: PAOLI Marie-Mattéa (30/11/1891 - ?)

6: DEMARTINI Marie-Dominique (9/10/1892 - 25/6/1979)

7: CELLI Pauline (16/2/1895 - 3/7/1964)

8: CELLI ? (? - ?)

9: MARTINI Ange-Marie (3/7/1893 - 21/2/1901)

10: MARTINI Joséphine (11/7/1889 - ?)

11: DESANTI Jules-François (6/8/1887 - 25/6/1955)

12: CECCALDI Jean-Jules (4/6/1889 - 22/12/1959)

13: CECCALDI Joseph-Marie (1/6/1892 - 11/3/1971)

14: MARTINI Jean-Noël (1/3/1892 - 13/4/1965)

15: PINELLI Laurent-Antoine (20/9/1891 - 26/4/1974)

16: VINCIGUERRA Paul-Joseph (8/10/1893-21/12/1913)

17: PINELLI Antoine-François-Léonard (30/6/1893 - 15/12/1964)

18: FRANCESCHETTI Antoine-François (31/7/1893 - 23/9/1913)

19: DESANTI Jean (8/10/1892 - 28/2/1915)

20: DESANTI François-Marie (5/1/1893 - 21/12/1962)

21: ? ? (? - ?)

22:VINCIGUERRA Marie-Lilla (3/11/1888 - 23/12/1957)

23: MARTINI Pauline-Félicité (29/2/1888 - 28/3/1920)

24: MARTINI Marie-Baptistine (14/8/1890 - 7/7/1980)

25: MARTINI Angèle (29/2/1892 - ?)

26: FRANCESCHETTI Thérésine-Marguerite (29/3/1889 - 2/2/1968)

27: FRANCESCHETTI Marie-Françoise (15/12/1896 - 26/11/1987)

28: DESANTI Marie-Célestine (8/8/1890 - 10/9/1971)

29: OTTAVI Xavier, de SOCCIA (instituteur)

30: DEMARTINI Joseph (29-1-1886 - 4/4/1957)

31: DESANTI Joseph (1/2/1889 - 16/6/1959)

32: DESANTI Dominique-Xavier (31/1/1890 - guerre de 14-18)

33: ? Toussaint de GUAGNO (? - ?)

34: VINCIGUERRA Charles-Marie (10/3/1891 - 13/2/1917)

35: ? (? - ?)

36: PINELLI Laurent-Antoine (20/4/1893 - 25/5/1918)

37: PAPADACCI Paul (31/12/1895 - 12/9/1975)

38: DESANTI Paul-Baptiste (11/3/1884 - 16/11/1948)

39: ANTONINI Angèle, de SOCCIA, nièce du curé (? - ?)

40: PINELLI Marie (? - ?)

41: VINCIGUERRA Marie-Thérèse (6/9/1886 - 6/9/1956)

42: CELLI ? (? - ?)

43: CELLI ? (? - ?)

44: LECA Marie-Dominique (16/11/1886 - 25/9/1954)

45: MARTINI Marie-Catherine (12/10/1885 - ?)

46: PINELLI Suzanne (? - ?)

47: enfant de l'instituteur

48: enfant de l'instituteur

49: CELLI Jérôme (? - ?)

50: FRANCESCHETTI Jean-Baptiste (9/2/1885 - 9/7/1906)

51: DESANTI Valère (31/10/1882 - 24/6/1947)

52: PAOLI Jean-Noël François (2/1/1885 - 24/3/1906)

53: ? Paul, de SOCCIA, fils de Padoue (? - ?)

54: CELLI Toto (? - ?)

55: DEMARTINI Jean-Toussaint (3/12/1893 - 23/1/1972)

 

Les familles présentes

Les noms des familles présentes au village depuis pratiquement toujours sont bien là. Les DESANTI sont 8, les MARTINI  et les PINELLI 7, les DEMARTINI, VINCIGUERRA et FRANCESCHETTI 4 chacun. On compte aussi 2 PAPADACCI, 2 PAOLI et 2 CECCALDI. Il y a aussi 1 ANTONINI (de SOCCIA) et 1 LECA.

Une curiosité est la présence de 6 CELLI. Elle s'explique par le fait qu'il s'agissait des enfants du garde-forestier Charles CELLI. Plusieurs étaient nés hors de POGGIOLO. Pauline (n°7) naquit dans le village (ainsi que deux frères qui moururent très vite et n'étaient pas sur cette photo). Combien de temps le garde-forestier fut-il en poste ici? Difficile à savoir mais les registres d'état-civil dépouillés par Pierre LECCIA apprennent que Pauline se maria en 1925 au Maroc et y resta jusqu'à la fin de sa vie en 1964.

Autre famille de fonctionnaire: les n° 47 et 48 sont les enfants de l'instituteur Xavier OTTAVI, originaire de SOCCIA. Faut-il supposer qu'ils venaient chaque jour à la suite de leur père ou bien que celui-ci logeait à POGGIOLO?

