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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 08:00

 

Le 14 novembre 1931, alors que la chasse aux bandits marquait le pas, Léon DAUDET attaqua au vitriol l'expédition policière et le système républicain dans son ensemble.

 

 

MAISONS ET ATTENTE 

 

   En ce samedi 14 novembre, les lecteurs du PETIT PROVENÇAL purent connaître "Les Hôtes du Maquis", c'est-à-dire la liste des douze bandits recherchés. Et, pour montrer leur dangerosité, le journal publia en première page une photo de la maison de PALNECA d'où BARTOLI avait tiré sur deux gendarmes peu avant sa mort.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 14 novembre: il faut détruire la République

 

   De son côté, L'HUMANITÉ faisait voir la maison de SPADA sur une photo encadrée par le cliché d'un garde mobile "à l'affut dans le maquis. Il semble bien qu'il n'y court pas grand risque", tout cela sous le titre "Les vrais bandits" qui exprime bien l'opinion du parti communiste.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 14 novembre: il faut détruire la République

 

   Comme ce policier, l'envoyé spécial du PETIT PROVENÇAL, François PRIEUR, pensait que "Les positions sont prises. Après l'émoi du débarquement et de l'offensive, c'est maintenant l'attente. Chaque jour peut amener sa surprise et de longs jours peuvent s'écouler sous le signe du communiqué bien connu: "rien à signaler"".

 

   En attendant des faits nouveaux, le service des renseignements avait été décentralisé. Deux inspecteurs de police mobile qui étaient à AJACCIO furent détachés "à demeure dans chacun des secteurs investis: à Sari-d'Orcino (région Spada), à Guagno (région Caviglioni) (sic), à Guitera (région Bornéa) et à Palneca (région Bartoli)."

 

 

A BAS LA RÉPUBLIQUE

 

   Le 14 novembre fut aussi le jour d'un nouvel éditorial enflammé de Léon DAUDET, intitulé "Le cabinet Laval et l'énigme corse", dans L'ACTION FRANÇAISE.

Chronique de l'épuration du maquis. 14 novembre: il faut détruire la République

   Il commençait par critiquer Pierre LAVAL, "larve montée en "homme d'Etat"" par tous les suce-pieds de la presse de grandissime information" (l'A. F. n'aima jamais LAVAL, ni avant, ni pendant la guerre).

 

  Puis, ce royaliste, qui fut député de Paris de 1919 à 1924, s'en prenait au système électoral: "ce bonneteau grotesque et honteux qui ramène, tous les quatre ans, sa provision de bavards, de cloportes et de filous au Palais-Bourbon".

 

   Pour lui, l'expédition en Corse était "une diversion bien cocasse". Le cocasse venait de la présence comme préfet de MARLIER, que l'écrivain accusait de la mort de son fils Philippe.

 

   Il relevait ensuite des faits troublants:

    - "l'orchestration de presse à grand orchestre" pour faire oublier des erreurs de Paul REYNAUD, alors ministre des Colonies: "Il n'est plus question de ce rat clignotant, tout de blanc habillé, avec le casque, depuis qu'on traque et emprisonne les ravitailleurs de Spada".

    - "le choix de la saison, qui est celle des tempêtes et des pluies, alors qu'il était loisible de procéder à cette épuration en juin, juillet et août, ce qui eût en outre épargné la vie des récentes victimes du banditisme".

    - "Enfin, la rigueur des mesures prises vis-à-vis de toute une population honnête, dont la colère, m'assure-t-on, commence à gronder sourdement."

 

   Il mentionnait ensuite les hommes politiques (ANQUETIL, CELICE, STEEG, SARRAUT, MARLIER) qu'il accusait de crimes dans les colonies, "dans des conditions plus atroces que celles infligées à leurs victimes par les Spada et les Bartoli". Et comme les efforts de moralisation n'aboutissent pas, la France s'affaiblit et les Allemands en profiteront: "un beau matin, on apprendra que les "Casques d'acier" sont entrés simultanément en Lorraine et en Alsace".

 

  La conclusion royaliste s'imposait donc logiquement:

 

   "Tout cela prouve que le mal qui attaque la France est intimement lié au régime; qu'aucun changement de gouvernement, qu'aucune rotation, qu'aucune élection, qu'aucun changement du mode de scrutin ne saurait plus arrêter la marche de la pourriture de démocratie, comparable à la pourriture d'hôpital. Delenda est Republica. Il faut détruire la République. C'est la besogne urgente et nécessaire".

 

Affichette royaliste du XXIe siècle.

Affichette royaliste du XXIe siècle.

 

 

PREMIÈRES CARICATURES

 

   Des caricatures avaient commencé à être publiées, dès le 9 novembre pour LE PETIT MARSEILLAIS. La chasse aux bandits corses inspira de nombreux dessinateurs. Comme exemple, voici le dessin que publia le 14 novembre le journal L'ŒUVRE, dessin qui a été repris par Ralph SCHOR dans sa communication déjà mentionnée. Il fut également publié dans L'ECHO D'ALGER le 16 novembre.

 

 

Chronique de l'épuration du maquis. 14 novembre: il faut détruire la République
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13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 20:03
58 mètres carrés à vendre à Soccia

 

 

Une maison de Soccia est en vente. L'annonce vient de paraître sur internet.

 

Voici ce qui est inscrit sur le site Capifrance. Le texte est le même sur lesiteimmo, avec la même faute d'orthographe ("aucun travaux" au lieu de "aucun travail").

