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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 18:00

Si la loi de 1905 est la plus connue des mesures qui imposèrent la laïcité, elle fut précédée par de nombreuses autres décisions.

Dès 1789, toutes les propriétés de l’Eglise furent nationalisées et vendues comme biens nationaux. Puis, quand, en 1879, les républicains eurent remplacé les monarchistes de la Chambre des Députés, du Sénat et de la Présidence de la République, ils mirent en place avec Jules FERRY une législation anticléricale de grande ampleur.

Vico fut au premier plan des retombées de cette politique. Le couvent,  franciscain à l'origine, avait été fondé en 1481 par Giovan Paolo de LECA. Sur l'importance de ce personnage, voir l’article paru dans ce blog: Le feuilleton de l'été - Les guerres des seigneurs - 3/3: la fin de la Cinarca

Nationalisé comme tous les biens religieux en 1789, le monastère fut épargné de la destruction car les Vicolais s’opposèrent à sa vente et laissèrent des frères vivre dans les bâtiments qui s’abimaient peu à peu.

Il fut sauvé de la ruine quand, en février 1836, l’évêque d’Ajaccio, Mgr Raphaël CASANELLI d’ISTRIA, l’acheta aux Domaines. Le 7 mai 1836, il en fit donation à la congrégation des Oblats de Marie Immaculée, fondée par Mgr Eugène de MAZENOD. Le premier supérieur en fut le Père ALBINI dont l’œuvre marqua les esprits.

Statue de Mgr CASANELLI d'ISTRIA à Vico.

Statue de Mgr CASANELLI d'ISTRIA à Vico.

LE SAUVETAGE DE 1880

 

Les décrets de mars 1880, inspirés par Jules FERRY et Léon GAMBETTA, permirent de fermer 261 couvents et d’expulser près de 6.000 religieux dont beaucoup partirent à l’étranger. Mais, là encore, le couvent est sauvé, comme l’écrit l’abbé François CASTA :

«A l’annonce de l’application des décrets de 1880, l’attitude des populations fut si menaçante – en particulier à Vico en faveur des Oblats et à Sartène en faveur des Franciscains – que le préfet télégraphia à Paris pour signaler que l’expulsion des religieux était, dans ce département, une entreprise dangereuse, voire impossible. Après avoir reçu un blâme du ministre, le préfet, prêt à donner sa démission, se rendit à Paris. Très mal reçu, il finit par faire entendre ses arguments et obtenir un sursis en faveur des religieux de Corse, à l’exception des Jésuites» (François J. CASTA, «Le diocèse d’Ajaccio», ed. Beauchesne, 1974, page 216).

Une pétition, présentée au Sénat par le légitimiste Charles CHESNELONG, signée par trois mille habitants de Vico et des environs (plus exactement de Cargèse, Murzo, Ota, Bologna, Guagno, Rosazia, Pastricciola, Arbori, Vico, Salice, Poggiolo, Orto, Coggia, Soccia, Marignana et Azzana) qui s’étaient dits prêts à donner leur vie pour garder les Oblats, explique l’attitude du préfet OMER de MARÇAY. Il fut d’ailleurs remplacé dès octobre de la même année 1880.

L'EXPULSION MAIS SANS LA CONFISCATION

 

Une nouvelle alerte eut lieu en 1903 alors que les expulsions de communautés religieuses se multipliaient.

La plus spectaculaire fut celle des Chartreux qui quittèrent le monastère de la Grande-Chartreuse dans la neige, entre deux rangées de soldats. 

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : le sauvetage du couvent (3/6)

«En juillet 1901, nouvelle loi d'expulsion contre les congrégations non autorisées. Les Oblats de Vico reçurent l'ordre de livrer la maison au Gouvernement le 2 mai 1903. La foule accourue empêcha les forces de l'ordre de déloger les Oblats et les autorités judiciaires d'apposer les scellés aux portes. Le préfet réquisitionna la troupe qui devait arriver le 3. Pour éviter des incidents sanglants, le père Bernardin d'Istria se présenta à une fenêtre du couvent et convainquit les fidèles à laisser partir la communauté, qui fut solennellement accompagnée à Vico.