 

Natalité et mortalité

Les familles nombreuses étaient-elles importantes? Le nombre de fratries peut donner des idées sur ce sujet. La famille DESANTI qui a fait le don de cette photo a énuméré les frères et sœurs suivants:

- 2 et 37 (PAPADACCI)

- 4, 30 et 55 (DEMARTINI)

- 7, 8, 42, 43, 49 et 54 (CELLI)

- 9 et 10 (MARTINI)

- 11, 20, 32 et 38 (DESANTI)

- 12 et 13 (CECCALDI)

- 16, 22, 34 et 41 (VINCIGUERRA)

- 19, 28, 31 et 51 (DESANTI)

- 23 et 24 (MARTINI)

- 26 et 27 (FRANCESCHETTI)

- 40 et 46 (OTTAVI)

 

 La plus jeune de toutes ces personnes était FRANCESCHETTI Marie-Françoise (n°27) qui était née le 15/02/1896 (4 ans au moment de la photo), alors que le plus vieux était DESANTI Valère (n° 51), né le 31/10/1882, et qui avait alors 18 ans. 14 ans de différence entre eux!

 L'espérance de vie peut être calculée. Pour les 35 sujets dont les dates de naissance et de décès sont données, l'âge moyen de la mort fut de 61 ans et 1/3.

L'existence la plus longue fut celle de PINELLI Damienne-Marie (n°3) qui vécut jusqu'à 94 ans.

 

Un monde disparu

 Parmi ces 50 visages, au moins 10 (sur les 35 dont nous avons les dates) avaient disparu vingt ans plus tard.

Celle qui mourut la première, dès février 1901, fut MARTINI Ange-Marie (n°9). Le n° 18, FRANCESCHETTI Antoine-François, engagé dans l'armée, périt de dysenterie amibienne à Rabat en 1913. Quatre (n° 19, 32, 34 et 36) ont leurs noms gravés sur le monument aux morts de 14-18: DESANTI Jean (n°19), DESANTI Dominique Xavier (n°32), VINCIGUERRA Charles Marie (n°34) et PINELLI Laurent Antoine (n°36) (voir l'article qui leur est consacré en cliquant ICI).

 

Le cadre dans lequel cette jeunesse de 1900 a vécu a été complètement bouleversé au XXème siècle. L'école n'existe plus. Les enfants qui vivent toute l'année au village sont très rares. Le travail agro-pastoral a presque totalement disparu. Les relations avec le reste du monde sont bien plus importantes. Mais nous descendons de ces jeunes de 1900 qui croyaient en leur village et qui voudraient que nous y croyions encore.

 

Aux lecteurs de ce blog:

si vous voyez des erreurs ou si vous avez des éléments permettant de supprimer les points d'interrogation, votre aide sera bienvenue.


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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 19:10

(suite de l'article du 26 août)

On aurait tort d'être persuadé que les Poggiolais ont toujours été des paroissiens irréprochables. Ainsi, parmi diverses anecdotes, on peut citer la tentative de sabotage de la procession du 15 août 1966.

   Le film de la vidéothèque poggiolaise (cliquer ICI) déjà évoqué le 15 août dernier  montre en apparence une population manifestant  ce jour-là une grande ferveur en 66 jacques antoine promenant la statue de la Vierge. Mais le groupe des adolescents qui fermait le cortège et qui donne l'impression de bien participer aux chants n'était pas vraiment très recueilli.

   Certains, partie pour s'amuser, partie pour montrer des opinions anticléricales, chantèrent volontairement n'importe 66 calderoniquoi pendant la messe, et continuèrent pendant la descente de la Stretta. Ils  fredonnèrent même quelques mesures de "L'Internationale". Les jeunes durent finalement déclarer forfait, la chorale féminine officielle ayant plus de voix.

   Ces dessous n'apparaissent pas sur le film réalisé par Michel Franceschetti, sa caméra n'ayant pas de micro, mais ces adolescents, maintenant devenus de sérieux sexagénaires souvent grands-parents, se souviennent encore bien de leur tentative de sabotage.

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 20:03

   Les vacances permettent de profiter des belles journées d'été. Mais il y eut des étés qui durèrent peu car la guerre s'imposa. Ce fut le cas en 1870, en 1914 et en 1939. Le début de la deuxième guerre mondiale a déjà été évoquée l'an dernier sur ce blog.

  Pour ce qui fut appelée "la Grande Guerre", la façon dont  son déclenchement fut perçue à Poggiolo est bien montrée par l'exemple de Jean LOVICHI, grâce à un texte de Romain DURAND.

 

    La publication de ce texte sur le blog Poggiolo est également une manière de rendre hommage à la mémoire de Romain DURAND qui est décédé le 17 juillet dernier à l'âge de soixante-dix neuf ans et demi.

   Petit-fils du sous-préfet Charles LOVICHI, Romain DURAND, après une importante carrière de directeur financier, a été membre de Durand Romain.jpgl'Académie des Sciences Morales, des Lettres et des Arts de  Versailles. Il a fait des recherches importantes de généalogie (sur GENEANET, son arbre comporte 3344 noms) et d'histoire sociale et militaire. Dans son étude "Soldats par habitude, Etre soldat de 1720 à 1920", il évoque son  héroïque oncle Jean  dont le nom est gravé sur le monument aux morts de Poggiolo. Il n'était plus retourné au vilage depuis très longtemps mais il avait récemment réactivé ses recherches poggiolaises car, écrivait-il modestement, "sur mon 25% corse, j'ai tout à apprendre".