 

Il existe même une version en anglais, pour des acheteurs étrangers.

 

Qui en profitera?

 

58 mètres carrés à vendre à Soccia
58 mètres carrés à vendre à Soccia

 

DESCRIPTION DU BIEN

 

Superbe maison T3 de village à Soccia 


138 000 €


Pour les amoureux de la nature, à deux pas des piscines naturelles de Zoicu super pour les amateurs de canyoning, point de départ de la balade pour le lac de Creno et sentier pédestre pour rejoindre le GR20


A 1h15 d'Ajaccio et des calanques de Piana
A 45min du golfe de Sagone


La maison se compose au rez-de-chaussée (côte jardin) d’un salon, d'une salle de bain et d'un wc séparé. Surface totale 18m2
Un jardin avec terrasse en carrelage terre cuite
A l’étage intermédiaire une pièce à vivre : Cuisine ouverte et salle à manger. Surface totale 20m2.
Au dernier étage 2 chambres dont une traversante. Chacune de 10 m2.
Grenier aménageable de 20m2
Chauffe eau neuf et parabole neuve changés en février 2021.
Électricité aux normes. Tout à l’égout.
Aucun travaux à prévoir.
La maison est au calme, dans le quartier surplombant le village avec une vue panoramique
Parcelle supplémentaire en face de la maison de 40 m2 appartenant au lot
Taille idéale et excellent agencement des pièces avec beaucoup de lumière et de perspective
Surface total 58 m2



Les honoraires sont à la charge du vendeur. Réseau Immobilier CAPIFRANCE - Votre agent commercial Elsa LLORET 06 38 29 90 55 - Plus d’informations sur le site de CAPIFRANCE (réf.744769)

  •  Prix du bien hors frais notariés, d'enregistrement 138 000 €
  •  et de publicité foncière
  •  
58 mètres carrés à vendre à Soccia
58 mètres carrés à vendre à Soccia
58 mètres carrés à vendre à Soccia
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13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 08:00

 

 

 

SPADA EN VEDETTE

 

  Une nouvelle positive pour les lecteurs du PETIT PROVENÇAL du vendredi 13 novembre 1931: en "une", l'annonce et la photo de l'arrestation, près de Palneca, d'un "complice des bandits" anonyme.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 13 novembre: couvre-feu dans les Deux Sorru, Spada en vedette, combien d'arrestations?

 

   Pour compenser cet anonymat et pour illustrer le premier article de son "envoyé spécial" François PRIEUR (1885-1963), de son vrai nom  François ANTONORSI, le journal publia également le visage de SPADA, le bandit-vedette.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 13 novembre: couvre-feu dans les Deux Sorru, Spada en vedette, combien d'arrestations?

 

   LE PETIT MARSEILLAIS fit de même en publiant sa « dernière photo », photo tirée de l’interview filmée du 24 février 1931  par les journalistes de Pathé Cinéma Harry Grey et Christine Hubert, qui eut un grand succès dans les salles de cinémas françaises et étrangères.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 13 novembre: couvre-feu dans les Deux Sorru, Spada en vedette, combien d'arrestations?

 

COMBIEN D'ARRESTATIONS 

 

 

   Les journaux n'arrivaient pas à s'accorder sur le nombre des personnes arrêtées. 

   L'ACTION FRANÇAISE et LE POPULAIRE, organe du parti socialiste S.F.I.O., de ce jour donnèrent le même bilan de 77 arrestations, dont 2 à COGGIA et à MARIGNANE (la même faute de frappe se retrouve dans les deux journaux qui ont dû utiliser la même dépêche de l'agence Havas). L'HUMANITÉ arrivait au chiffre de 174: faute de frappe également ou volonté de montrer la lourdeur de la répression?

 

   Cette lourdeur était décrite par François PRIEUR:

    "Un hydravion survole la baie de la ville. L'aviso "Toul" défile au large. Des gardes mobiles rentrent au pas cadencé. (...) Il continue à pleuvoir sur Ajaccio qui commence à pavoiser pour la journée de l'Armistice.

    J'ai parcouru en auto quelques coins de montagne occupés par les détachements de gardes mobiles. (...)

    Tous les villages que nous rencontrons ont à peu près le même aspect d'humbles maisons de pierre nue, perchées sur des hauteurs, rangées le long de la route, accrochées à la pente d'un mont, et dès l'entrée, des fourgons automobiles, des uniformes de gardes mobiles, la popote en plein air.

    Les gardes ne sont pas logés chez l'habitant. On a fait évacuer un certain nombre de maisons, dont les occupants se sont logés chez les voisins comme ils ont pu."

 

 

COUVRE-FEU DANS LES DEUX SORRU

 

 

   La polémique s’était alors déclenchée pour savoir si la Corse subissait l'état de siège. Tous les quotidiens de ce jour publièrent le communiqué suivant émanant des autorités gouvernementales :

 

    "Si l'état de siège n'a point été proclamé, comme on l'a dit, la circulation des habitants et des automobiles est, du moins, strictement réglementée. A 21 heures, dans les villages de Sari-d'Orcino, domaine de Spada; de Guagno et de Vico, domaine de Caviglioli, au Nord d'Ajaccio; de Guitera, où opérait Bornéa, et Palneca, où opérait Bartoli, à l'Est du chef-lieu, tout le monde doit avoir regagné son habitation.