Le couvent ne fut nationalisé que pour peu de temps. Mgr Noël Casanelli, vicaire général et neveu de Mgr Raphaël Casanelli d'Istria, fit valoir en justice une clause de l'acte de donation du couvent aux Oblats par son oncle. Elle stipulait que si pour une raison quelconque ceux-ci quittaient la maison, la propriété devait revenir à sa famille. Il obtint gain de cause en 1907 et le couvent devint la propriété de la famille Casanelli qui en fit sa résidence d'été.» (Yvon BEAUDOIN, OMI, article Vico dans le Dictionnaire historique vol. 1 du site Oblate Communications, http://www.omiworld.org/).

Grâce à la précaution de l’évêque, l’Etat ne put mettre la main sur le couvent. Le couvent revint finalement au diocèse en 1927 et les Oblats s’y réinstallèrent en 1935. Et ils y sont toujours.

 

(à suivre: le trésor municipal)

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 18:00
Jean Tulard au salon du livre corse de Marseille

L’actualité corse en début d’année à Marseille est toujours le salon du livre corse organisé par la Fédération des Groupements Corses de Marseille . En 2016, il se déroulera le samedi 23 janvier et le dimanche 24 janvier de 10 h à 18 h à la Maison de la Corse, 69 rue Sylvabelle.

De nombreux auteurs insulaires seront présents pour dédicacer leurs œuvres. Des démonstrations de cuisine seront réalisées tandis que des stands proposeront de l’artisanat corse. Deux expositions de peintures sont proposées, une des aquarelles de David D'Alessandro et un autre sur la Castagniccia présentée par l'association Recherche sur l'Histoire des Familles Corses.

Plusieurs conférences et lectures sont prévues. Parmi elles, il faut noter celle de Jean TULARD, professeur émérite à la Sorbonne et grand spécialiste de l’histoire napoléonienne, qui évoquera «Le monde selon Napoléon, sa vision des grands problèmes du monde, dont le problème corse».

Jean Tulard au salon du livre corse de Marseille

Programme détaillé ci-dessous.

Cliquez sur l'image pour lire le texte plus facilement.

Jean Tulard au salon du livre corse de Marseille
Jean Tulard au salon du livre corse de Marseille
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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 21:15

L'IMPORTANCE DES FABRIQUES

 

Parmi les articles de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat votée en 1905, il était prévu la suppression des fabriques instituées par le Concordat de 1801. La gestion matérielle de l’église paroissiale était assurée jusque là par un conseil de fabrique ayant ses ressources propres et pouvant les compléter par l’aide du conseil municipal.

Ainsi, le conseil de fabrique de Soccia décida en 1837 de construire une nouvelle église. De même, l’actuel Saint Siméon de Poggiolo résulte d’une décision du conseil de fabrique prise en 1863.

Xavier PAOLI en a décrit la construction dans le numéro 1 du journal «L’Info U Pighjolu» de février 2007 qui fut repris dans un article publié sur ce blog sous le titre "L'église d'en haut": Saint Siméon.

«Le premier argent fut apporté le 4 octobre 1863 par la vente de la "casa chjegale" (presbytère).

Muni de ce premier viatique, la communauté villageoise entama alors un véritable marathon d'opiniâtreté et de volonté qui dura pratiquement 50 ans.

Chaque famille donna soit de l'argent, mais il y en avait peu, soit une part de récoltes: tabac, huile, farine de châtaigne, bétail ...

Il y eu des moments de profond découragement, mais jamais il ne fut envisagé de baisser les bras.

Après bien des vicissitudes, on vint à bout de gros oeuvre le 4 octobre 1874, fête de Notre Dame du Rosaire.

Le curé Pierre-Jean OTTAVY, desservant de la paroisse, spécialement délégué par Monseigneur l'évêque François-Xavier André de GAFFORY, bénit l'église reconstruite. Mais il reste encore beaucoup à faire et, dans une lettre émouvante datée du 7 juillet 1889, le Président du conseil de fabrique, en désespoir de cause, envoie une supplique au ministre des cultes où il dit : "Les habitants, épuisés par les sacrifices énormes qu'ils se sont imposés dans le but d'avoir une église, ne peuvent plus rien donner, malgré toute leur bonne volonté". Avec ou sans subvention, on décide pour la décoration de s'adresser au peintre Jean-Noël COPPOLANI de Marignana.

Celui-ci, l'argent manquant, fut le plus souvent rétribué en victuailles diverses: décalitre de pommes de terre, vin, tabac, huile, farine de châtaignes, cabri ...»

 

L'église St Siméon et le cimetière (vus depuis le Tretorre).

L'église St Siméon et le cimetière (vus depuis le Tretorre).