    Pour comprendre cet émouvant texte sur Jean LOVICHI et Poggiolo en 1914, il faut savoir que, suite à l'assassinat d'un archiduc autrichien à Sarajevo, un mois plus tôt, le 28 juin 1914, le gouvernement français décrèta la mobilisation générale samedi 1er août à 16 heures, avec effet le dimanche 2. Tous les clochers de France firent entendre un sinistre tocsin. L'Allemagne déclarera la guerre à la France le 3 août.

  Mobilisation 1914

 

     "Jean est né à Constantine en 1893. Son père, Charles, est en 1914 administrateur civil de la commune de l'Edough, avec résidence à BÔNE; sa mère Odile était professeur de lettres. Aîné et seul garçon d'une famille de quatre enfants, l'éducation de Jean avait été conduite avec un soin extrême. Il avait fait de brillantes études au lycée de Constantine avant de faire sa philo au lycée Henri IV dans la classe d'Emile CHARTIER, dit ALAIN. Sans la guerre, il aurait probablement été le plus jeune agrégé de philosophie de France. (..)

Lovichi enfants(Jean LOVICHI et ses sœurs)

   

   En juillet 1914, la famille est en Corse, comme chaque été. POGGIOLO est loin à l'intérieur des terres, entre le golfe de SAGONE et le golfe de PORTO. Charles LOVICHI n'est pas là; les membres de l'administration algérienne sont restés à leur poste dans l'attente des événements. Odile, qui reçoit régulièrement les journaux, s'inquiète. Jean, pacifiste juvénile, ne veut pas croire au pire. Le dimanche 2 août, en revenant de SOCCIA avec les boules de pain frais, madame LOVICHI et ses deux filles remarquent une agitation insolite. Tout le monde est dehors, parlant de mobilisation et de guerre. On court au-devant d'Odile dans l'espoir qu'elle donnerait des explications. Une vieille cousine qu'on ne voyait jamais au grand jour, diaphane sous le fichu noir, demande: "Oh! Odile! Ils seront avec nous les Français cette fois?".

Lovichi Delon Odile(Odile LOVICHI)  


   Au village, on se rappellera longtemps avoir vu Jean LOVICHI remonter de la rivière en pleurant son idéal trahi. On ne le comprenait pas bien, mais on lui passait tout. Bientôt, de SOCCIA, de POGGIOLO, de GUAGNO, d'ORTO, chantant les vieux refrains guerriers de la Corse, les mobilisés descendaient d'un pas vif, la musette au côté, pressés de rejoindre les tirailleurs, les zouaves, les alpins, la coloniale pour se distinguer dans la grande épreuve. Odile ordonna qu'on refit les bagages. La route de BÔNE pouvait être perturbée par les navires allemands (elle le fut en effet), et il n'y avait pas de temps à perdre."

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 18:29

Suite de l'article "Les Poggiolais actifs".

   

Le grand nombre de Poggiolais habitant en TUNISIE est le fait qui frappe quand on examine la liste des adhérents du Syndicat d'Initiative de Poggiolo en 1924 et des années suivantes (voir articles des 15 et 21 juin).

SI carnet

  

   A cette époque, nombreux étaient les insulaires qui, chassés de leurs villages par la misère, servaient dans les colonies. Charles CASTELLANI écrit, dans "Le mépris des urnes":

   "On estime qu'en 1934 l'administration coloniale comprenait 20% de Corses, jusqu'à 50% dans certains territoires, et que 22% étaient présents dans l'armée coloniale." 

 

    Mais l'originalité des Sorrinesi (les Corses originaires des DEUX SORRÙ) est leur concentration en TUNISIE où ils avaient formé un véritable empire sahélien.

 

      Le carnet des cotisations révèle que 10 membres du Syndicat d'Initiative (18,87% du total des adhérents ou 55,55% de ceux vivant dans les colonies) travaillaient en Tunisie dans l'administration: 5 dans l'enseignement (Martin DEMARTINI, Charles, Dominique et Jean DESANTI, Julie LAMON et Dominique NIVAGGIOLI), 3 dans la police (César et Noël ANTONINI et Jean-Baptiste DESANTI), 1 dans les PTT  (Charles COLONNA) et 1 à la Direction de l'Agriculture (Thimaute COLOMBANI).

   Mais cette liste est trop incomplète pour connaître l'importance réelle de cet empire sahélien.

 

GALLINI avant guerre: l'implantation de l'empire

     Les Corses ont été nombreux en Tunisie dès avant le début du protectorat français. Mais leur nombre, et surtout celui des Sorrinesi, augmenta rapidement grâce à un compatriote qui était décédé un an avant la création du Syndicat d'Initiative: Jean François GALLINI.

 gallini jean francois0492r3

 

    Né à AJACCIO en 1860, d'une mère POZZO di BORGO, Jean François GALLINI, après ses études secondaires dans sa ville natale, va faire son droit à MONTPELLIER tout en y accomplissant le service militaire. De retour à AJACCIO en 1885, il s'inscrivit au barreau.

