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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 18:00

L'eau de Poggiolo était-elle plus pure il y a cinquante ans que maintenant?

Nous ne le savons pas mais, en complément de l’article d’hier sur la qualité de l’eau potable, nous vous proposons une vidéo sur «la corvée d’eau», quand il fallait chaque jour aller à la fontaine pour remplir seaux ou brocs.

Regroupant des séquences tournées entre 1965 et 1970 à Poggiolo et lors d’excursions en montagne, ce film permet également de voir, après une photo de l'immédiat après-guerre,les jeunes d’alors. Pourrez-vous les reconnaître ?

Vous verrez, parfois fugitivement, les visages de :

- Rose-Marie BARTOLI (maintenant CHABROLLE)

- Jean José BARTOLI

- Hervé CALDERONI

- Joël CALDERONI

- Bernard FRANCESCHETTI

- Michel FRANCESCHETTI

- Jacques-Antoine MARTINI

- Marie-Thérèse MARTINI (maintenant LECCIA)

- François OLIVA

- François ORAZY

- Hervé OULIÉ

- Hélène VECCHI (maintenant DUBREUIL)

 Il existe une version Youtube de ce film.

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 18:00
Peut-on boire de l’eau en toute sécurité ?

Mardi 15 mars, l’Agence Régionale de la santé (ARS) de Corse a fait part du bilan 2015 de la qualité de l’eau potable dans les communes de Corse. Ce bilan révèle que 90 % de la population corse a été desservie par de l'eau respectant les exigences de qualité. Un résultat en nette amélioration sur les dernières années.

Qu’en est-il dans nos villages ?

Le document de l’ARS contient une carte de la qualité bactériologique de l’eau des communes. Nous en avons extrait la partie qui concerne notre haut-canton. La lettre P est placée à l’emplacement de Poggiolo.

Peut-on boire de l’eau en toute sécurité ?

Si l’eau d’Orto est bonne, Soccia et Poggiolo ont une qualité moyenne et Guagno est dans la catégorie «Très mauvaise».

Les résultats complets des analyses se trouvent sur le site gouvernemental orobnat.sante.gouv.fr

Les résultats de toutes les communes de Frances sont en libre accès.

Qu’est-il indiqué pour Poggiolo ?

- Le prélèvement du 4 février 2016 à 8h20 au pont de Guagno-les-Bains a trouvé que l’on a en ce lieu une «eau d'alimentation non-conforme aux exigences de qualité. La présence de germes fécaux impose une surveillance renforcée.»

- Pour le village de Poggiolo lui-même, toujours le 4 février, l’eau est légèrement différente : «Eau d'alimentation conforme aux limites de qualité et ne satisfaisant pas aux références de qualité. La présence de germes coliformes est à surveiller.»

 

Le détail des résultats se trouve sur la même page internet et, très intéressant pour connaître l’évolution de la qualité de l’eau, il est possible de faire des comparaisons avec les examens du 10 février, du 14 août ou du 15 décembre 2015.

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 18:18

L’ouverture de la pêche, samedi 12 mars, a été décevante, paraît-il.

Une saison ferme, une autre s’ouvre
Une saison ferme, une autre s’ouvre

Il faudra voir l’évolution des prises lors des prochains mois. La saison dure jusqu’au 18 septembre.

Les amateurs de truites doivent se rappeler que certaines portions de rivières sont interdites dans notre partie de la Corse :

- Ruisseau le Sagone au lieu dit Fiuminale, de la source à l'enclos des lièvres, commune de MARIGNANA,

- Ruisseau de  "Belle e Buone", de la source à la confluence avec le Fiume Grossu, commune de GUAGNO,

- Ruisseau de "Purcile" , commune de GUAGNO.

 

La saison de chasse, quant à elle, est cloturée depuis peu. Elle reprendra le 15 août prochain.

Le bilan de 2015-2016 a été plutôt bon, comme le montre Larenzu di Guagnu (http://miniu.skyrock.com/).