UN PATRIMOINE CONFISQUÉ

 

On conçoit l’inquiétude des paroissiens quand ils apprirent la suppression de ces fabriques et leur remplacement par des associations cultuelles à la composition obscure. Dans son encyclique «Gravissiom officii», le pape Pie X refusa cette nouvelle institution.

Par ce refus, «l’Eglise catholique ne joue pas le jeu, préférant perdre son patrimoine que de s’associer à une loi qui lui a été imposée sans négociation». (Jean SÉVILLIA, «Quand les catholiques étaient hors la loi», Perrin, 2005, page 223).

Mais, comme prévu, le 12 décembre 1906, un an après sa publication, la loi sur la Séparation entra en vigueur. Partout, les bâtiments ecclésiastiques furent mis sous séquestre. A Ajaccio, Mgr Jean-Baptiste DESANTI «est évêque depuis à peine quatre mois que le 18 décembre 1906, il est expulsé du palais épiscopal situé cours Grandval» (François J. CASTA, «Le diocèse d’Ajaccio», ed. Beauchesne, 1974, page 227).

A Soccia, Jean-Baptiste PAOLI, trésorier du conseil de fabrique, rendit sa comptabilité : «Les dépenses étant égales aux recettes, toutes les opérations de l’exercice 1906 étaient déclarées définitivement closes et sinon pour toujours, du moins jusqu’à de meilleurs temps» (cité par Jean-Baptiste PAOLI, «Santa Maria Delle Grazie, a nostra ghjesgia», A Mémoria, page 12).

Il faut surtout retenir le beau texte de protestation adopté par ce conseil :

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : La fabrique part dans la dignité (2/6)

Avant de se séparer en vertu de la loi dite de séparation, les membres du conseil de fabrique de Soccia, sentent le besoin et se font un devoir de protester hautement contre une loi qui leur enlève l’administration temporelle d’une Eglise qu’ils ne doivent ni à l’Etat, ni au Département, ni à la Commune. Ils l’ont construite et ornée, grâce à un travail opiniatre, à des libéralités et à des sacrifices sans bornes. Et ils trouvent étrange que l’on vienne les empêcher de travailler pour la plus grande gloire de leur Dieu, alors qu’ils ne troublent en aucune façon l’ordre public et observent religieusement les lois de la justice et de la morale.

On va jusqu’à les dépouiller des biens qu’ils détiennent de bienfaiteurs croyants et généreux, mais ils entendent que les dons faits à leur Eglise, sans être l’objet d’une donation et d’une acceptation en bonne et due forme, ne puissent être soumis à aucun séquestre, ni enlevés par aucun ordre, si ce n’est par la volonté du donateur ou de ceux qui ont mission de diriger et de gouverner l’Eglise.

 

Ad Sempiternam Dei Gloriam.

Cejourd’hui, 11 décembre 1906.

Les membres du Conseil de fabrique de Soccia.

 

L’Eglise catholique avait tout perdu. «On abandonnait, sur consigne de Rome, et sans possibilité de le reconstituer, le maigre patrimoine patiemment reconstitué depuis le Concordat.» (François J. CASTA, op. cit. , page 227).

 

Pour résoudre le blocage, le gouvernement fit voter le 2 janvier 1907 une loi attribuant les églises paroissiales aux communes qui pouvaient ensuite en laisser la jouissance aux curés. Tous les conseils municipaux des Deux Sorru votèrent rapidement cette autorisation.

 

Puis, le temps apaisa petit à petit les blessures…

(à suivre: le sauvetage du couvent)

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 15:56

Avec quelques jours de retard, «Settimana», le supplément hebdomadaire de «Corse-Matin» publié le vendredi, a suivi la même inspiration que le Blog des Poggiolais.

Le numéro du 15 janvier contient un article de Jean-Pierre GIROLAMI sur la façon dont «les fidèles empêchent l’inventaire» en Corse à la suite de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Les incidents furent nombreux et très vifs: «Inspecteurs des Domaines refoulés, églises barricadées, prêtres interpellés. En janvier 1906, les Corses défendent becs et ongles leur clocher, dénonçant une «spoliation» et un «sacrilège» ». L’auteur décrit l’opposition aux inventaires à Bastia, à Corte et dans plusieurs villages. A côté, l’opposition des habitants de Soccia (voir sur ce blog l’article: La Laïcité en action dans les Deux Sorru : des inventaires difficiles (1/6)) paraît finalement bien modérée.