    Dans le même temps, il faisait son apprentissage politique comme rédacteur en chef du "Journal de la Corse", le vieil organe républicain de l'île, et comme élu du canton de SALICE au conseil d'arrondissement d'AJACCIO (1886-1888).

    Puis, dès 1888, GALLINI quitta la Corse pour SOUSSE, dans le Sahel tunisien, où l'on créait un tribunal de première instance. C'est là que désormais sera sa vie. Il y épousa en 1889 Virginie BALZAN.

    Devenu avocat-défenseur depuis 1894, il fut nommé vice-président de la municipalité de SOUSSE, et accomplit dans sa petite patrie d'adoption des travaux considérables.

    Il représenta la circonscription de SOUSSE-KAIROUAN (3e collège) à la Conférence consultative de la Régence. Elu en mai 1896, il fut réélu en 1900, 1905, 1912 et 1920. Il fut secrétaire de cette assemblée en 1906 et 1909.

    Comme l'écrivit "La Dépêche tunisienne" du 10 juin 1929, il était un "bon serviteur à la chose publique qui, jusqu'à sa dernière minute, se dévoua pour elle et pour sa chère cité, dont il était si fier, qu'il voulait toujours plus belle, en un mot en faire non plus seulement la perle du Sahel, mais la perle de toute la Tunisie."

    Mais la Corse lui restait également très chère et il y continua une importante carrière politique.

    Ses compatriotes l'élirent, en 1909, conseiller général du canton de VICO. Il fut membre du Parti Républicain Démocratique et Social (PRDS) que fonda Adolphe LANDRY en 1919.

    La distance entre ses deux bastions électoraux ne semblait troubler personne.

   Il est vrai que, en même temps, le canton de SOCCIA était représenté au conseil général par Antoine LECA, alternativement consul à Palerme, Naples et Cagliari !!!

    Ses fonctions lui permettaient ainsi d'être tout naturellement un "Grand pourvoyeur de places" dans la Régence, ainsi que l'indique CASTELLANI (dans "Le mépris des urnes"). Beaucoup de Corses obtinrent ainsi des postes grâce à celui qui fut surnommé "l'Empereur du Sahel".

 

GALLINI empereur Sahel 1922   (caricature de "l'empereur du Sahel" en 1922)

 

Entre les deux guerres mondiales: l'apogée de l'empire

  Les Sorrinesi purent s'installer en nombre dans ce territoire. Dans le "Dictionnaire illustré de la Tunisie" publié par Paul LAMBERT en 1915, 64 personnages sont mentionnés comme nés en Corse, dont 7 dans les Deux Sorru:

  Nés à SOCCIA:

   - Joseph DEFRANCHI, directeur d'école et receveur des Postes et Télégraphes

    - Octave OTTAVY, entrepreneur de travaux publics

    - O. RUTILY, entrepreneur et directeur de journal

  Né à ORTO:

    - Jean PAOLI, avocat, capitaine de réserve et conférencier.

  Nés à VICO:

    - Philippe-Toussaint ANDREANI, collecteur aux Contributions diverses.

    - Bernard VERSINI, huissier

    - Jean François GALLINI

    On peut ajouter GIANNESINI François, né en 1878 à VICO, en Tunisie depuis 1895, directeur d’école et président de la Coopérative oléicole de Ghardimaou. (Source : Arrouas : "Le Livre d’or de la présence française"). Aucun Poggiolais n'est cité mais plusieurs s'installèrent entre les deux guerres  mondiales, comme le prouve la liste des adhérents du SI.

    Le zénith de "l'Empereur du Sahel" se place immédiatement après la première guerre mondiale, toujours sur ses deux espaces géographiques.

    - Dans la Régence, il était administrateur de "La Dépêche tunisienne", journal qui avait à l'époque le quasi-monopole sur la presse quotidienne en français de Tunisie.

    - En Corse, en janvier 1920, il devint vice-président du Conseil général.

    Trois mois après, les délégués corses l'élirent sénateur. Le 11 avril 1920, il obtint 417 voix contre 346 à son concurrent, TUTTI-FERRANDI, sur 794 inscrits, 780 votants et 772 suffrages exprimés. Il remplaçait ainsi le sénateur GAVINI qui, élu député de la Corse, avait démissionné le 7 janvier précédent.

    Au renouvellement du 9 janvier 1921, Jean François GALLINI ne retrouva son siège qu'après une lutte passionnée. Il eut pour collègues de département SARI élu au premier tour, et Paul DOUMER, élu comme lui, mais devant lui, au deuxième tour (DOUMER 414 voix, GALLINI 400 voix). DOUMER était sénateur de Corse depuis 1912 et le resta jusqu'à son élection à la présidence de la République  en 1931. Avec 398 voix seulement, le parfumeur François COTY était battu (voir ICI).