Sur ce blog (déjà présenté ici le 22 octobre 2012 par l’article "Les exploits de Sevi et Sorru"), les images d’un film récemment publié montrent des chasseurs de la «squadra guagnese» heureux de faire partager leurs sensations. La réalité de la chasse au sanglier est bien représentée.

 

MAIS ATTENTION !

 

Certaines images sont très difficiles à supporter pour les amis des animaux.

 

 

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 17:57

Une grossière erreur d’altitude de l’établissement thermal de Guagno-les-Bains était inscrite dans un dessin publicitaire de 1926 présenté par Frédéric BLANC. L’article "Publicité mensongère à Guagno-les-Bains" l’avait dévoilée. Mais est-elle le seul exemple de transformation de la réalité de ce bâtiment ?

Utilisons la planche de quatre gravures prêtée par Hervé CALDERONI et qui a servi dans deux articles de ce blog pour ses représentations des lacs de Ninu et de Creno (voir l’article "Le paysage mystérieux : la solution"). Elle était extraite de l’«Histoire illustrée de la Corse, contenant environ 300 dessins représentant divers sujets», livre écrit entre 1836 et 1841 par l’abbé Jean-Ange GALLETTI (1804-1866) et publié en 1863. Le bâtiment des Bains était également dessiné.La signature J. P. (en bas à gauche) prouve que l’auteur en est Jeanne PETIT-JEAN qui aida l’abbé GALLETTI à illustrer son livre.

Le paysage mystérieux : la solution
L’établissement thermal a-t-il été bien représenté ?

Dans les deux images, celle de 1863 et celle de 1926, l’établissement thermal a bien la forme d’un U séparé de la route par un petit mur. Il résulte de l’agrandissement du bâtiment primitif décidé par le conseil général en 1838 et approuvé par le roi Louis-Philippe qui déclara en 1840 d’utilité publique les travaux qui ne commencèrent qu’en 1845 et durèrent une dizaine d’années.

Jean de la ROCCA dans «La Corse et son avenir» publié en 1857 fournit une description précise :

« L’aile gauche est occupée par des piscines destinées aux militaires (…).

 

L’aile droite est destinée aux malades civils.

 

Le bâtiment du milieu se compose de deux grands réservoirs alimentés par la source principale (…).

 

L’établissement civil forme le premier étage de l’étabissement thermal. Il se compose d’une soixantaine de chambres meublées très convenablement, de salons de réception et autres. »

 

La gravure de Jeanne PETIT-JEAN est bien conforme à ce texte. Mais, dans une brochure intitulée «Bains de Guagno», publiée en 1851 et rééditée en 2004 par les Editions Lacour, Jean de La Rocca avait précisé que l’établissement «est fermé par le moyen d’une grille qui joint ces deux ailes; au milieu de la grille est la grande porte d’entrée». Il ne la mentionne pas en 1857. On peut supposer que le muret a été construit entre ces deux dates.

Une bizarrerie est visible sur le dessin du livre de l’abbé GALLETTI: l’aile de droite comporte une porte au rez-de-chaussée et deux niveaux de fenêtres alors que le bâtiment n’a qu’un étage. Erreur de l’artiste ?

Trois critiques principales peuvent être formulées à cette œuvre :

- L’aile gauche est flanquée de deux constructions qui, à notre connaissance, n’existent dans aucun autre document.

- La route reliant les thermes à l’hôpital militaire est double et très courte. Or, entre les deux lieux, la pente est beaucoup trop forte pour se promener comme les personnages dessinés.

- Les montagnes de l’arrière-plan sont bien plus raides et déchiquetées que la réalité.

Sur ce dernier point, la représentation de 1926 est bien plus conforme à la réalité. L’illustrateur de «La Corse touristique» a peut-être utilisé une photo ou une des cartes postales qui étaient alors très nombreuses.

L’établissement thermal a-t-il été bien représenté ?

Cette version de 1926 montre que le muret bordant la route est constitué de balustres avec une grande inscription «Gd Hôtel de l’Etablissement de Guagno-les-Bains». Ces modifications ont dû être réalisées pendant la «Belle Epoque», avant la première guerre mondiale, ainsi que le second étage qui rehausse le bâtiment central et qui contenait une salle à manger, une pièce banalisée et une cuisine.

