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10 novembre 2018 6 10 /11 /novembre /2018 12:00

Les soldats de la première guerre mondiale sont trop souvent réduits aux noms des morts pour la France gravés sur les monuments aux morts.

Ils furent d'abord de hommes qui avaient des visages, des regards, des sourires et des statures particuliers. Et puis, si tous ne moururent pas sur le front, il faut se souvenir que les rescapés souffrirent terriblement pendant cette guerre.

Maintenant que tous ces combattants sont décédés, nous pouvons nous souvenir d'eux avec les photographies de l'époque où ils étaient sous l'uniforme.

Voici quelques images de Poggiolais. Mais ce blog publierait volontiers d'autres photos que les familles peuvent envoyer à larouman@gmail.com

Louis Antoine ANTONINI

Poggiolais sous l'uniforme

Né en 1888 à Guagno, après son service militaire dans l'artillerie à pied, il est rappelé en août 1914. Il combat en France, en Italie et en Belgique. Enterré en 1972 à Guagno-les-Bains.

 

 

Pierre Toussaint ANTONINI

Poggiolais sous l'uniforme

Né à Guagno en 1882. Engagé dans les troupes coloniales en 1902, il fait campagne au Tonkin et en Guinée, obtenant la médaille coloniale et la médaille militaire.

Il est adjudant-chef au début de la guerre. Il atteint le grade de lieutenant le 11 novembre 1916. Il combat en France et reçoit une citation à l'ordre du régiment (le 8e colonial) le 25 octobre 1914: "a enlevé à la baïonnette des tranchées ennemies et fait prisonnier un fort détachement commandé par un officier".

Envoyé sur le front d'Orient à partir de décembre 1915, il est grièvement blessé et soigné à Salonique. Sa fiche de "Mort pour la France" le déclare décédé à Salonique tandis que sa famille dit qu'il est mort sur le bateau-hôpital le ramenant en France. Toujours est-il que son corps repose au cimetière militaire de Lagoubran (carré SF, rang I, tombe 26) près de Toulon.

Son nom est le premier des trente inscrits sur le monument aux morts de Poggiolo.

 

 

 

Jean François CECCALDI:

Poggiolais sous l'uniforme

 

Né en 1876, il s'engage en 1895 au 4e régiment de tirailleurs algériens et fait campagne en Tunisie. Il est ensuite surveillant de prisons militaires et sergent-major comptable.

Le 2 août 1914, il est réintégré comme sous-lieutenant au 173e RI et combat en France. Blessé au mollet gauche par un éclat d'obus en novembre 1915, il est cité à l'ordre du régiment la 15 juin 1916: "sur le front depuis le début des hostilités, a fait preuve en toutes circonstances d'énergie, de sang-froid et d'un courage calme. A en particulier du 20 au 29 mai assuré dans les circonstances les plus difficiles et souvent même les plus périlleuses, le service du ravitaillement en matériel des bataillons en première ligne sous un bombardement des plus violents".

Il devient chevalier de la Légion d'Honneur en mai 1916

Jean François rejoint en février 1917 l'état-major du corps d'occupation du Maroc et termine la guerre avec le grade de capitaine major.

Dés qu'il quitte l'armée, il est élu maire de Poggiolo en 1919 et reste à ce poste jusqu'en 1941 et de 1943 à 1959.

Il est décédé en 1968.

 

François DEMARTINI

Poggiolais sous l'uniforme

 

Né en 1899, il est appelé par l'armée en avril 1918. Il est donc un des cinq derniers Poggiolais à être mobilisés pour cette guerre. Il est affecté au 111e RI (régiment d'infanterie). Il a été touché par la grippe espagnole mais en a réchappé. Après l'armistice, il a fait partie, jusqu'à sa démobilisation en mars 1921, des troupes qui ont occupé la Rhénanie.

Il est le frère de Jean Toussaint DEMARTINI présenté ci-dessous.