    Cependant, GALLINI venait d'obtenir, le 11 décembre 1922, sa consécration de Français de Tunisie. Elu en novembre membre du Grand Conseil - qui remplaçait la Conférence administrative - par la région de SOUSSE-KAIROUAN-THALA, il fut, bien que la maladie le tienne éloigné des travaux de l'assemblée, porté, à l'unanimité, à la plus haute fonction élective de Tunisie : celle de vice-président du Grand Conseil.

    Jean François GALLINI mourut le 20 avril 1923. "Aussi ses obsèques, tant à Tunis où l'on vit l'archevêque de Carthage, le maréchal Franchet d'Esperey et le général Robillot, qu'à Sousse où accourut la foule émue de ses administrés, sont-elles particulièrement imposantes."  («Dictionnaire des Parlementaires français», Jean Jolly)

    Le conseil municipal fit construire un mausolée, et une souscription qui obtint un grand succès permit d'ériger une statue qui fut inaugurée en juin 1929.

Gallini monument

    Il était officier de la Légion d'honneur, grand-officier du Nicham-Iftikhar et commandeur de la Couronne d'Italie.

    Son fils Charles fut nommé en 1934 vice-président de la municipalité de SOUSSE mais mourut rapidement et fut remplacé par Séraphin ZEVACO. Dans le Grand Conseil, siégeaient aussi son beau-frère, le colonel FELICI, et l'avocat Jean-Luc GALLINI.
    Né à Vico en 1902, Jean-Luc GALLINI avait fait ses débuts journalistiques dans "La Dépêche Tunisienne". Il devint président de la Fédération des Groupements Corses de Tunis. Fondateur du journal "La Corse Nord-Africaine", hebdomadaire en langue française et en langue corse, en 1925, il décéda en février 1936.

    Le frère de Jean François était receveur des PTT en Tunisie.

  Un boulevard de SOUSSE, entre la gare et le port, eut le nom de "Sénateur François GALLINI". Il s'appelle maintenant "avenue Muhammad MAAROUT".

 

Sousse plan

(plan de SOUSSE en 1937)

 

    Le texte publié par Emile RIPERT (dans "La Corse touristique", mai 1931) pour les 50 ans du traité du Bardo (qui institua le protectorat français sur la TUNISIE) s'applique bien à GALLINI et à tous les Sorrinesi:

    "A côté de ces Provençaux, les Corses ont constitué l'armature la plus ferme, officiers, douaniers, professeurs, instituteurs, employés, tous gardent au fond du cœur le souvenir de l'île enchantée, où l'été des navires directs les rapatrient de Tunis vers Ajaccio, tous, fidèles à leur passé, à leur pays, à leur famille, attendant l'heure du retour définitif, ou bien résignés à devenir aussi des Nord-Africains, et retrouvant, d'ailleurs, en Tunisie, comme en Algérie, toute une parenté qui leur refait une patrie."

 

Après-guerre: l'héritage maintenu

   Les positions de GALLINI en Corse s'effacèrent vite. En 1921, son élection de conseiller général de VICO fut annulée pour fraude électorale. Le 8 juillet 1923, François COTY fut élu sénateur à sa place. (voir ICI). Mais, en TUNISIE, l'empire des Sorrinesi survécut jusqu'à l'indépendance.

    Trois faits passés en 1949 le montrent très bien:

    1 - Cette année-là, Marie et Jean-Martin FRANCESCHETTI, de POGGIOLO, firent leur voyage de noces dans les propriétés de leurs cousins POLI, de GUAGNO, à SFAX.

    2 - 1949 fut l'année du mariage de Gisèle PAOLI, de SOCCIA, avec Georges VECCHIONACCE, à l'église St Joseph de TUNIS.

    3- Un film des Actualités Françaises, diffusé par l'INA, montre la visite, en novembre 1949, du résident général Jean MONS à SOUSSE, complètement reconstruite et modernisée après les ravages des combats d'avril 1943 entre Allemands et Alliés. A cette occasion,  MONS décora de la légion d'Honneur Maître ZEVACO.

    Séraphin ZEVACO (1893-1969) était originaire de VICO. Avocat, membre du Grand Conseil de Tunisie, rapporteur général du Budget de Tunisie, Vice-Président délégué de la municipalité de SOUSSE (de 1935 à 1956), il fut l'élève et le continuateur de "l'Empereur du Sahel".

   Cliquez sur la photo pour voir le reportage.

Gallini: Zevaco légion d'honneur

   Mais ce furent les derniers feux. L'empire sahélien des Sorrinesi disparut avec l'accession de la Tunisie à l'indépendance en 1956.

 

    Des Sorrinesi se souviennent-ils que leurs familles participèrent à l'histoire de cette enclave coloniale très particulière? Certains n'auraient-ils pas dans leur maison quelques objets de style oriental venant de là-bas?

 

P.S.: il est à signaler que Séraphin ZEVACO était le père de Mgr Pierre ZEVACO qui fut évêque à MADAGASCAR et qui passe ses vacances d'été dans la cité vicolaise.