L’image ci-dessous permet de mieux distinguer ces éléments.

L’établissement thermal a-t-il été bien représenté ?

Mais, dans la carte postale ci-dessous, le muret n’est pas surmonté d’une véritable balustrade en pierre. D’autre part, l’inscription contient l’adjectif «thermal» après «établissement».

L’établissement thermal a-t-il été bien représenté ?

La cour est plus agréable qu’en 1863 avec la présence d’un bassin, de deux arbres et de plusieurs arbustes. Mais la végétation était en réalité bien plus touffue comme le montrent les vues de l’époque.

L’établissement thermal a-t-il été bien représenté ?

Les modifications de l’établissement thermal de Guagno-les-Bains ont été nombreuses et il est difficile de bien les connaître avant l’utilisation de la photographie. Les travaux de 1973 ont de nouveau modifié le muret et ordonné la végétation.

L’établissement thermal a-t-il été bien représenté ?

Malheureusement, plus rien ne se passe depuis la fermeture de ses activités, et c’est bien dommage.

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 17:58

Le printemps va bientôt arriver mais l’hiver ne veut pas s’en aller. Il est arrivé tard et n’a pas été très méchant cette année. Du coup, la lutte entre ces deux saisons provoque des  changements incessants dans le ciel de Poggiolo. Les photos ci-dessous, prises mardi 15 mars en fin d'après-midi, en témoignent, avec leurs nuances de gris et un bel arc-en-ciel.

Merci à Bernard pour ces belles images.

Bataille de couleurs à Poggiolo
Bataille de couleurs à Poggiolo
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Published by Blog Poggiolo - dans Natura corsa
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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 18:03

Célébration des Rameaux

Samedi 19 mars

15 h: Coggia et Poggiolo

16h: Marignana

17 h: Balogna

17 h 30: Sagone

 

Dimanche 20 mars

9h à Murzo

9h30 couvent de Vico

11h Vico et Soccia

11h30 Evisa

15 h Renno et Guagno

 

Jeudi Saint (jeudi 24 mars) :

15 h: Adoration du St Sacrement à Poggiolo, Balogna, Sagone, Letia St Roch et Marignana

célébration de la Cène pour le secteur : 18 h à Vico

 

Vendredi Saint (vendredi 25 mars)

16 h : Letia St Martin

17 h: Sagone et Poggiolo

20h30: Evisa (avec procession)

A Vico, à 20h, adoration de la croix avec confrérie

21h : chemin de croix et procession à Soccia

 

Vigile pascale (samedi 26 mars)

19 h :  Marignana

21h : Sagone et Guagno

22 h : Arbori

 

Pâques (dimanche 27 mars)

9h30 couvent de Vico

11h Vico, Letia St Roch et Soccia

16 h : Coggia et Balogna

 

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 18:00

La Fête du Printemps de Murzo est devenue un rendez-vous bien ancré dans les Deux Sorru.

Cette année, elle se tiendra dimanche 20 mars et commencera par la messe des Rameaux en l'église St Laurent à 9h, avec une vente de «crucette» au profit de l'église.

A Crucetta désigne en Corse la croix, formée de deux feuilles de palmier, bénie solennellement le dimanche des Rameaux. Cette croix est placée dans les maisons ou les voitures. Elle rappelle la royauté universelle du Christ qui a triomphé du Monde par la Croix. 


 
Dimanche 20 mars, commencez le printemps à Murzo

Puis de nombreux artisans vous accueilleront tout au long de la journée. Parmi eux, des potiers, couteliers, fabricants de bijoux fantaisie, d'objets en bois, etc...

Des stands de chocolat, charcuterie, miel, confiture, pâtisserie vous permettront de vous régaler tout au long de la journée.

Des jeux pour les plus jeunes sont aussi prévus.

Les organisateurs vous espèrent nombreux pour fêter ce premier jour de printemps.