Dans le même numéro, les passionnés d’Histoire pourront retenir l’étude de Véronique EMMANUELLI sur les constitutions corses de 1735 et de 1755.

On pourra lire également l’entretien, publié en langue corse, de Mgr de GERMAY, évêque de Corse, qui affirme que «A Corsica hè marcata assai da a religione cristiana (…), è nigaà la serebbe assurdo» mais que «a fede cristiana ùn po ghjustificà l’odiu».

Comme beaucoup sont perdus dans la crise des déchets qui gêne la Corse depuis plusieurs mois, un dossier de dix pages intitulé «Mullizzu gate» permet d’en comprendre un peu mieux tous les tenants et aboutissants.

Rappel: la semaine dernière, le dossier était consacré à la violence et comportait un très intéressant article de Pascal OTTAVI, ancien doyen de la faculté des lettres de Corte, originaire de Soccia, sur: «Les Corses sont-ils «naturellement» violents ?»

 

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 18:00

Après les cinq pupitres d’information installés à Poggiolo et Guagno-les-Bains en octobre  (voir l’article "Tout sur Poggiolo et Guagno-les-Bains en cinq pupitres"), un nouveau panneau vient d’être placé au centre du village.

Les anciens chemins remis en valeur

A l’angle de la route et de la Stretta, une pancarte en bois avec une flèche donne la direction de Soccia et d’Orto, non pas par voiture mais à pied. Elle indique les chemins utilisés par les anciens avant la route actuelle construite vers 1885 plus bas, par le Fragnu.

L’ancienne carte d’état-major montrait bien ces sentiers, marqués ici par les lignes noires continues.

 

Les anciens chemins remis en valeur

Le début est à côté de l'église St Siméon. On passe entre les deux cimetières, le communal et le privé, puis on marche jusqu’à la croix qui marque à peu près le lieu le plus élevé de la randonnée et qui se trouve proche de la bifurcation entre Soccia et Orto.

Le trajet n’est pas long si l’on en croit cette nouvelle pancarte: 1 heure pour Orto et 45 minutes pour Soccia. En réalité, s’il n’y a aucune difficulté à aller à Orto, il n’en est pas de même pour Soccia. Un coupe-coupe ou une pignata est indispensable pour avancer dans une végétation dense. De plus, le sentier n’est pas bien marqué pour Soccia, au contraire d’Orto où il est jalonné de marques de peinture bleue jusqu’à son arrivée au cimetière.

Sur cette carte récente de l’IGN, le chemin Poggiolo-Orto a été colorié en jaune.

Les anciens chemins remis en valeur

On peut espérer que la direction vers Soccia sera prochainement bien dégagée et bien marquée. Les promeneurs de l’été pourront en profiter.

 

Le petit film ci-dessous vous donne quelques aspects et quelques paysages du chemin pour Orto que l'on peut découvrir à partir du nouveau panneau.

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 08:55

Annonce publiée dans "Corse-Matin" aujourd'hui. Toutes nos condoléances.

Des familles poggiolaises affectées
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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 18:00

Un an après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, la laïcité est de plus en plus invoquée dans une société inquiète.

Ce principe, qui est en théorie la tolérance et l’indépendance de l’Etat par rapport aux religions, est maintenant souvent considéré comme un moyen de lutter contre l’islamisme radical.

 

UNE LAÏCITÉ DE COMBAT

De même, il y a cent dix ans, quand, le 9 décembre 1905, la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat eut été votée, elle fut interprétée comme un instrument de combat de la République contre la religion catholique. Des députés radicaux l’avaient d’ailleurs conçue ainsi. La fin du Concordat signé en 1801 entre Napoléon BONAPARTE et PIE VII pouvait asphyxier financièrement l’Eglise de France. De nombreux chrétiens le ressentirent. Ayant le sentiment d’être attaqués dans leur foi la plus profonde, ils furent nombreux à s’opposer aux conséquences de la loi sur la laïcité.

Les villages des Deux Sorru ne furent pas épargnés par cette agitation.

La loi du 9 décembre 1905 décidait que l’Etat ne subventionnait plus aucun culte et proclamait la liberté religieuse individuelle. Mais, au-delà de ces principes, il fallait en tirer les conséquences concrètes.