    Quant à la circulation des automobiles, elle est plus rigoureusement encore réglementée. Ne peuvent franchir les postes de gardes, installés sur toutes les routes, que les automobilistes dûment autorisés. Les consignes, données aux gardes, sont extrêmement sévères. En aucun cas, un garde ne peut circuler seul et tous doivent être constamment armés. Dans les secteurs où les bandits se sont réfugiés, gardes et gendarmes ont l'ordre de tirer sur toute personne qui ne s'arrêterait pas à la première sommation. Telle est la rigueur des consignes."

 

 

LA TERREUR POLICIÈRE

 

 

   Mais L'HUMANITÉ n'avait pas le même point de vue.   

   Un article, toujours non signé, s'intitulait: "Dans l'île en état de siège, la terreur policière s'étend", avec un inter-titre: "Défendons les paysans corses!":

 

Chronique de l'épuration du maquis. 13 novembre: couvre-feu dans les Deux Sorru, Spada en vedette, combien d'arrestations?

 

"La Corse est en état de siège. Nous l'avons dit. Les journaux bourgeois l'ont avoué. Un demi démenti officiel a été publié hier par le journal Le Temps. Mais le fait n'est pas contrôlable.

   La circulation est interdite. Les routes sont coupées. Le cri: Haut les mains! retentit partout.

   On arrête en masse: 174 personnes sont déjà sous les verrous. Quel est donc ce régime, sinon celui de l'état de siège?

   (...)

   Dans la zone occupée, la population brutalisée par la soldatesque gronde sourdement. Plusieurs envoyés de journaux signalent l'attitude de fierté et de protestation des paysans corses maltraités par les pandores qu'ils regardent avec un mépris hautain et qu'ils se refusent à renseigner sur les "hors la loi".

   (...)

   "Des cantons entiers subissent une occupation militaire odieuse. Contre les politiciens et les gros bourgeois corses, seuls responsables de la résistance du banditisme, il faut défendre les honnêtes paysans de l'île, victimes de l'état de siège."

 

   De son côté, Léon BANCAL, continuant l'étude du "problème du banditisme" dans LE PETIT MARSEILLAIS, constatait, en racontant plusieurs règlement, de comptes, que "l'ennemi le plus implacable du bandit, ce n'est pas le gendarme, c'est le bandit".

 

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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 18:00

 

Dans son deuxième article sur l'histoire de notre village, Marina CHOVIN s'est concentrée sur Guagno-les-Bains. Le premier avait été consacré aux églises et cimetières (voir ICI).

 

Texte et photo (tirée du Blog des Poggiolais) parus dans ARRITTI, "settimanale naziunalistu corsu", numéro 2721 (du 4 au 10 novembre).

 

Guagno-les-Bains dans Arritti

U Pighjolu (siconda parte)

 ikke barnet ut med badevannet.
Ùn ghjittate u ciucciu cù l’acqua di u bagnu. (pruverbiu Norvegianu)

Salute à tutte è à tutti. Cuntinuemu à nostra scuperta di u paisolu di u Pighjolu è, per esse precisa di più, di I Bagni. Fate casu chì Guagnu è i Bagni sò sfarenti : a ghjente di i Bagni sò i Bagnighjanti è quelli di Guagnu sò i Guagnesi. Sò i Francesi ch’anu chjamatu i Bagni Guagno-les-Bains, chì à l’epica I Bagni facìanu parte amministrativamente di Guagnu. Hè un prifettu à u XIXsèculu chì hà cacciatu I Bagni à Guagnu par dalli à u Pighjolu.

Si tròvanu accantu à una via d’impiaghjera impurtantìssima, è era l’occasione pè i pastori d’addunìscesi à e Caldanne, cum’ella si dicia tandu. Ma ci vole à aspettà 1711 da chì l’abitatu si sviluppi, è ch’elli sìanu stallati trè bacini di granitu.
Avete i rumatìsimi, e dermatosi ? Andate puru à I Bagni chì l’acque termale zulfurate è sòdiche fàcenu prò. Sò duie e surghjente: quella Venturini, a principale, è quella Coghja, l’acque surtendu trà 33 è 49 gradi. Oghje, hè scrittu nant’à una lastra chì quì « Napulione III è a so moglie anu pigliatu l’acque». Or’si sà chì ghjè falsu. Eppuru, ci sarebbe da chì fà una storia più interessante. Èccuci di 1787: Napulione u Primu è a so mamma Letizia fàcenu una cura, cum’è una astra figura stòrica impurtante, Pasquale Pàoli, chì ci andava guasgi tutti l’anni. Ci vole à ammintà chì, à l’èpica, I Bagni èranu i più famosi di Còrsica.
Astra leia cù Napulione u Primu: ghjè ellu chì, u 18 d’aostu di u 1808, stallò un cuntrollu medicale è un mèdicu incaricatu di ispettà l’acque minerale, marchendu u veru principiu di a spluttazione di a stazione termale.
À pàrtesi da 1845 è sin’à 1856, mentre u regnu di Louis- Philippe è Napulione III, si custruisce u casamentu in forma di U, tìpicu di u Sicondu Imperu. Eppuru di 1883 l’uspedale militare hè chjosu è lasciatu à caternu.
À u principiu di u XXsèculu, u rughjone era cuntrullatu da u banditu Francescu Caviglioli. U 17 d’aostu 1931, ellu è i so dui nipoti Ghj. B. Torre è S. Caviglioli ghjùnsenu à I Bagni è sottu à a minaccia di fucili arrubonu i clienti di parechje usterie. Dopu, chjamonu à Michele Simongiovanni, u patrone di e terme, chì t’avia ricusatu di pagà quant’ellu vulia u banditu. Cum’è Michele ùn rispose, i trè banditi si n’andonu, tirendu ver’di u stabilimentu è tumbendu à un omu. Ghj. B. Torre fù arrestatu u 10 di ferraghju 1932, addurmintatu da frittelle chì c’era un supurificu, ma fù a ruina di i Bagni. 