Il est décédé en 1975

 

 

Jean Baptiste DEMARTINI

 

Poggiolais sous l'uniforme

Né en 1893, il s'engage en 1912 au 3e RMT (régiment de marche des tirailleurs) qui est basé en Algérie. Il est nommé caporal. Son unité est engagée en France dès le début du conflit. Il devient sergent le 11 août 1914.

Jean Baptiste est tué à l'ennemi le 25 septembre 1915 à Epine de Vedegrange, dans la Marne.

Il a été inhumé dans la nécropole nationale de La Crouée (Marne), carré 3E, tombe 1791.

 

Jean Toussaint DEMARTINI

Poggiolais sous l'uniforme
Poggiolais sous l'uniforme

Né en 1889, il s'engage en 1907 chez les zouaves mais s'oriente rapidement vers la Marine et devient matelot timonier breveté. Mais, en 1912, à la suite d'un problème électoral à Poggiolo, il doit s'orienter vers l'infanterie coloniale. Il est au Dahomey lors de la déclaration de guerre et il participe à la conquête de la colonie allemande du Togo.

Devenu sergent, il combat en France à partir de mai 1915. Il meurt pour la France à Cappy (Somme) le 9 février 1916.

Sa famille a gardé son abondante correspondance qui est une source importante pour connaître la vie et les pensées d'un combattant de 14-18.

 

Jean Antoine FRANCESCHETTI

Poggiolais sous l'uniforme

Né en 1897, il est incorporé en janvier 1916. Il fait partie du 29e bataillon des chasseurs à pied. Il est blessé par un éclat d'obus à l'avant-bras gauche devant Corbeny, dans l'Aisne, en avril 1917. Il est intoxiqué par les gaz de combat le 6 août 1918. Il est libéré en septembre 1919.

Il meurt à Ajaccio en 1987.

 

Jean-Baptiste PAOLI

Poggiolais sous l'uniforme

Né en 1896, il est incorporé en avril 1915 dans un régiment d'artillerie lourde. Libéré en septembre 1919.

Décédé le 19 novembre 1993, il était le dernier survivant des Poggiolais anciens combattants de la première guerre mondiale.

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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 17:56
Une bonne nouvelle dans la famille Orazy

Samedi 3 novembre, a eu lieu le mariage de Valentine et de Christophe, fils de Monique et François ORAZY.

Le mariage civil s'est déroulé à la mairie d'Argenteuil et la cérémonie religieuse a été célébrée à l'église des Mureaux.

Tous nos vœux de bonheur au jeune couple.

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2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 18:00

Evoquer une maison-fantôme n'est pas du tout faire une concession à l'horrible Halloween introduite par la sous-culture américaine, mais qui a quand même des points communs avec la Sant'Andria corse (voir l'article à ce sujet).

 

Parmi les maisons poggiolaises, il en est une qui est particulière car elle est en ruines à l'intérieur même du village, car elle est à une famille qui ne vient plus.. et car, officiellement, elle n'existe pas !

 

Il s'agit de la maison MOZZICONACCI.

 

 

1- Une maison-fantôme bien réelle

Juste au bord de la Stretta, dans le virage situé immédiatement après la maison Franceschetti, un toit sans couverture et dont il ne reste que des poutres émerge presque au niveau du chemin.

Les maisons poggiolaises: 15 - La maison-fantôme des Mozziconacci
Les maisons poggiolaises: 15 - La maison-fantôme des Mozziconacci
Photos Michel Franceschetti
Photos Michel Franceschetti

Photos Michel Franceschetti

 

D'après Xavier PAOLI, l'historien du village, cette maison aurait été acquise autrefois par un prêtre de la famille FRANCESCHETTI. Elle revint ensuite à Marie-Françoise FRANCESCHETTI, née le 25 avril 1884, qui se maria en 1900 avec Marc Marie MOZZICONACCI, originaire du Sud de la Corse, qui alla travailler au service des Eaux et Forêts en Tunisie. Le couple eut trois garçons et une fille.