La loi fut promulguée au «Journal Officiel» le 12 décembre 1905 pour entrer en application le 1er janvier 1906. Son article 3 prévoyait de dresser un «inventaire descriptif et estimatif» des biens ecclésiastiques avant leur répartition à des associations cultuelles qui devaient être fondées ensuite. Une circulaire du Ministère des Finances publiée le 2 janvier ordonna aux fonctionnaires de procéder de façon approfondie, y compris en demandant l’ouverture des tabernacles.

«Dans les tabernacles, faut-il le rappeler, sont conservées les hosties consacrées qui contiennent, selon la doctrine catholique, la présence réelle du Christ: l’objet sacré par essence. (…) Toute la presse catholique s’enflamme, dénonçant cette menace de profanation. Elargissant la protestation, les journaux appellent au rejet des inventaires, présentés comme le prélude à la spoliation des biens de l’Eglise.» (Jean SÉVILLIA, «Quand les catholiques étaient hors la loi», Perrin, 2005, p. 197).

Même dans les petits villages comme Poggiolo, le tabernacle est une partie richement décorée et à laquelle on tient particulièrement (un article sur les tabernacles poggiolais sera ultérieurement publié sur ce blog).

ancien tabernacle de l'église St Siméon

ancien tabernacle de l'église St Siméon

LA COLÈRE CONTRE LES INVENTAIRES

Plusieurs évêques et prêtres tentèrent l’apaisement. Ce fut l’attitude du Père Antoine-Louis OTTAVY, qui avait à la fois les fonctions de professeur au petit séminaire d’Ajaccio et de conseiller général républicain du canton de Soccia élu en 1901.

Mais le mal était fait. De nombreux croyants se mobilisèrent contre le sacrilège. Les premiers incidents se produisirent à Paris les 31 janvier et 1er février.

«Le peuple catholique se rebelle, laissant exploser sa colère contre les brimades incessantes que le pouvoir lui fait subir depuis plusieurs années» (Jean SÉVILLIA, op. cit. p. 205-206).

Le sang coula dans plusieurs départements.

En Corse, les inventaires débutèrent à Bastia le 26 janvier et les incidents se succédèrent.

«Dans l’intérieur de l’île, les percepteurs, même escortés par la gendarmerie, ne peuvent le plus souvent instrumenter. Les opérations se déroulent toujours de la même façon. Au jour notifié, l’agent de l’Etat se présente devant l’église. Le curé, généralement assisté du conseil de fabrique, donne lecture d’une protestation et se retire dignement. Si le percepteur tente de pénétrer dans l’église, celle-ci est inabordable. Les hommes s’y opposent, avec violence s’il le faut; les femmes, barricadées à l’intérieur, chantent des cantiques et les cloches sonnent à toute volée. Pour éviter tout affrontement sérieux, le percepteur et son escorte se retirent. Quelques jours plus tard, à la suite d’un arrangement avec le curé, l’inventaire est annoncé comme ayant été effectué, alors qu’il n’est qu’une composition factice du curé» (François J. CASTA, «Le diocèse d’Ajaccio», ed. Beauchesne, 1974, p.222).

Il en fut ainsi dans les Deux-Sorru.

 

A SOCCIA

La Laïcité en action dans les Deux Sorru : des inventaires difficiles (1/6)

 Cette photo montre la population socciaise rassemblée devant son église. On remarque bien les bâtons dont hommes en chapeau et femmes en fichu noir s’étaient armés pour défendre la porte du bâtiment.

Jean-Baptiste PAOLI, dans «Histoire d’un petit village de montagne au cœur de la Corse du Sud», décrit ce qui se passa  alors:

«Le percepteur chargé des opérations d’inventaire ne put instrumenter qu’escorté par la Gendarmerie qui se heurta à une vive résistance de la part aussi bien des hommes que des femmes, malgré la protestation du curé POLI, assisté du conseil de fabrique».

Plus précisément, les témoins de l’inventaire furent Pierre Antoine MAINETTI, président du conseil de fabrique, et le forgeron Antoine Dominique OTTAVI.

Mais il n’y eut pas de violences comme, par exemple, à Ota où trois gendarmes furent blessés.

Les inventaires se déroulaient en pleine campagne électorale, les élections législatives ayant été fixées aux 6 et 20 mai. Sur les 510 prêtres de Corse, 250 firent activement campagne contre le gouvernement anticlérical. De l’autre côté, 160 religieux soutinrent, souvent discrètement, le candidat républicain. L’abbé OTTAVY, qui n’avait pas désavoué la loi de séparation, appuya ouvertement FORCIOLI, qui fut réélu député gauche radicale d’Ajaccio.