 

Marina Chovin

 

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12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 08:00

 

   Les Deux Sorru eurent une place de choix dans la presse du 12 novembre 1931.

 

 

LA LIBÉRATION DE GUAGNO-LES-BAINS

 

   LE PETIT PROVENÇAL décrivit ce jour-là, dans un article daté du 11, le déplacement de commissaires de la police mobile pour contrôler des informations sur la présence de SPADA:

 

    "Par la route en lacets qui longe d'abord le golfe de Sagone, découvrant à chaque tournant des sites sauvages et pittoresques, puis qui grimpe vers Sari-d'Orcino, l'automobile des policiers a atteint Vico.

    Les forces de la garde mobile et de la gendarmerie qui, depuis 3 jours gardent toutes les routes et tous les chemins de ce secteur, n'avaient constaté, au cours de la nuit, aucun déplacement suspect à Vico.

    A Guagno-les-Bains, la police mobile a été beaucoup mieux accueillie qu'autrefois. Le fait d'avoir arrêté la plupart de ceux qui, ouvertement, étaient en relation avec le bandit Spada a redonné confiance aux honnêtes gens terrorisés. Des renseignements intéressants ont été recueillis, qui pourront être utilisés dans un avenir que l'on croit très prochain."

 

 

   Le compte-rendu du déplacement des policiers est reproduit de façon totalement identique (à l'exception de la phrase sur la route de Sagone à Vico) dans plusieurs journaux, comme L'OUEST-ECLAIR ou LE JOURNAL DES DÉBATS.

 

   Guagno-les-Bains est ainsi mis en valeur car la station thermale était devenue un symbole de la puissance du banditisme depuis l'agression sanglante du 17 août 1931.

 

    Pour mieux montrer l'adversaire, ce texte était illustré par une photo d'un "type de bandit" conforme aux stéréotypes de cette époque.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 12 novembre: la libération de Guagno-les-Bains.

 

   LE PETIT MARSEILLAIS se distingua de la masse avec son envoyé spécial Jean AICARDI  qui préféra envoyer un article décrivant minutieusement la maison de SPADA, dans le golfe de Lava, au-dessous de Calcatoggio, et l'organisation de ses activités:

 

"André Spada, outre qu'il assure sous le nom du frère de sa maîtresse Jules Leca le service postal Ajaccio-Lopigna, s'occupe d'industrie forestière. Avec le concours de plusieurs équipes de journalistes [sûrement une erreur pour "journalier"] italiens, il exploite la forêt située en contrefort, derrière la Punta, de l'autre côté du vallon de Calcatoggio".

 

 

GÉOGRAPHIE DU BANDITISME

 

    Pour mettre de l'ordre dans l'esprit de ses lecteurs, LA CROIX donna la liste des "régions centrales de l'île (où) le banditisme (avait été) érigé en "industrie":

 -"Balogna, Guagno, Vico, ancien fief de Caviglioli, où l'on traque ses alliés;

  -Lopigna, théâtre d'un massacre dont l'auteur est le bandit Spada;

 -Palneca, résidence du bandit Bartoli;

 -Cozzano et Zicavo, localités où Bartoli exerçait son industrie sanglante;

 -Prunelli, clé du Fium'Orbo, où se cachent de nombreux hors la loi,

 -et Vezzani, où fut tué le bandit Perfettini, apache marseillais réfugié au  maquis."

 

 

 COMBIEN D'ARRESTATIONS ? 

 

    Un premier bilan des arrestations parut ce jour-là dans les journaux, avec des chiffres différents: 48 pour LA CROIX, 61 pour L'HUMANITÉ et LE JOURNAL DES DÉBATS. Pour LE PETIT PROVENÇAL, il y avait eu 74 arrestations "pour complicité ou recel de malfaiteurs:

1° L'affaire du bandit André Spada a amené six arrestations, sa maîtresse Antoinette Leca, 34 ans, sa mère, la veuve Antoinette Leca, 72 ans, Pascal Leca, 20 ans, fils naturel du bandit Romanetti et deux comparses.

2° Pour le recel des bandits Caviglioli et Torre, 22 arrestations ont été opérées dans le secteur de Guagno. Au nombre des individus appréhendés figurent un propriétaire, Paul Benedetti, 50 ans, une hôtelière de Sagone, Marie Casanova, 36 ans, l'entrepreneur du transport postal, François Cipriani, un commerçant d'Ajaccio, Amédée Di Fabio, tailleur; le chauffeur d'automobile André Gardella."`

   Le journal ajoutait six arrestations dans l'affaire BORNEA  et trente-six dans l'affaire de BARTOLI, ce qui ne fait pas les 74 annoncées.