 

Marie-Françoise décéda le 17 juillet 1966 à Ghisonaccia. Mais, dès avant sa mort, la maison n'était plus occupée. Et les descendants n'ont plus rien fait pour cette bâtisse.

 

Les photos montrent une situation désolante.

Photos Michel Franceschetti
Photos Michel Franceschetti
Photos Michel Franceschetti
Photos Michel Franceschetti

Photos Michel Franceschetti

 

 

2- Une maison-fantôme sur les papiers officiels

Une inscription qui comportait peut-être une date se devine sur un linteau mais elle est illisible.

Photo Michel Franceschetti

Photo Michel Franceschetti

En tout cas, la construction est ancienne. Elle est dessinée sur le plan cadastral de 1857.

Elle est coloriée en rose sur la parcelle numéro 455 et l'emplacement porte le nom de Casanova.

 

Les maisons poggiolaises: 15 - La maison-fantôme des Mozziconacci

Un problème se pose quand on regarde le cadastre actuel sur le site gouvernemental https://www.cadastre.gouv.fr.

En effet, à la suite du renumérotage des parcelles poggiolaises, le même lieu porte maintenant le numéro 228... mais n'a plus du tout de construction, qui aurait dû être représentée en jaune-orange.

Les maisons poggiolaises: 15 - La maison-fantôme des Mozziconacci

Cette absence est-elle le résultat de l'état de ruine de la maison? 

Il est vrai qu'il en est de même du côté de Pisciatta où le terrain qui appartint à Pascal Ignace MARTINI n'est pas non plus colorié. Or, la maison y est dans le même état. Voir l'article qui lui a été consacré en suivant le lien suivant.

Pourtant, les murs existent bien dans les deux cas.

Les vues aériennes montrent toujours aujourd'hui l'existence de la maison MUZZICONACCI.

 

photo Google
photo Google

photo Google

Sur le site Géoportail de l'I.G.N., la maison est symbolisée par un carré de lignes en noir gras sur fond blanc, alors que les autres sont colorées en crème pâle et la mairie en rouge.

 

Les maisons poggiolaises: 15 - La maison-fantôme des Mozziconacci

Les ruines peuvent être vues par tout le monde mais, sur les papiers officiels, la maison MOZZICONACCI n'existe pas.

 

 Poggiolo a bien une maison-fantôme.

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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 07:00
Appel à nos lecteurs: où sont les restes des héros?

Avec le centenaire de la fin de la première guerre mondiale, les cérémonies s'enchaînent à un rythme de plus en plus rapide et atteindront leur maximum le 11 novembre.

Les monuments aux morts sont, dans chaque commune, un lieu de rassemblement pour se souvenir des soldats tués dans ce conflit. A Poggiolo, trente noms sont inscrits.

Les familles peuvent également se recueillir, par exemple le 2 novembre, près des tombes de leur parent tombé pour la France. Encore faut-il savoir où se trouvent ces tombes. 

Ce blog a déjà publié les lieux d'inhumation de la majorité des trente héros poggiolais mais la liste est incomplète.

 

 

APPEL À NOS LECTEURS:

où se trouvent les restes des Poggiolais suivants?

 

 

DEMARTINI Dominique François (prénommé seulement François sur le monument aux morts de Poggiolo), né en 1888, mort le 3 novembre 1915 à Massiges (Marne)

DESANTI Jean, né en 1892, mort le 26 février 1915 à Vauquois (Meuse)

MARTINI Martin, né en 1877, mort le 5 septembre 1916 à Cléry (Somme)

MARTINI Noël Ange-François, né le 25 décembre 1890, mort le 5 septembre 1914 à Neufmontiers (Seine-et-Marne)

PAOLI François Antoine, né en 1887, mort le 12 septembre 1915 à Toul (Meurthe-et-Moselle)

PINELLI Jean Baptiste (prénommé Baptiste sur le monument aux morts), né en 1848, mort le 15 juillet 1917 à Paris

PINELLI François, né en 1889, mort le 1er janvier 1920 à Ajaccio

PINELLI Laurent, né en 1893, mort le 28 mai 1918 à Fez

 

 

Merci d'avance à tous leurs descendants qui pourront fournir les renseignements (à l'adresse: larouman@gmail.com).