La majorité de gauche s’étant renforcée à la Chambre des Députés, la laïcité s’imposa.

(à suivre: "la fabrique part dans la dignité")

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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 18:00

Les Corses ont plus de mal que les autres Français à pouvoir accéder aux différents services. Le fait est connu depuis longtemps mais il vient d’être confirmé par une étude de Marie-Pierre NICOLAÏ publiée jeudi 7 janvier. Intitulée «Une nouvelle approche du territoire: densité de population et accessibilité aux services», elle est disponible sur le site de l’INSEE Corse :

http://www.insee.fr/fr/themes/document.aspreg_id=6&ref_id=23678#inter1

 

La vie quotidienne est très difficile pour les habitants des petites communes à cause à la fois de la faible population et du relief compliqué. 

Types de densité des communes

Types de densité des communes

«Résider dans une commune très peu dense implique un accès particulièrement long aux services. Ainsi, accéder aux équipements du panier de vie courante, tels qu’un supermarché, un médecin, ou un collège, nécessite un temps moyen de 21 minutes dans la région, quand 10 minutes suffisent en moyenne sur le continent. Sur l’île, le temps d’accès est aussi plus élevé que dans les autres départements à dominante rurale: 14 minutes en moyenne dans les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute-Provence, en Lozère ou dans la Nièvre.»

Or, les villages des Deux Sorru font partie des communes très peu denses (moins de 25 habitants au kilomètre carré et moins de 300 habitants) sauf Vico qui a 885 habitants (chiffres INSEE de 2010) dont 78% dans la catégorie peu dense.

 

Curieuse coïncidence: par le «Corse-Matin» de vendredi 8 janvier, on apprend que les bureaux de la Trésorerie d’Evisa (déplacée à Piana) et de Vico ont fusionné depuis le 1er janvier. Pour le moment, les conséquences sont faibles (Piana ne vend plus de timbres fiscaux !).

Mais Pascale CHAUVEAU, correspondante du quotidien, annonce que:

«à terme, il est prévu que les deux antennes disparaissent au profit d’une seule qui sera implantée à SAGONE, dans la zone de la cathédrale.»

Et, pour aller de Poggiolo à Sagone, il faut bien plus que les 21 minutes trouvées par l’INSEE.

 

 

« Quand le désert avance.

C'est la vie qui s'en va »,

chantait France GALL en 1989.

« Quand le désert avance… »
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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 17:59

En début d’année, il est habituel d’établir le bilan des douze mois précédents. Votre blog se prête à cette coutume afin que vous connaissiez mieux son fonctionnement.

230 articles ont été publiés en 2015, ce qui peut étonner pour un blog consacré à un petit village de montagne. Même si la population n’est pas nombreuse, des activités s'y déroulent pendant l’année. Et, quand on fouille un peu, on s’aperçoit  que Poggiolo a  une histoire riche, un patrimoine particulier et une belle nature.

Normalement, il est prévu d’écrire un texte tous les deux jours, avec publication vers 18 heures, ce qui donnerait 15 articles mensuels. Mais l’actualité a plusieurs fois obligé à ne pas respecter ce rythme. Ainsi, janvier et mars ont eu 24 publications chacun.

Les chiffres du blog pour l’année 2015

Pendant ces douze mois, 55.695 visiteurs ont été enregistrés, représentant le meilleur chiffre depuis la création du blog des Poggiolais en 2009. Il faut mettre à part l’année 2014 où les chiffres ont explosé pendant les trois premiers mois à cause des passions suscitées par les élections municipales.

La moyenne est donc de 152 visiteurs par jour.

102.417 pages ont été vues en 2015 avec un record en mai (11.443).

Les jours où les meilleures audiences ont été notées sont :

 

- 10 mai pour "Dernière mise au point avant le Festival"

- 14 mai: "Les fleurs de l'Ascension"

- 16 mai: "La baignoire de l'impératrice"

- 6 septembre: "Une plaque à Letia. Et pourquoi pas à Poggiolo ?"