 

     Quant au PETIT MARSEILLAIS, qui employa pour la première fois l'expression "la répression du maquis corse", il en était à 117 arrestations !

 

 

DES PAUVRES BOUGRES MANIPULÉS

 

   De son côté, L'HUMANITÉ se distingua en répétant l'analyse assénée le 9 novembre:

  "Tous les "bandits" corses sont de pauvres bougres qui, après avoir pris le maquis à la suite d'un coup de tête ou d'un acte de vengeance, deviennent des voleurs et des assassins très vulgaires. Mais on ne peut oublier qu'il y a peu de temps encore tout le beau monde flirtait avec eux. Les gens de la Haute, mâles et femelles, leur rendaient visite dans le "Palais Vert". Les journalistes montaient jusqu'à leurs repaires pour les interviewer. Les Spada et les Bartoli posaient devant les photographes et les cinématographes. On nous relatait leurs exploits, leurs amours.

   Et pendant de temps les bandits faisaient de bonnes affaires avec les coquins capitalistes qui mettent en coupe réglée "l'Ile de Beauté" et avec les politiciens dont ils se constituaient, contre espèces sonnantes et trébuchantes, les agents électoraux."

 

   Léon BANCAL avait fait pratiquement le même constat la veille dans un article du PETIT MARSEILLAIS sur "L'utilisation sociale du bandit" en citant la vieille sentence corse: "Pulitica e donna son i castichi di l'omù" (la politique et la femme sont les châtiments de l'homme) !!!

 

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 18:06

 

Le temps humide n'a pas empêché la tenue de la célébration du 11 novembre à Poggiolo. 

 

Les élus et les habitants présents se sont réunis auprès du monument aux morts.

 

Après un mot du maire Jean-Laurent, Lucie a lu le message de Geneviève DARRIEUSSECQ, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants.

 

Puis, le maire et le premier adjoint Jean-Silius ont déposé une gerbe au pied du monument qui était abondamment décoré de fleurs et de drapeaux. 
 
 
Après une minute de silence, un apéritif convivial a terminé la matinée.
 

 

Photos Bernard Franceschetti
Photos Bernard Franceschetti
Photos Bernard Franceschetti
Photos Bernard Franceschetti
Photos Bernard Franceschetti

Photos Bernard Franceschetti

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 08:00

 

  Le 11 novembre 1931, jour de la victoire de 1918, la première page du PETIT PROVENÇAL montra que l'opération policière en Corse était passée à un cran supérieur.

 

    Tout d'abord, la zone d'intervention s'élargit géographiquement: en plus de ZICAVO et de GUITERA, les cantons de SARI d'ORCINO  ("où Spada a établi son quartier général") et de VICO ("résidence de Torre et de Caviglioni, le neveu") devenaient les nouveaux objectifs. Une faute de frappe à signaler: l'orthographe de CAVIGLIOLI.

   Une médiocre photo était censée montrer le maquis de cette zone.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 11 novembre: Objectif Vico.

 

   Un film d'actualités britannique (British Movietone) est plus intéressant car il montre Vico, même si c'est de façon très brève.

   On voit une auto-mitrailleuse rouler dans le cours Paul Fontana puis prendre la route de Letia. Vico était le centre du dispositif policier contre SPADA.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 11 novembre: Objectif Vico.
Chronique de l'épuration du maquis. 11 novembre: Objectif Vico.

 

 LE GOUVERNEUR DE LA  CORSE

 

     LE PETIT PROVENÇAL décrit l'organisation de la répression comme quasiment militaire:

    "A la fin de la première journée d'opérations, dans le cabinet du préfet, une sorte de Conseil de guerre était réuni. Tous ceux qui, depuis la veille au soir, avaient battu la montagne ou fouillé le maquis, venaient rendre compte de leur mission, la gendarmerie locale, puis les commissaires spéciaux, ces derniers guêtrés de cuir et sanglés de vareuses de drap fort, et, enfin, siégeant, près du préfet, le général Fournier, gouverneur de la Corse."

    Ce titre de gouverneur pouvait intriguer. Il était expliqué plus loin:

    "Pour ne pas entraver l'action de la force armée, afin qu'elle ne reçoive pas des ordres différents, le préfet de la Corse s'est dessaisi de ses pouvoirs de police, qu'il a transmis au général Fournier, commandant supérieur de la défense en Corse. De ce seul fait, les régions occupées sont placées sous le régime de l'état de siège. Cette situation, bien qu'entraînant parfois des cas difficiles, est supportée avec la plus grande résignation par la population qui comprend maintenant la nécessité qu'il y avait à prendre de pareilles mesures."

 

   A un autre moment de l'Histoire de France, l'armée reçut les pouvoirs civils: ce fut à l'occasion de la "bataille d'Alger" pour détruire les terroristes du FLN en 1957. Mais le parallèle est-il bien à propos?

 

 

LA LUTTE CONTRE LES INTEMPÉRIES

 

   De son côté, L'ACTION FRANÇAISE, hostile à cette opération, donnait une vision très différente en insistant sur les difficultés provoquées par les intempéries:

  "Un temps affreux a sévi sur la Corse pendant toute la journée;" (il s'agit du 10 novembre) "nulle opération nouvelle n'a été faite et les forces de police se sont contentées de veiller minutieusement aux abords des localités entourées hier" (donc, le 9 novembre). "Les routes sont détrempées par la pluie et l'on signale que quelques voitures militaires sont restées embourbées."