 

Les endroits où se trouvent les corps des autres morts seront bientôt publiés.

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14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 18:51
Epidémie à Poggiolo?

L'article récent sur la grippe espagnole de 1918 se terminait malicieusement par l'équation:

Poggiolo = bonne santé

 

 Il ne faudrait pas en conclure qu'aucune épidémie n'ait jamais touché le village. Le problème est l'absence de documents mentionnant les causes des décès. Pour y remédier, il peut y avoir la tradition comme dans la famille MARTINI. D'après de forts témoignages familiaux, les deux seuls décès enregistrés en octobre (Paule MARTINI, 4 ans) et novembre 1918 (Antoinette MARTINI, 11 ans) à Poggiolo auraient bien été provoqués par la grippe espagnole.

 

Les actes d'état-civil sont les seuls moyens d'étudier statistiquement, numériquement, la mortalité des périodes passées. Or, ils ne mentionnent pas la cause de la mort.

Il exista pourtant une exception en 1830.

 

Le matin du 6 janvier de cette année-là, le maire consigna sur le registre officiel avoir reçu deux personnes, Jules et Pierre MARTINI, qui ont déclaré le décès de leur beau-frère Jules DESANTI, âgé de cinquante-six ans, la veille à quatre heures du soir. L'annonce est suivie d'une phrase inhabituelle: "On a anticipé l'enterrement dudit Desanti, attendu qu'on a reconnu que la maladie est (?) Epidémique Contagieuse".

 

Epidémie à Poggiolo?
Epidémie à Poggiolo?

 

La maladie devait être particulièrement grave pour que les deux adjectifs aient eu droit à des lettres majuscules et, surtout, pour que l'enterrement ait été très rapide, avant même la déclaration à la mairie, si l'on comprend bien.

Quelle était cette maladie? Aucun autre renseignement n'est donné. On peut cependant remarquer que, une semaine auparavant, le 30 décembre 1829, Antonia, quarante ans, l'épouse de Jules DESANTI, était décédée. Mais son acte de décès ne mentionne pas la cause de la mort et n'évoque pas un enterrement brusqué.

 

Epidémie à Poggiolo?

 

Il est tentant de trouver une relation entre ces deux morts et d'en conclure qu'il y eut une épidémie à Poggiolo. De fait, quatre autres personnes, d'âges différents, dont un enfant mort-né, décédèrent au village dans le seul mois de janvier 1830... et il n'y en eut plus jusqu'en octobre.

 

Mais, bizarrement, les individus les plus proches du couple Jules-Antonia, c'est-à-dire leurs enfants, âgés respectivement de 16, 12, 7 et 4 ans, restèrent vivants. Le fils aîné, Giacomo Antonio, qui vécut jusqu'en 1879, fut même le grand-père de Jean-Baptiste, surnommé Russignolu (1876-1949), déjà présenté dans des articles précédents.

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7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 18:00
Souvenir de Francis

 

Devant le "magasin", Francis LUCCHESI entre Jean Christian, son fils, et Marie-Thérèse MARTINI (maintenant épouse LECCIA). A droite, Antoine CECCALDI, dit "Bébé".

 

Photo envoyée par Jacques-Antoine MARTINI.

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7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 06:36
Toutes nos condoléances
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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 18:00

Il exista plusieurs cafés à Poggiolo mais il y eut aussi différents commerces. Leur existence serait complètement oubliée si la tradition n'avait gardé le nom de "magasin" à une partie de la maison Martini.

 

Un article précédent avait déjà présenté les grandes maisons, dites "de notables", comme étant multifonctions. Et le commerce fut une de ces fonctions.