- 27 octobre: "Mimi est toujours avec nous"

 

Mais les articles qui ont été consultés le plus souvent dans l’ensemble de l’année sont les champions depuis longtemps:

 - Poggiolais frères et sœursvu 3.600 fois en 2015 et publié la première fois le 28 janvier 2014, texte qui montre que, malgré les chamailleries, on fait partie d'une famille, d'une communauté, 

Les bastelle des morts (1.356 fois) datant du 1 nov 2009 et comportant un reportage video de Thierry CALDERONI,

La seule carte postale actuelle (1.126 fois) du 20 dec 2013,

Les légendes de chez nous (4/7): la nuit des mazzeri (685 fois) du 30 juillet 2014.

Parmi les catégories proposées, la série d’articles sur "L’épuration du maquis" en 1931-1932 http://poggiolo.over-blog.fr/tag/l%27epuration%20du%20maquis/ a été demandée 721 fois

contre 516 pour Guagno-les-Bains:   http://poggiolo.over-blog.fr/tag/guagno-les-bains/.

 

 

L’importance de Facebook

 

La page Facebook (https://www.facebook.com/pages/ Poggiolo/167056470125907), qui sert surtout à annoncer les publications du blog, a des amis fidèles.

 Il y a 113 «j’aime la page».

Parmi les fans et les personnes atteintes, un quart sont d’Ajaccio, 12% de Paris et 5% de Marseille. Curieusement, l’étranger est surtout représenté par les Pays-Bas.

Les mois les plus actifs  ont été juillet, août et octobre.

Les articles les plus appréciés sur le réseau social ont été dans l’ordre décroissant :

- "N'oubliez pas de regarder "Des racines et des ailes"le 4 novembre

- "Guagno-les-Bains face à l’Académie" le 30 octobre

- "Comment on processionne à Soccia" le 4 septembre

 

L’avenir du blog

Tous ces résultats montrent bien que le blog répond au besoin des Poggiolais, où qu’ils soient, même loin de la commune, de garder le contact avec leurs racines. Bien que peu habité, Poggiolo a des atouts qu’il serait possible de développer.

Bien entendu, la vie des villages voisins doit continuer à être évoquée car des liens existent entre eux.

La présentation date un peu et devrait se modifier au cours de l’année pour être plus lisible et plus attrayante.

Le blog continuera son activité tant que des sujets existeront et que les lecteurs montreront leur fidélité. Il faut remercier ceux qui ont la gentillesse de fournir des idées ou des documents pour de nouveaux articles. Ainsi, en 2015, Hervé CALDERONI a fourni des images originales des lacs de Creno et de Melu, Rose-Marie CHABROLLE a donné le calendrier des passages de commerçats dans les années 60 et Nicolas MARTINI a réalisé d’excellentes photographies.

Le blog des Poggiolais vous remercie tous.

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 18:01

Si vous ne savez pas quoi faire lors des week-ends dans les Deux Sorru, ce mois de janvier vous propose des activités lors des trois prochains samedis :

 

- SAMEDI 9 JANVIER: 

à 16h, la Communauté Oblate et les Amis du Couvent invitent la population du canton à venir déguster la galette des rois au Couvent St François de Vico

également à 16h, mais à la salle des fêtes de Soccia, galette des rois du comité des fêtes.

- SAMEDI 16 JANVIER: à 15h, messe à la chapelle de Guagno-les-Bains à l’occasion de la fête de St Antoine abbé, protecteur du village.

 

- SAMEDI 23 JANVIER: à partir de 20 h, soirée PULENDA au couvent de Vico. Renseignements et inscriptions au 04-95-16-83-83 (le matin seulement).

Des activités pour le samedi
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Présentation

  • : Le blog des Poggiolais
  • Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
  • Contact

La vidéothèque poggiolaise

La vidéothèque poggiolaise
Les films et les photos de famille et de vacances deviennent tous, au bout de quelques années, des documents historiques  qui montrent comment les diverses générations ont vécu.
Plusieurs films des décennies 60 et 70 à Poggiolo sont visibles sur DAILYMOTION (http://www.dailymotion.com/michelfran).
Cherchez dans vos greniers si vous n'avez pas des documents à faire connaître à la communauté poggiolaise.

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qu'est-ce que ce blog?

Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

Le calendrier poggiolais

 

Début des vacances d'été: samedi 8 juillet midi.

Festival Sorru in Musica: du 21 au 30 juillet.

Fête de saint Roch: mercredi 16 août.

La météo poggiolaise

Pour tout savoir sur le temps qu'il fait et qu'il va faire à Poggiolo, cliquez sur LE BULLETIN METEO

Un bulletin indispensable

  le bulletin des paroisses des Deux Sorru.

 

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