 

Vous pouvez lire l’annonce et le compte-rendu de la Fête de 2015 :

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 18:00

A l’occasion des protestations et des blocages du centre de déchets de Vico, la figure de Jean-Yves TORRE a souvent émergé au premier rang des contestataires du collectif «per u Pumonte pulitu». Ce militant écologiste et tiers-mondiste (voir l'article Entre Tel-Aviv et Vico), bien connu dans les Deux Sorru, est le sujet d’un grand article paru le 26 février 2016 sur le site Reporterre, le quotidien de l’écologie (http://reporterre.net/index.php). Nous le reproduisons ici avec l’aimable autorisation des animateurs de ce site.

Les propos du créateur du Festival ACQUA IN FESTA (voir l'article L'eau sera en fête du 8 au 10 mai)  ne peuvent laisser indifférent, qu’ils portent sur l’histoire de la Corse, le nationalisme, la souveraineté alimentaire… même s’ils peuvent faire grincer des dents.

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Jean-Yves Torre,

le paysan qui plaide pour une autre Corse

26 février 2016 / Gaspard d’Allens (Reporterre)

Jean-Yves TORRE, le paysan qui plaide pour une autre Corse

Depuis 40 ans que Jean-Yves Torre travaille la terre de l’île de Beauté, il a vu les campagnes tomber dans l’abandon. Alors que la Corse nationaliste est secouée de soubresauts racistes, le paysan rappelle que l’indépendance se conquiert d’abord par la souveraineté alimentaire.

 Vico (Corse-du-Sud), reportage

Les montagnes verdoyantes plongent dans le bleu azur de la Méditerranée. Sous le soleil d’hiver, la mer scintille comme la neige sur les sommets. Jean-Yves Torre habite dans le creux de la pente, sur des terres squattées qu’il a défrichées à la main après 130 ans d’absence humaine. Autour de la ferme, la broussaille partout, mêlée de buis et de chênes verts. « Ah, ça ! on ne peut pas imaginer que des personnes vivaient ici auparavant », s’exclame le paysan au milieu de son champ.

La maison en ossature bois et en paille de Jean-Yves.

La maison en ossature bois et en paille de Jean-Yves.

Pourtant, sous les ronces, il a retrouvé d’antiques aires à blé, des ruines, « en bas, il y avait une école de 80 gamins au début du XXe siècle. Depuis mon installation, j’en ai vu, des gens partir, abandonner la terre ». Les Corses ont déserté les campagnes pour les villes, répétant l’inexorable refrain de l’exode rural. 80 % d’entre eux vivent dans les grandes agglomérations et, sur les 20 % restants qui s’agrippent aux montagnes, la plupart sont des personnes âgées.

 

 « Le Corse ne fait plus vivre la campagne »

C’est un credo pour Jean-Yves, une certitude. « On a déjà été autonomes, l’île ne dépendait pas de la métropole en 1760 [1] », affirme t-il. Des centaines d’hectares de seigle étaient cultivés, la Castagniccia, dans le nord du pays, comptait 80 personnes au kilomètre carré, vivant de châtaignes et d’élevage. Aujourd’hui, cette zone est complètement vide, atteignant tout juste six habitants au kilomètre carré. Les Agriates, à l’ouest de Bastia, constituaient aussi un immense verger où poussaient figuiers, oliviers, citronniers depuis des siècles, avant de devenir une garrigue désolée, battue par les vents. 
 
« L’autonomie n’était pas seulement alimentaire, on exportait même du liège en Angleterre pour construire les mâts des navires, on possédait des briqueteries. » Mais, à partir de 1818 et de la Restauration, la Corse a été pénalisée par un système douanier pervers : toute exportation insulaire se voyait surtaxée alors que, à l’inverse, les produits de la métropole arrivaient sur l’île détaxés. La souveraineté alimentaire a peu à peu disparu. Et avec l’arrivée du capitalisme, la vie rurale a été sacrifiée sur l’autel du consumérisme.
 

Jean-Yves Torre.

Jean-Yves Torre.