 

   Tout à fait opposée est la vision héroïque du journal marseillais:

   "Samedi (c'est-à-dire le 7 novembre, jour du débarquement), à minuit, lorsque les premières colonnes s'ébranlèrent, la tempête battait l'île tout entière. Parmi les rafales de vent, sous une pluie violente, les dix-huit pelotons de trente-cinq gardes mobiles s'étaient mis en route. Chaque groupe était précédé de deux auto-mitrailleuses blindées. Devant ce déploiement de forces imposantes, les paysans qui descendaient de la montagne s'arrêtèrent interdits."

   On peut se demander s'il y eut vraiment beaucoup de Corses qui virent ce spectacle en pleine nuit et dans la tempête.

 

   Le quotidien royaliste répercuta également le bilan publié par les autorités officielles:

   "soixante et une arrestations; en outre, une demi-douzaine ont été opérées dans la région de Vico, mais non encore officiellement annoncées".

 

   Dans LE PETIT MARSEILLAIS, l'autre journal de Marseille, Jean AICARDI décrit l'investissement du repaire de SPADA à la Punta, lieu pittoresque: "la Punta est un piton qui surplombe le golfe de Sagone, et d'où on a un coup d'œil superbe sur la mer". Les gardes mobiles y arrêtèrent Antoinette LECA (orthographiée LECCA dans l'article), maîtresse de SPADA, sa mère et son frère Pascal LECA (également écrit LECCA) qui avait succédé à sa sœur dans l'entreprise de transport postal Ajaccio-Lopigna dont SPADA s'était emparé par la violence. 

 

   Son concurrent, LE PETIT PROVENÇAL, insista sur les découvertes d'armes:

   "A la bergerie de Punta, près de Calcatoggio, dans le fief de Spada, la gendarmerie saisit trente fusils, dont vingt Mauser, de nombreux para-bellum et des munitions en quantités impressionnantes".

 

  Une curiosité: sur les 25 articles consacrés par L'ACTION FRANÇAISE à la question corse en novembre 1931 (voir la communication de Ralph SCHOR déjà mentionnée), celui du 11 semble être le seul à avoir été surtitré "L'épuration de la Corse".

 

 

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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 12:00
Cérémonie à Soccia

 

Le maire Jean-François Bartoli convie toute la population de Soccia

 

le jeudi 11 novembre

à 11h30

 

à une petite cérémonie devant le monument aux morts.

Après le discours et le dépôt de gerbe, s'ensuivra un moment convivial. 

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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 08:00

 

Le 10 novembre 1931, Léon DAUDET, dans L'ACTION FRANÇAISE, montra la similitude entre les politiciens et les bandits du maquis.

 

 

LE CALME LE PLUS ABSOLU

 

  Le 10 novembre 1931, la première page du Petit Marseillais débuta par la photo de BARTOLI abattu.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 10 novembre: Les bandits de Paris

 

   Puis, son envoyé spécial Jean AICARDI décrit un "véritable état de siège": communications téléphoniques et télégraphiques coupées, barrages de gendarmerie, présence d'auto-mitrailleuses dans chaque localité.

 

   Moyennant quoi, le journaliste put visiter "à travers un secteur d'occupation", "muni d'un brassard officiel d'état-major, le secteur de Lopigna et de Sari d'Orcino, où règnent le bandit André SPADA et son frère Sébastien".

 

   Conclusion?

   "Nous avons constaté le calme le plus absolu sur la route sinueuse qui dévale de Lopigna vers Ajaccio, par les cols de Saint Antoine et de San-Bastiano. Ailleurs, aussi bien à Palneca que dans la région de Sagone, il en avait été de même".

 

 

LÉON DAUDET CONTRE LES BANDITS DE PARIS

 

   Mais un autre journal fit parler de lui ce jour-là: L'ACTION FRANÇAISE.

 

   Le quotidien nationaliste et royaliste donna son point de vue sous la plume de Léon DAUDET (le fils de l'auteur des "Lettres de mon moulin") qui occupait journellement la colonne de gauche de la première page tandis que "La Politique"  de Charles MAURRAS se trouvait toujours au centre.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 10 novembre: Les bandits de Paris

  

   Le titre de l'éditorial était "Bandits corses et bandits de Paris". Le truculent DAUDET faisait la comparaison entre les deux catégories, les bandits de la capitale étant les politiciens corrompus.

 

 

    Le texte débutait en rappelant que l'on disait la Corse était dangereuse et que:

 "l'un des auxiliaires des redoutables rançonneurs avait obtenu le mandat de conseiller d'arrondissement! C'est cocasse. Mais il est encore plus cocasse de voir un garde des Sceaux (Raoul Péret) recevoir une enveloppe mensuelle d'un voleur (Oustric), et n'encourir de ce fait que le blâme des sénateurs-juges. Il est encore plus cocasse de voir un ministre des Finances (Klotz) signer des chèques sans provision".

 

   Pour DAUDET, comme pour tous les maurrassiens, jouer des muscles ne suffit pas à créer l'ordre. Le véritable ordre ne peut exister que par la Monarchie. Les vrais bandits sont dans les cercles politiques parisiens. Dans ce refus de se joindre au camp des conservateurs primaires, et dans la dénonciation du système en place, on voit là un point commun avec les communistes (voir l'article précédent).

 

Léon Daudet.

Léon Daudet.