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 19:10

 

Suite de l'article "La nouveauté de 1924".

Les documents disponibles sur le Syndicat d'initiative de Poggiolo créé en 1924 (voir article du 15 juin) ne consistent pas seulement en circulaires et papier à lettres. Nous avons aussi la liste des adhérents grâce au carnet à souche  de reçus de cotisations trouvé dans les archives de la famille CHABROLLE-BARTOLI.

SI carnet

Ce carnet donne de nombreux renseignements sur les 55 Poggiolais qui y adhérèrent pendant les quatre années d'activité du SI. Nous pouvons ainsi avoir une vision assez nette des Poggiolais actifs, c'est-à-dire de ceux qui voulurent faire avancer le village. N'oublions pas que cette association apparaît 6 ans après la première guerre mondiale pendant laquelle trente enfants du village ont disparu. Il fallait réagir à cette saignée.

 

COMBIEN DE POGGIOLAIS ACTIFS?

Chaque talon comprend le nom et le prénom de l'adhérent, sa profession, son adresse et la date du versement de la cotisation. Mais toutes les rubriques ne sont pas toujours remplies correctement ou remplies tout court.

Ainsi, Charles LOVICHI est orthographié LOVIQUI. Autre exemple: un FRANCESCHETTI Antoine Dominique, retraité, est mentionné uniquement en 1924 alors qu'un FRANCESCHETTI Dominique Antoine, retraité, est noté pour les années suivantes. Il est plus que probable qu'il s'agit d'une seule et même personne. De même, le Noël PINELLI, commissaire principal de la Marine hors cadre, adhérent le 18 mars 1924 est le même que le Jean Noël PINELLI qui a la même qualification professionnelle et qui verse une autre cotisation le  20 août. Compte tenu de ces réserves, ce document donne 53 personnes différentes.

Parmi leurs noms, on peut compter 8 CECCALDI et 8 DESANTI, 6 DEMARTINI et 6 MARTINI, 4 PAOLI et 4 PINELLI, 3 FRANCESCHETTI, 2 ANTONINI et 2 CARLI. 11 noms ne sont cités qu'une fois (ARNAUD, COLOMBANI, COLONNA, LAMON, LOVIQUI (sic), MOZZICONACCI, NIVAGGIOLI, OLIVA, PAPADACCI, PASQUALINI et VALENTINI). Pas de surprise: les familles les plus nombreuses et les plus anciennes de POGGIOLO sont bien les plus représentées dans cette liste.

 

SI Franceschetti

Sur les trois femmes mentionnées, une seule (Julie LAMON) a ses nom et prénom  complets. Les deux autres n'ont pas droit à leur prénom mais à celui de leur mari, et sont donc appelées Mme Noël CECCALDI et Mme Martin DEMARTINI. 

Pour les prénoms, le décompte est difficile à cause de l'habitude des prénoms composés (il y en a 19). En comptant ceux-ci pour chaque fois deux, on arrive à 71 prénoms. Le plus usité est Jean (13 occurrences), suivi par François (9 fois) et Antoine (7 fois).

Une curiosité: COLOMBANI se prénomme Thimaute.

 

LEURS ACTIVITÉS PROFESSIONNELLES

La profession est mentionnée pour 37 adhérents. Comme beaucoup d'autres Corses de l'époque, ils travaillent surtout comme fonctionnaires.

L'activité la plus représentée est l'Enseignement (8 personnes dont 2 directeurs d'école), devant l'Armée (6 personnes), la Poste (4 personnes) et la Police (4 également). Parmi eux,  5 sont retraités. 5 autres sont retraités sans précision sur leur métier antérieur. 

Il y a même un administrateur colonial (Hyacinthe DESANTI) et un sous-préfet (Charles LOVICHI).

SI Hyacinthe

Valère DESANTI exerce le métier particulier de "maître de phare".

Aucune mention d'artisan ou d'agriculteur (sauf Martin Archange PAOLI qui est qualifié de "propriétaire"). 

 

SI professions

Cette liste est-elle donc représentative de la réalité poggiolaise ou des Poggiolais qui veulent agir car, comme le montre cet éventail, ils  sont de milieux plutôt aisés et cultivés?

De plus, beaucoup d'entre eux n'habitent pas en Corse.

 

LA RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE  DES POGGIOLAIS ACTIFS

7 adhérents seulement ont POGGIOLO comme adresse. Mais, comme pour 10 autres, aucune adresse n'a été indiquée, on peut supposer qu'ils devaient habiter au village. Du moins, on peut le supposer avec beaucoup de prudence car Charles LOVICHI est alors sous-préfet de BÔNE et son adresse habituelle ne peut être en Corse.

En 1924, les souches sont remplies par le trésorier Jean Noël PINELLI qui n'est pas le parlementaire (voir l'article du 4 juin) mais un homonyme, "lieutenant en retraite". Les adresses de tout le monde sont bien rédigées. Pour les années suivantes, le trésorier s'appelle CARLI et les indications deviennent moins précises.