 

Du côté de la stretta, une petite porte de la maison Martini est fermée par une grille métallique qui a été maintes fois enfoncée par des automobilistes ayant du mal à manœuvrer.

 

© Michel Franceschetti
© Michel Franceschetti

© Michel Franceschetti

Elle protège la pièce surnommée "le magasin".

Et, en levant la tête, on distingue encore les crochets métalliques qui supportaient l'enseigne.

© Michel Franceschetti

© Michel Franceschetti

Une épicerie fut ouverte à cet endroit en 1921, comme le prouve le registre conservé par la famille. Il a été visé le 23 février 1921 par un juge du tribunal de commerce d'Ajaccio pour "Madame Martini Thérèse négociante à Poggiolo".

Les premières ventes sont notées au 1er mars: du riz, du sel, des pâtes alimentaires, des anchois, du pétrole et du savon.

 

Photos Jacques-Antoine Martini
Photos Jacques-Antoine Martini

Photos Jacques-Antoine Martini

L'étude de ces pages permettrait de bien connaître les denrées dont les Poggiolais de l'époque avaient besoin. On peut déjà remarquer que cette épicerie vendait aussi des cigarettes.

Quand la seconde guerre mondiale éclata, la mairie décida le 24 septembre 1939 de créer un entrepôt municipal pour assurer le ravitaillement et limiter la hausse des prix.

Cette expérience originale, qui dura jusqu'au 27 juillet 1940, a été racontée dans un autre article de ce blog.

L'épicerie Martini fut choisie comme siège de cet entrepôt.

Le registre en a été conservé.

photo Jacques-Antoine Martini

photo Jacques-Antoine Martini

Là aussi, il serait intéressant de l'étudier pour savoir si les besoins des habitants ont changé au fil du temps et pour connaître l'évolution des prix.

Le registre a été tenu jusqu'en 1951.

Cette année fut peut-être celle de la fermeture. En tout cas, certains, comme Jacques-Antoine Martini, se souviennent "des deux balances du magasin, de son sac de sel et de ses chewing gums gagnants".

 

Le commerce n'existe plus mais "le magasin" demeure comme le nom d'un lieu bien précis de Poggiolo, vestige d'une époque.

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11 septembre 2018 2 11 /09 /septembre /2018 14:00

A l'occasion du cinquantième anniversaire de la catastrophe de la Caravelle Ajaccio-Nice, déjà rappelée sur ce blog (voir ICI), Noël KRUSLIN, journaliste de "Corse-Matin", a rencontré Jeanne GRIMALDI et Valère CECCALDI. Leurs témoignages occupent la dernière page de l'édition du 11 septembre du quotidien.

En voici la copie.

Photos Pierre-Antoine Fournil

Jeanne et Valère parlent de la Caravelle
A l’heure des 50 ans du drame de la Caravelle Ajaccio-Nice, Corse-Matin s’est rendu dans les Deux-Sorru, où les Ceccaldi veillent sur la mémoire des leurs qui figurent parmi les 95 victimes. Ils témoignent pour la première fois

Il faut d’abord grimper les ruelles abruptes et sinueuses d’U Pighjolu, à mi-pente entre Guagno-les-Bains et Soccia, pour entrer dans le petit cimetière. Le caveau familial des Ceccaldi s’y distingue car une plaque noire s’ajoute aux pierres tombales. Les noms de ceux qui n’ont pu être rendus à leur terre y sont gravés : Antoine Ceccaldi, 56 ans le 11 septembre 1968, Jean-François Ceccaldi, 34 ans ce même jour où il monta, en milieu de matinée, à bord de la Caravelle Ajaccio-Nice. Cette plaque, c’est Valère, le frère de Jean-François, qui l’a fixée au granite il y a 10 ans. Les mots y précisent les circonstances du drame d’une Caravelle "touchée par un missile auto-détecteur à infrarouge". Une vérité toujours ignorée. "Mais c’est ma vérité, insiste l’octogénaire, cadet d’une petite année de son défunt frère. Rien, désormais, ne peut me faire voir autrement les choses."