« Aujourd’hui, il y a un paradoxe chez le Corse. Il a un attachement viscéral à son village, à l’image pastorale de la campagne, mais il ne la fait plus vivre, il est devenu fonctionnaire ou commercial à Ajaccio ! » Les petites communes se transforment en villages dortoirs. « Les habitants prennent la voiture le matin à l’aube et reviennent tard le soir. » Le tissu rural se meurt. 
 
La culture corse est née dans les montagnes, au contact des éléments. Une vie brute, sculptée par le vent marin, tannée par le soleil :

A fine di tùttu
Allisciàta u sole
Lambuttàta da u mare
Ghjustu un isulella »
 [2]

« C’est avec les bergers que j’ai appris la langue, pas dans les bouquins, dit Jean-Yves. Quand ils partaient en alpage, ils prenaient dans leur musette un bout de papier, un crayon, ils composaient. » Les paysans parlent la langue du pays, la chantent. Le chjama è rispondi est une joute oratoire et poétique pratiquée à l’origine par les bergers. En perdant son ancrage rural, la culture corse est-elle condamnée à se folkloriser ?
 
 « Je ne veux pas voir ce monde devenir un musée », déclare Jean-Yves. Le regard nostalgique guette la population corse, il pousse à des replis identitaires. À défaut de faire vivre la campagne, certains Corses se tournent vers le passé, s’accrochent à une identité figée, voire mythifiée. L’indépendance, qui au début s’incarnait dans des luttes concrètes contre l’accaparement de terre, la spéculation immobilière ou « le bétonnage des clubs merdes », se mue progressivement en question ethnique, raciale. La Corse est comme un arbre : on s’attache aux racines, alors qu’il faudrait regarder pousser les feuilles.


 

« Ils se sont fermés au plus beau des échanges,

celui entre les hommes » 

« Le nationalisme est une instrumentalisation politique ; je ne sais pas ce que c’est qu’un État nation, c’est abstrait. Le jour où il n’y aura plus de bateaux, nation ou pas nation, ce sera la catastrophe. » La souveraineté alimentaire et l’indépendance se construisent matériellement, petit à petit, en relocalisant l’économie, en installant des jeunes sur les anciennes terres agricoles.
 
Amer, Jean-Yves résume : « Finalement, les Corses se sont ouverts au pire de la mondialisation, à l’afflux de marchandises, en perdant leur autonomie ; mais ils se sont fermés au plus beau des échanges, celui entre les hommes. » Un non sens quand on regarde dans le rétroviseur. « Nous sommes tous métis. » Jean-Yves a de longs cheveux blonds qui lui tombent sur les épaules. Les yeux bleus. Un héritage lointain de ses ancêtres Vikings débarqués sur l’île au Moyen-Âge. Il en gardé le nom : Torre.
 
Le paysan aime se faire provocateur : « Aujourd’hui, la plupart des gens qui ont un regard sur la terre ne sont pas les exploitants agricoles corses – eux, c’est pesticides et compagnie –, ni les éleveurs de primes – ils vivent à la ville et laissent le troupeau en errance dans la brousse. Ce sont des jeunes étrangers qui font vivre le territoire, parfois des Pinzutus [métropolitains, en corse]. Julie, par exemple, produit des légumes bio dans l’est de l’île, elle est Française, c’est une bosseuse, mais on lui pourrit la vie en lui bloquant l’accès à la terre. »

Jean-Yves TORRE, le paysan qui plaide pour une autre Corse


 
Au-dessus de chez Jean-Yves, une nuée d’oiseaux noirs vole dans le ciel. Les milans et les corbeaux tourbillonnent dans les airs comme autour d’une proie. Une énorme déchetterie vient d’être creusée à un kilomètre de sa maison. À côté, dans le village d’Appriciani, les derniers volets ouverts se ferment à cause des odeurs putrides. Chaque jour, on entend les camions déverser, dans un bruit métallique, les immondices d’Ajaccio. « Voilà notre avenir, peste Jean-Yves, l’envers de la carte postale. Notre campagne est devenue la poubelle des villes. »
 