Les adhérents n'habitant pas POGGIOLO ont leur domicile:

- en CORSE: 3 (1 à SOCCIA, 2 à AJACCIO)

- en FRANCE continentale: 17 (11 à PARIS, 3 à SAINT-DENIS, 1 à BAVAY dans le Nord, 1 à CAP FERRAT, 1 à MARSEILLE)

- dans les colonies: 10 en TUNISIE, 5 en ALGÉRIE, 1 au MAROC, 1 au DAHOMEY, 1 en GUYANE. Cette dernière catégorie représente donc 1/3 du total.

SI géographie

Paradoxalement, les Poggiolais les plus éloignés semblent être les plus attachés au développement du village.

Justement, il est à remarquer que l'idée du Syndicat d'Initiative semble venir d'Afrique du Nord. Tous les documents sortent de l'Imprimerie Libre, 23 Cours Bertagna, à Bône (Algérie). Bône est la ville où habitaient Toussaint PASQUALINI (qui ne cotisa qu'en 1924) et Antoine MARTINI (qui ne paya qu'en 1926). Mais le sous-préfet de  BÔNE est alors Charles LOVICHI qui le restera jusqu'à sa retraite en  1927. Serait-ce lui la cheville ouvrière?

 Dans le Bureau du Syndicat d'Initiative, le Président (Charles Antoine DESANTI) et deux membres du Bureau (César ANTONINI et Jean-Baptiste DESANTI) travaillaient à Tunis.

Si le déracinement de Poggiolais au profit de l'empire colonial est alors commun  à toute la Corse, la curiosité est la sur-représentation de la TUNISIE (10 sur 18 "coloniaux"). Cette originalité se vérifie pour l'ensemble des communes des Deux-Sorrù à cette époque.

Elle tient à un élément historique bien particulier qui fera l'objet d'un prochain article.

  =================================
 A suivre en cliquant ICI.
 

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 19:12

 

"Il ne se passe rien dans ce village". "On s'ennuie". "Rien ne peut attirer des touristes ici".

Voila le genre de phrases n'ayant aucune raison d'être à Poggiolo. Ce blog montre que beaucoup d'activités sont possibles, si l'on veut bien s'en donner la peine.

Le hasard de travaux à Soccia voici deux ans a permis la découverte de documents sur une initiative poggiolaise datant de 1924. Elle avait déjà pour but de répondre aux mêmes jérémiades. En 1924, a donc été créé le SYNDICAT D'INITIATIVE de POGGIOLO.

Le but en était défini dans l'article 1 des statuts:

"1° Etudier les mesures qui peuvent tendre à augmenter d'une manière générale la prospérité de la Commune et d'en poursuivre la réalisation;

2° Attirer les touristes et leur rendre leur séjour et leurs excursions faciles et agréables".

 

SI-statuts

La lettre-circulaire envoyée par le Président du Syndicat d'Initiative aux Poggiolais qui voudraient adhérer reprenait les mêmes idées:

"Cher Compatriote,

Vous savez que notre village merveilleusement doté par la nature se trouve dans une situation précaire. Le manque absolu de ressources communales n'a jamais permis l'exécution des travaux, qui pourraient contribuer à sa prospérité et à son embellissement.

En vue de créer ces ressources et de coordonner la suite des travaux dont tout le monde comprendra l'utilité, nous avons créé un Syndicat d'Initiative à la prospérité duquel chaque originaire aura à cœur de contribuer."

 

SI-bull d'adhésion

L'article de "Corse-Matin" du 16 février 2007 qui relate la découverte de ces documents  explique une telle préoccupation par le contexte de l'époque: "Il est vrai que le syndicat d'initiative avait son utilité, la station thermale de Guagno-les-Bains était ouverte, ses eaux draînaient des centaines de curistes en toutes saisons. Pourtant, les infrastructures immobilières et routières étaient déficientes et le modernisme absent."

 

L'article X des statuts prévoyait que l'Assemblée générale aura lieu "chaque année à Poggiolo, le troisième dimanche d'Août." La première eut d'ailleurs lieu en août 1924. Le Président était Charles-Antoine DESANTI, instituteur à Tunis (qui fut ensuite à la retraite en 1927). Le Bureau était composé de César ANTONINI, Pierre CARLI, Valère CECCALDI, Jean-Baptiste DESANTI, Antoine FRANCESCHETTI et Jean Noël PINELLI (trésorier).

Papier à lettres et enveloppes à en-tête avaient également été  imprimés pour la correspondance de l'association.

 

SI-papier lettre

Ce Syndicat d'Initiative a-t-il eu une grande influence? Un prochain article permettra de mieux savoir qui avait adhéré à cette Association. Il nous donnera un tableau de la population poggiolaise de l'entre-deux guerres mondiales et nourrira plusieurs des notes suivantes.

(cliquez sur les images pour les agrandir)

Suite en cliquant ICI.

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 17:39

Parmi les six Poggiolais tués pour la France lors du second conflit mondial, l’exemple de  Marc Jean OTTAVY sera plus particulièrement décrit ici car nous avons plus de renseignements sur lui. Les autres feront l’objet d’articles ultérieurs.