Jeanne et Valère parlent de la Caravelle

Domiciliés à Suresnes (Hauts-de-Seine), Valère Ceccaldi et son épouse Janine sont fidèles à un rituel immuable, celui d’un été passé au village, dans la maison familiale construite par un arrière-grand-père. Un lieu très riche en souvenirs. "Jean-François et moi y avons passé toute notre enfance." C’est dans les ruelles de ce même village que Valère apprendra le décès de son frère, il y a aujourd’hui 50 ans."Quelqu’un est venu m’alerter en me disant : "Valère, tu as vu ? Une Caravelle est tombée." À la seconde, je me suis demandé si c’était celle de 10 heures." Car Jean-François Ceccaldi, sous-officier de l’armée française en poste à Paris, avait quitté Poggiolo très tôt pour prendre ce vol."Nous étions venus au village pour assister aux obsèques de notre grand-père. Mon frère et notre cousin avaient programmé avant moi leur retour sur Paris." Le cousin dont parle Valère, c’est Antoine Ceccaldi, un instituteur qui vient tout juste de prendre sa retraite . Il est le papa de deux jeunes filles, dont Jeanne, 19 ans à l’époque. La presque septuagénaire vit à Paris, mais vient régulièrement au village où elle s’est assise aux côtés de son cousin pour nous rencontrer. "Tu te souviens, c’est toi qui m’as annoncé que papa était mort", lui rappelle-t-elle.

 
Pour Jeanne, "une charge émotionnelle encore trop lourde"

Forcément, Valère et Jeanne n’ont pas vécu de la même façon les heures qui ont suivi la catastrophe. Lui, alors trentenaire déjà installé dans la vie, était bien plus à même de faire face que sa jeune cousine qui eut pourtant la maturité de protéger les siens. "Ma sœur n’avait que 14 ans, c’est moi qui ai tout fait pour garder le secret pendant 24 heures. Je voulais qu’un médecin ait le temps d’intervenir et de donner des calmants à ma mère."

Cinquante ans après, Jeanne assure qu’elle a grandi très vite. Ce drame n’y est pas étranger. "C’est moi qui me suis occupée de toutes les formalités administratives", avoue celle qui n’a jamais voulu, jusqu’à ce jour, évoquer ces événements hors du cercle familial. "La charge émotionnelle a toujours été trop forte. Aujourd’hui encore, l’évocation de ces instants est encore très lourde." Le jour de notre rencontre, la présence de Valère fut pour Jeanne un précieux soutien. C’est lui qui se chargea, faisant confiance à sa mémoire, d’entrer dans les détails d’une catastrophe dont le secret-défense ne parvient plus à masquer la véritable cause.

Entre une thèse de l’accident qui ne tient plus depuis longtemps, une quantité de preuves et autant de témoignages étayant la thèse du missile ayant échappé à la manœuvre militaire avant de percuter la Caravelle, Valère n’a plus aucun doute. Au cours de ces cinquante dernières années, il a essayé de comprendre, cherché à savoir. Il a décrypté tous les éléments accréditant la thèse du tir de missile, pointé toutes les incohérences des rapports qu’il conserve précieusement. Il en déplie les feuilles jaunies par le temps pour souligner certains passages. "Regardez, il est question ici de "perforations relevées sur une partie du fuselage", expliquées par "le repli violent de la voilure au moment de l’impact". Pour moi, c’est plus que clair. Les perforations, c’est le Mazurka."  Allusion au missile dont Valère souligne l’évocation,"par un certain Forestier dans le rapport parlementaire. Il parlait d’un "dard de feu". Je regrette, mais il s’agit d’un terme militaire."