 

   L'éditorialiste poursuivait le parallèle entre les deux sortes de bandits:

 

    "Les procédés des bandits corses étaient des procédés rudimentaires, primitifs, des chantages ouverts et sylvestres, respirant la solitude et les senteurs âcres de la brousse parfumée. Ils avaient comme décor une table d'auberge, une feuille de papier d'emballage, un verre et une bouteille de ce vin corse, que pour ma part je trouve exquis, de saveur unique et pouvant tenir tête à n'importe quel produit de Touraine, d'Anjou ou du Beaujolais. Quand la somme convenue était versée, le rançonneur et le rançonné se quittaient bons amis. (...)

 

   Quelle différence avec nos bandits de Paris, contre lesquels aucune expédition punitive n'est jamais dirigée, ni, si elle est amorcée, - sous la pression de l'opinion - n'aboutit jamais!"

 

   Il citait ensuite l'exemple de Georges ANQUETIL, indicateur de police et escroc protégé par plusieurs politiciens, et il continuait:

 

   "Pour ma part, je préfère de beaucoup un Romanetti, ou n'importe quelle autre terreur du maquis, à cet écumeur de la jungle parisienne. Anquetil est un de ces êtres d'abjection qui devraient avoir le col coupé... en commençant par les pieds.

 

   Rien ne nous dit qu'il ne sera pas député, sénateur, voire ministre, un de ces jours. Il commandera alors à la maréchaussée et organisera des expéditions punitives.

 

   Mais à la tête de la Corse elle-même, tout récemment, il y eut, comme préfet, le sanglant bandit Marlier, organisateur, avec Lannes, beau-frère de Poincaré, de l'assassinat d'un enfant de quatorze ans et demi. Comment s'étonner de l'état archaïque de la justice en Corse, quand ce beau pays a été commandé, pendant des années, par un "Soleilland"  de cette espèce, que la Chambre, en 1924, avait, à l'unanimité, flétri. Il était dès lors très facile à prévoir, et nous n'y manquâmes point, que des conséquences de sang suivraient le maintien en fonctions du protégé de Millerand."

 

   Albert Soleilland était un ébéniste qui, en 1907, viola, tua et dépeça une fillette de 11 ans et dont le procès entraîna un grand débat sur la peine de mort. Le préfet Marlier était comparé à lui car Léon DAUDET l'accusait d'être l'instigateur d'une  machination policière qui avait abouti à la mort mystérieuse de son fils Philippe DAUDET en 1923.

 

   "La vérité est que le banditisme est beaucoup plus virulent et mieux organisé dans la police politique de Paris que dans le maquis corse. Les auxiliaires des bandits de Paris: un Mouton, directeur des Affaires criminelles à la Chancellerie; un André Benoist, directeur de la Police judiciaire; un commissaire tel que Benezech, un "expert" tel que le fameux Bayle, ont certes une autre importance et une autre surface que ceux et celles qui gardaient les chevaux et abritaient les fusils des vedettes corses de l'attaque à main armée. Ajaccio n'a pas à rougir. La ville de Paris lui rend des points; et que dire de ce jury de la Seine qui a acquitté la meurtrière de Plateau, la fille de police Germaine Berton, le meurtrier de Petliura, et condamné PAR ORDRE à cinq mois de prison le père du petit Philippe assassiné!"

 

   DAUDET fait ici allusion à des assassinats de personnalités royalistes qui auraient été organisés par la police politique.  

 

   "Telles étaient les réflexions qui me venaient à l'esprit en lisant que "l'épuration de la Corse se poursuit avec énergie et méthode"... Et l'épuration de Paris, quand la commence-t-on?"

 

 

DÉBUT DE L'EPURATION

 

   Il faut remarquer que, dans Le Petit Provençal de ce 10 novembre, fut employée pour la première fois, en sur-titre, l'expression "L'épuration de la Corse", qui fut l'intitulé de la rubrique corse dans de nombreux journaux pendant tout novembre 1931.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 10 novembre: Les bandits de Paris
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9 novembre 2021 2 09 /11 /novembre /2021 08:00

 

   Le lundi 9 novembre 1931, Le Petit Marseillais se distingua mais pas autant que L'Humanité qui critiqua vivement le gouvernement.

 

 

PREMIERS RÉSULTATS

 

   Ce jour-là, en même temps qu'il décrivait le débarquement des policiers à Ajaccio, Le Petit Provençal annonça les premiers résultats:

 

 "Plusieurs amis et complices de Bartoli sont arrêtés à Ajaccio.

Le bandit Santoni aurait été tué"

 

    En fait, on avait arrêté le beau-frère du bandit Séverin MORAZZANI et le conseiller d'arrondissement de Zicavo. Quant à SANTONI, il "aurait été tué dans une embuscade", sans plus de précisions.

 

    La plus grande partie de l'article du quotidien marseillais était consacrée à Antoinette MANCINI, fille de Nonce ROMANETTI et belle-sœur de Madeleine MANCINI. Elle était alors à Paris pour tenir des réunions pour faire l'éloge de son père et pour prouver l'innocence de Madeleine, toujours incarcérée à Montpellier. A ce propos, les lecteurs eurent droit à la version MANCINI de l'affaire de LAVA.

 

L'ENTRÉE DANS LE MAQUIS

 

   De son côté, dans Le Petit Marseillais, Léon Bancal tenta d'expliquer comment l'on devient bandit. 