Selon le paysan, ces déchets sont les conséquences de la surconsommation et du tourisme de masse. « Nous sommes la région de France qui possède le plus grand nombre de supermarchés par rapport à sa population. Nos structures de traitement et de tri ne sont pas adaptées, nous n’avons, là aussi, aucune résilience. »


 

 « Apprendre à être à la fois praticien et philosophe »

À son échelle, Jean-Yves s’attelle à inventer autre chose. Retrouver de l’autonomie. Pour lui, elle ne rime pas avec autarcie, « c’est une autonomie avec des fenêtres ouvertes », comme il aime le dire. Il accueille, l’été, le festival Aqua in festa et quelques vacanciers désireux de découvrir une autre forme de tourisme, proche des gens et de la nature.

L’année, il produit des légumes, des fruits. « On fait notre pain, nos conserves. » Un temps, il avait 80 chèvres, et une belle basse-cour. « On fabriquait notre fromage dans notre coin, loin des normes européennes. On a toujours refusé les subventions, pour rester libres. On vendait nos produits à la sauvette, à nos voisins, dans l’illégalité. »
 

Jean-Yves TORRE, le paysan qui plaide pour une autre Corse

En choisissant une vie sobre et économe, il nourrit un combat politique. « On ne s’attaque pas à un système quand on est dedans, pieds et mains liés avec… » Autoconstruction, toilettes sèches, eau de source, chauffage au bois, il a acquis son indépendance à la force du poignet. « C’est du boulot, mais aussi un grand bonheur. »
 
Jean-Yves fait le lien entre toutes ses luttes. Sa vie personnelle se dévoile entre les lignes de l’histoire militante. Plogoff, Larzac, accueil de migrants, lutte pour l’indépendance avec le FLNC, fauchage d’OGM, création d’un front antifasciste… Cet homme a traversé le demi-siècle le poing levé malgré les pires intimidations. Sa maison a été brûlée et son cheptel décimé par des coups de chevrotine ; mais il continue. « Je suis un paysan activiste, c’est ma raison de vivre. »

Pour lui, l’acquisition de l’autonomie matérielle n’est pas séparée du politique, « il faut apprendre à être à la fois praticien et philosophe ». Les mains dans la terre, la parole s’ancre dans le réel. 
 
Dans sa maison en ossature bois et en paille, la soirée s’attarde. « Être paysan, c’est un hymne à la nature, à l’amour et à la révolte », conclut-il. Au coin du poêle, alors que le froid de janvier souffle dehors, le gaillard esquisse un sourire : « Je tiens à la révolte. » 

 

 

[1] La Corse a fait partie, durant près de quatre siècles, de la République de Gênes avant de se déclarer indépendante le 30 janvier 1735 et d’adopter la première Constitution démocratique de l’histoire moderne (1755). Cédée par Gênes à la France le 15 mai 1768, elle est conquise militairement par le Royaume de France lors de la bataille de Ponte-Novo, le 9 mai 1769 (source : Wikipedia).

[2«  Loin de tout, caressée au soleil, agitée par le mer, juste une petite île  », chant de Jean-Yves Torre.

 

Source : Gaspard d’Allens pour Reporterre

Photos : © Gaspard d’Allens/Reporterre

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 18:00

Dans le cadre des Rencontres de l’hiver au Couvent de Vico - I scontri di l’invernu, la Confrérie du père Albini, en partenariat avec l’Association des Amis du Couvent, organise le samedi 12 mars 2016, à 18 heures, au couvent de Vico, une conférence-débat sur le thème "Comprendre l’Orient aujourd’hui", avec le concours de Jacques ORSONI, professeur émérite à l’université de Corte.

Rappel : Comprendre l’Orient aujourd’hui

Une rencontre qui a pour objet de nous aider à porter

   - un regard plus éclairé sur l’histoire, la géographie, les populations et les croyances d’une région aux multiples facettes, d’où sont largement issues notre civilisation et notre culture;

   - un regard pour comprendre des événements dont l’origine et le sens nous échappent bien souvent;

   - en un mot, un regard pour comprendre, comme le disait le général De Gaulle, cet "Orient compliqué avec des idées simples".