 

Marc Jean OTTAVY (dit habituellement « Jean » ou « Jeannot ») n’est pas né en Corse mais en Algérie, à CONSTANTINE, en 1922.

Il fait partie de ces familles corses qui, devant la pauvreté matérielle, cherchèrent leur survie dans les territoires coloniaux.

Son père Martin OTTAVY était né à PHILIPPEVILLE mais ses grands-parents paternels étaient nés à SOCCIA et se marièrent à PHILIPPEVILLE. Antoinette PINELLI, la mère de Jean, était née à CONSTANTINE où les parents de celle-ci, nés et mariés à POGGIOLO, s’étaient installés.

La famille avait déjà été marquée par la première guerre avec l’oncle maternel de Jean, le sous-lieutenant Jean-Toussaint PINELLI, qui était mort en 1918 dans l’Oise.

 

Jean Ottavy

Jean était étudiant en Droit à ALGER quand il fut mobilisé, comme beaucoup de Français d’Algérie. Après le débarquement anglo-américain de novembre 1942, le million de Français d’origine européenne d’AFN fournit 170.000 hommes, représentant 27 classes d’âges entre 17 et 45 ans, plus les engagés volontaires, soit 16,35% de cette population. Effort supérieur à celui de la métropole en 14-18. Rappelons que les soldats d'origine européenne (dits "pieds-noirs") étaient « appelés » et non pas "volontaires" comme leurs camarades de combat "indigènes" musulmans.

Intégré dans une unité du Génie, Jean débarqua en Provence en août 1944 avec la 1ère Armée d’Afrique du général de LATTRE de TASSIGNY, comme d’autres Poggiolais (voir article du 20 mai 2009 sur Archange COLONNA). Après la libération de TOULON et MARSEILLE , il fit la remontée du Rhône et arriva aux bords du Doubs mi-septembre.

Maîche

L’offensive qui devait aboutir à la libération de STRASBOURG débuta le 14 novembre dans de grandes bourrasques de neige. Le 1er C.A. (corps d’armée) entra le 17 à MONTBÉLIARD. Le 18, en retrait du front, la patrouille que Jean dirigeait fut prise dans une embuscade près du village de MAÎCHE (où, cinq jours auparavant, de GAULLE et CHURCHILL avaient conféré pour préparer les futurs combats). Jean fut fauché en portant secours à ses camarades. Grièvement blessé, il ne put être secouru que tardivement, ayant perdu beaucoup de sang. Il décéda le 19 novembre à PONT-DE-ROIDE où il fut inhumé.

Sa tombe fut entretenue par une famille du lieu jusqu’à ce que, bien plus tard, le rapatriement du corps à POGGIOLO put être organisé. Il était titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre. Son nom est gravé sur le monument aux morts de POGGIOLO et sur celui de SOCCIA.

 

Note: Jean était le frère de Maryvonne OTTAVY et donc l'oncle de Joël et Hervé CALDERONI.

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 19:40

   Devant le monument aux morts de Poggiolo pour 1914-1918, une plaque a été malheureusement ajoutée pour la seconde guerre mondiale. Elle comporte six noms. A-t-on encore des souvenirs sur eux dans les familles? Que sait-on sur eux?


morts 39-45jpg

 

- CANALE Pierre: né à Guagno-les-Bains en 1917, il était sergent-chef dans la 5ème compagnie du 144ème RIA et mourut en 1940 à NOGENT L'ARTHAUD dans l'Aisne.

- DESANTI François Marie: soldat du 22e Bataillon Nord-Africain, il avait 20 ans quand il fut tué le 2 octobre 1944 à ROMCHAMP FOUR A COKE (Haute-Saône) près de BELFORT.

- DESANTI Jean: né en 1914, était adjudant au 11e RAT et décéda le 19 mars 1941 en Allemagne, à RAVENSBURG WEINGARKEN, où il était prisonnier.

- ORAZI François Mathieu: né en 1924, était soldat à la 10e compagnie de tirailleurs algériens et mourut des suites de ses blessures à CITÉ AMÉLIE dans le Haut-Rhin le 28 janvier 1945.

- OTTAVY Marc Jean (orthographié OTTAVI sur la plaque): Soldat dans la  1ère Armée Française. Né le 14/09/1922 à Constantine (Algérie). Mort le 19  novembre 1944 à PONT DE ROIDE dans le Doubs.Vinciguerra Paul  

- VINCIGUERRA Paul (photo ci-contre): naquit en 1924 à Poggiolo et fut tué au combat le 23 avril 1945 en Allemagne. Etait soldat dans le 1er Régiment de spahis algériens de reconnaissance.

 

 


Comme pour l’ensemble du pays, le nombre est bien inférieur au carnage de 14-18 (trente morts pour Poggiolo). Trois sur six ont péri en trois mois, lors des durs combats de l’hiver 1944-45 dans l’Est.

Autre particularité : la grande majorité faisait partie d’unités d’Afrique du Nord, soit pour y avoir été recruté, soit pour y avoir rejoint la France Libre.


Pensons à leur sacrifice qui nous a permis de vivre libres.

 

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