 

   Le bandit n'est pas forcément un malfaiteur mais c'est quelqu'un qui a eu "un malheur" et qui se réfugie dans le maquis car il n'a pas confiance en la justice. Mais il n'y reste pas longtemps.

 

   Les autres, les vrais bandits "sont presque tous de mauvais sujets". Déjà condamnés pour vol, c'est le meurtre qui les fait aller au maquis. Mais parler de "bandits d'honneur" est une erreur.

 

   Contrairement à une réputation dont les Corses étaient victimes, le journaliste marseillais remarquait: "Eu égard à cette quantité d'armes et au tempérament pointilleux et susceptible de l'insulaire, les meurtres y sont relativement moins nombreux que sur certaines autres parties du territoire".

 

   En conclusion, "ne devient pas bandit qui n'a pas de dispositions pour le devenir [...]. Le bandit n'est qu'un malfaiteur qui se met hors-la-loi".

 

 

UN BON POINT POUR LE PETIT MARSEILLAIS

 

   Dans la même livraison, le journal de Léon BANCAL reproduisit avec un plaisir évident les éloges du général de gendarmerie HUOT, de retour des obsèques d'Ajaccio:

 

   "L'histoire du drame de Balogna et celle de la mort du bandit BARTOLI ont été fidèlement rapportées dans Le Petit Marseillais. J'ai eu d'ailleurs plusieurs entrevues avec votre collaborateur AICARDI qui suit de très près et avec une conscience professionnelle qu'il me plaît de souligner, les événements qui passionnent l'opinion publique en ce moment".

 

 

Chronique de l'épuration du maquis. 9 novembre: Non à la justice bourgeoise!

 

L'humour ne perdait pas ses droits dans ce journal dirigé par Gustave BOURRAGEAS et un dessin fit allusion à la Corse le 9 novembre.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 9 novembre: Non à la justice bourgeoise!

 

NON À LA JUSTICE BOURGEOISE !

 

   Mais l'événement important de la journée pouvait se lire dans une autre publication. Contrairement à l'ensemble de la grande presse, favorable à la répression, le quotidien communiste L'HUMANITÉ prit une position particulière, à propos de la mort de BARTOLI, sur laquelle peu de renseignements avaient encore filtré.

 

    L'article non signé, occupant une demi-colonne en première page, présentait le "bandit" BARTOLI (les guillemets sont du journal) comme la victime d'un patron et d'un hôtelier, ce qui d'ailleurs était vrai. Pour le journal du P.C.F., BARTOLI et ses congénères avaient été manipulés par la bourgeoisie qui s'en débarrassait car ils ne lui étaient plus utiles. La justice bourgeoise n'est qu'une comédie qui ne s'occupe plus des formes pour défendre ses intérêts.

 

Chronique de l'épuration du maquis. 9 novembre: Non à la justice bourgeoise!

 

   Voici le texte complet expliquant le point de vue communiste:

   "Nous avons indiqué brièvement, hier, que Bartoli n'avait pas été tué par les gendarmes, mais assassiné par un patron, de la bande novie des coupeurs de forêts, nommé Simonetti.

   C'est le "bandit" qui a succombé dans un guet-apens!

   En effet Bartoli était en contestation, d'une part avec l'entrepreneur de coupes forestières Simonetti, d'autre part avec le directeur de l'hôtel Continental à Ajaccio.

   Il paraît que Bartoli avait demandé de l'argent à ces deux capitalistes, qui pratiquent aussi "le coup de fusil", mais d'autre manière.

   A bandit, bandit et demi!

   Simonetti attira donc Bartoli à une entrevue près du col de Verde et tandis qu'il feignait de discuter les exigences du "roi de la montagne", traitreusement, il le tua de deux coups de revolver.

   La victime, c'est le bandit! L'assassin, c'est Simonetti! Le sentiment le plus élémentaire de la justice devait faire poursuivre en cour d'assises, Simonetti, le directeur de l'hôtel Continental et le préfet.

   La question ne se pose pas. La justice bourgeoise, en Corse plus encore qu'ailleurs, n'est que comédie.

   Le crime de Bartoli, que nous avons d'ailleurs jugé hier comme un triste personnage, est d'avoir inquiété les puissants, les riches, au lieu de servir leurs intérêts.

   Les exploiteurs capitalistes de la Corse, après avoir tant utilisé les bandits, veulent, paraît-il, les faire disparaître.

   Alors, comme les bandits, et mieux que ceux-ci, ils tuent. Ils ont assassiné Bartoli, dans un guet-apens. Les dépêches d'hier soir annoncent qu'un autre "bandit", Santoni, a été tué. Procédés sommaires.

   Et les gardes mobiles vont débarquer. Ils vont, sous prétexte d'encercler les "seigneurs du maquis" se livrer en Corse à de véritables manœuvres générales de guerre civile.

   Ils vont aussi, comme nous l'avons dit, profiter de l'occasion pour créer en Corse des centres de force militaire.

   Les "bandits" ont du bon, même en les tuant, on peut s'en servir".

 

   La ligne du Parti était nettement fixée. Elle ne changera plus. A noter que le terme de "épuration" ne sera jamais utilisé par les communistes dans les 23 articles parus en novembre  dans L'HUMANITÉ et recensés par Ralph SCHOR (voir ICI).

 

   Mais les critiques envers l'initiative policière vinrent le lendemain d'un tout autre côté.

 

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