 

Les participants qui le souhaitent pourront, à l’issue de la conférence-débat, poursuivre sur place les échanges avec Jacques Orsoni, autour d’un repas «tiré du sac». 

 

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 18:00

La bataille de la Somme, en 1916, a été meurtrière pour les Poggiolais (voir "Pas de Poggiolais à Verdun"). De son côté, un combattant originaire d’Orto a survécu, ce qui est à l’origine de la chapelle de Saint Elisée. Le numéro de mars du bulletin «Inseme» explique ce point d’histoire peu connu.

 

La Grande Guerre, pour la Corse, a été une véritable catastrophe humaine dont elle ne s'est jamais totalement remise. Depuis le village d'Orto, un grand nombre de ses enfants est parti afin de défendre la Mère patrie. Sans doute, le cœur serré, voyaient-ils s'éloigner les côtes de leur île et les visages de ceux si chers à leur cœur.

Parmi ces soldats, deux frères, Jules et Pierre BONIFACJ. Jules est officier d'artillerie. Son régiment l'a conduit dans la Somme. Là, c'est l'horreur indescriptible. Un jour, pire que les autres, où les obus pleuvent abondamment, l'un d'eux se dirige vers Jules, frôle ses jambes, mais....  n'explose pas ! Le militaire est profondément troublé. Très croyant, il fait le vœu suivant: «si cette guerre m'épargne, je ferai édifier une chapelle sur le Mont Saint Elisée»

La Grande Guerre et Saint Elisée

Dès la fin de la guerre, Jules, son frère Pierre, tous deux pratiquants, mécènes et modestes, respectent, accompagnés par leurs épouses, le serment fait un jour d'épouvante. Jules, maître d’ouvrage, et son épouse Radégonde veillent très attentivement à la réalisation du projet: ils prennent donc très régulièrement le chemin des montagnes.

Le Chanoine PASTINELLI, natif d'Orto, coiffant la casquette de maître d'œuvre, surveille également la bonne exécution des travaux (plans, emplacement sont par lui décidés). L'édification de la chapelle va fondamentalement modifier les habitudes: avant guerre, les pèlerins montaient à Saint Elisée dans la nuit du 28 au 29 août.

Le chemin était éclairé par de nombreux bûchers; l'aube voyait le retour vers le village. Les femmes chapeautées, de long vêtues, certaines montant en amazone, récitaient le rosaire tout le long du chemin.

 A présent, le 29 août, répondant à l'appel de la cloche, avec le lever du jour, les pèlerins de tous âges grimpent toujours en procession vers le mont Saint Elisée et sa chapelle.

Venant du canton, de plus loin encore, isolé ou en groupe, nu-pieds ou non, le pèlerin animé par la foi et l'espérance se dirige, non sans effort, vers le lieu consacré. Les derniers mètres étant les plus difficiles, l'arrivée dans le beau cadre bucolique est un soulagement. Tous se congratulent: les familles reconstituées en tribus, et leurs amis. Certains ne se retrouvant que ce jour-là. Selon la coutume, au pied de la statue de saint Elisée chacun fait brûler des cierges. Que de souhaits à écouter!

La cloche appelle les fidèles pour l'office en plein air et la procession lui succédant. Les yeux levés vers les cieux, munis du coutumier bouquet de genévrier (la plante bénie suscitera de bons augures dans les foyers), tous se recueillent. Prières et chants expriment ce que l'homme a de plus profond.

La Grande Guerre et Saint Elisée

La statue portée vers la vallée semble la protéger. C'est le moment où la cloche de l'église Sainte Marie d'Orto répond à l’appel. Les villageois s'unissent aux pèlerins, prient et chantent de concert. Cantique à San-Liseo, Diu vi Salvi Regina et bénédictions clôturent la célébration dont la fin est très bruyamment saluée. Chacun souhaite se restaurer. Ainsi, s'effectue une longue pause à la fontaine où se joue la seconde phase de la journée: «Après l'effort, le réconfort ».