Un dîner parisien et "les secrets de Matra"

Dans la mémoire de Valère et dans celle de son épouse, d’autres épisodes, intervenus par hasard dans leur sphère privée, jettent encore le trouble. D’abord les mots d’un ami, un commissaire des Renseignements généraux qui leur glissa, quinze jours seulement après le drame :"C’est un engin Matra qui a frappé l’appareil." Puis, il y a une quinzaine d’années, lors d’un dîner organisé par des amis à Paris... "Un couple que nous ne connaissions pas y était invité, raconte Janine. Au cours de la soirée, nous avons fini par apprendre que le mari avait été ingénieur chez Matra, et dans la conversation, son épouse a carrément dit : "Il y en a des secrets chez Matra, comme l’affaire de la Caravelle." À ce moment-là, son mari lui avait demandé de ne pas en dire davantage."

Pour les Ceccaldi, comme pour toutes les autres familles des victimes de la Caravelle Ajaccio-Nice, le poids de l’absence n’aura cessé de se mêler à une forte conviction construite progressivement. Valère et Jeanne n’ont jamais adhéré à l’association portée par les frères Paoli. Non pas par rejet d’un combat collectif qui a fait beaucoup. Plutôt par volonté de préserver le caractère le plus intime d’un destin familial pas comme les autres. Croient-ils pour autant à une prochaine levée du secret-défense pour que la vérité éclate au grand jour ? Nous n’aurons pas vraiment de réponse à cette question.

Leur propre vérité leur suffit. Elle est en eux à jamais... et gravée au cœur du petit cimetière de U Pighjolu, près duquel Valère et Jeanne vivent un 50e anniversaire comme tous les autres. "Il n’y a pour moi, ce jour-là, aucun rituel. Tout est dans la tête. Mais au-delà du 11 septembre, à mon frère, j’y pense constamment."

Jeanne et Valère parlent de la Caravelle
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5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 23:16

Quel est le point commun entre Charles PÉGUY et Noël Ange François MARTINI?

 

5 septembre 1914: une tragique coïncidence

 

Si l'écrivain catholique est célèbre (même s'il n'est peut-être pas beaucoup lu aujourd'hui), Noël MARTINI ne se trouve pas dans les dictionnaires.

Pourtant, toutes les personnes qui passent à Poggiolo peuvent voir son nom et ses prénoms ainsi que son grade de sergent-major.

Ces renseignements sont sur une face du monument aux morts du village.

 

5 septembre 1914: une tragique coïncidence

 

Le point commun est donc facile à trouver: PÉGUY et MARTINI sont morts pendant la première guerre mondiale. Plus précisément, ils sont morts le même jour, le 5 septembre 1914, voici aujourd'hui exactement 104 ans.

 

Et une autre coïncidence existe: ils sont morts à moins de 8 kilomètres de distance, PÉGUY à Plessis-Lévêque, MARTINI à Neufmontiers, deux localités proches de Meaux, en Seine-et-Marne.

 

La vie de Noël Ange François MARTINI a été racontée dans un article paru en 2014:

Il fut le premier membre d'une famille poggiolaise à mourir lors de la première guerre mondiale (le premier natif de Poggiolo tué fut Jean Toussaint MARTINI le 19 septembre 1914).

Il était né à Sétif, en Algérie, en 1890. Ses parents étaient nés au village et avaient cherché du travail dans les colonies.

Même s’il n’y vécut jamais, Noël MARTINI fit partie des trente inscrits sur le monument aux morts de Poggiolo. Tout en vivant loin de la Corse, le lien avec le village d’origine ne s’efface jamais. La municipalité de l'époque l'avait bien compris et tint à ce que son nom figure parmi les trente "enfants de Poggiolo morts pour la France", comme les autres Poggiolais de l'extérieur qu'étaient Jean LOVICHI, né à Constantine, Jean Dominique MARTINI, né à Paris, et François-Antoine PAOLI, né à Marseille.

Son frère Jean-François, né dans la petite ville algérienne de Mac-Mahon, fut lui aussi poilu et accumula citations et décorations. A sa mort, en 1974, il fut inhumé à Poggiolo.

 

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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
  • Contact

Qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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Le mensuel "INSEME" d'avril vient de paraître:

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