Aux alentours du point d'eau, comme depuis un poste d'observation, l'on peut voir des têtes émerger des fougères. Tous se retrouvent à proximité de la source, pour l'eau du repas mais principalement l'apéritif. Pendant ce temps, apparaissent dans l'herbe tous nos succulents mets traditionnels (chrétien incontestablement, épicurien, sûrement). Le porteur d’eau revient vers les siens au moment où l'on ne l'attend plus, en chantonnant et les jambes flageolantes. Mais que contient-elle donc l'eau de la source Saint EIisée ? Ces joyeux moments se prolongent tard dans l'après-midi avec une balade au lac de Crena, aux bergeries de Livru. Plus tard dans la soirée, les montagnes retrouvent leur sérénité et notre belle jeunesse danse jusqu'au lever du soleil.

Depuis près de cent ans, avec le soleil ou la pluie, le grand Saint Elisée accueille en sa chapelle haut perchée des générations d'âmes croyantes. Combien de vœux ont-ils été exaucés grâce à son intercession? Nul ne le sait. Ils sont certainement nombreux!!! C'est un secret bien gardé au fond des cœurs/dans le huis clos familial. De Saint Elisée, il est dit: «Pendant sa vie, il fit des prodiges (extraordinaires), résurrection du fils de la femme de Sunem et après sa mort il opéra des merveilles».

Concernant la construction de sa chapelle, nos anciens toujours parmi nous, étant trop «jeunes», les souvenirs précis (datations) sont enfuis dans la nuit des temps, toutefois:

* Ami pèlerin, jamais n'oublies ceux qui ont participé à sa construction et les bénévoles œuvrant actuellement pour la sauvegarde de notre patrimoine spirituel.

* Ami pèlerin, jamais n'oublies les Célébrants, Pères Oblats du Couvent de Vico, nous accompagnant par tous les temps.

*Ami pèlerin, jamais n'oublies la belle histoire de Jules BONIFACJ, dont la dévotion est à l'origine de notre si belle fête. Du chaos peut naître la Lumière!!!

Afin d'éclairer le lecteur, plusieurs personnes, non sans émotion, ont communiqué leurs souvenirs: Hubert-Radegonde et Joëlle, petits-enfants de Pierrc Bonifacj, Agathe Dore, Jean-Pierre Paoli, les familles Battesti / Massimi, cousins des Bonifacj.

 

 

Pierrette-Santa Massimi

 

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  • : Le blog des Poggiolais
  • Le blog des Poggiolais
  • : blog consacré à Poggiolo, commune de Corse-du-Sud, dans le canton des Deux-Sorru (autrefois, piève de Sorru in sù). Il présente le village, ses habitants, ses coutumes, son passé et son présent.
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La vidéothèque poggiolaise

La vidéothèque poggiolaise
Les films et les photos de famille et de vacances deviennent tous, au bout de quelques années, des documents historiques  qui montrent comment les diverses générations ont vécu.
Plusieurs films des décennies 60 et 70 à Poggiolo sont visibles sur DAILYMOTION (http://www.dailymotion.com/michelfran).
Cherchez dans vos greniers si vous n'avez pas des documents à faire connaître à la communauté poggiolaise.

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Accroché à la montagne, pratiquement au bout de la route qui vient d'Ajaccio et de Sagone, POGGIOLO est un village corse de l'intérieur qui n'est peut-être pas le plus grand ni le plus beau ni le plus typé. Mais pour les personnes qui y vivent toute l'année, comme pour celles qui n'y viennent que pour les vacances, c'est leur village, le village des souvenirs, des racines, un élément important de leur identité.
POGGIOLO a une histoire et une vie que nous souhaitons montrer ici.
Ce blog concerne également le village de GUAGNO-LES-BAINS qui fait partie de la commune de POGGIOLO.
Avertissement: vous n'êtes pas sur le site officiel de la mairie ni d'une association. Ce n'est pas non plus un blog politique. Chaque Poggiolais ou ami de POGGIOLO peut y contribuer. Nous attendons vos suggestions, textes et images.
Nota Bene: Les articles utiliseront indifféremment la graphie d'origine italienne (POGGIOLO) ou corse (U PIGHJOLU).

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