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8 novembre 2020 7 08 /11 /novembre /2020 17:13

La réalité de Saint Roch a été niée dans un dossier de "La Gazette de Montpellier" dont nous nous étions fait l'écho en octobre dernier.

Bernard ALLIEZ a fait le point de la question dans un article qu'il a présenté au Père Jean-Pierre BONNAFOUX et qui vient d'être publié dans le bulletin "INSEME" de novembre.

 

En préambule, copie des courriers échangés entre Bernard Alliez et Jean-Pierre Bonnafoux au sujet de cet article « sensible »


"Depuis de nombreuses années, je m'intéresse à Saint Roch. Cela m'a permis de fouiller les aspects populaires, historiques, légendaires, artistiques, bien sûr religieux de ce saint et de la période où il a vécu. Sa légende connue de tous est imprimée dans la mémoire collective mais il semble qu’elle ne corresponde a aucune réalité historique scientifiquement démontrable. J'ai écrit un court texte illustrant mon propos que je vous envoie. Ce texte pourrait être proposé à notre revue "Inseme" mais je ne veux en rien choquer ou contrarier nos lecteurs. Si vous pensez que ce texte est '"publiable" et intéresserait des lecteurs, un commentaire de votre part me semble indispensable avant de l’envoyer, sinon, je continue à travailler et nous pourrons en parler lors d'une prochaine rencontre à Vico. "

Bernard ALLIEZ

 

Réponse:

"St Roch, saint très populaire en Corse et vous comme moi, nous avons appris son histoire dès notre enfance! Et voilà que des recherches historiques remettent en cause cette histoire !!!
Faut-il les ignorer ? Certainement pas ! Merci Bernard Alliez ! Mais quoi qu'il en soit, saint Roch, priez pour nous! Protégez-nous !"

 Jean-Pierre BONNAFOUX

 

 

Saint Roch de Montpellier, de la légende à l’histoire.

 

Notre bon Saint Roch, celui que nous fêtons tous les 16 Août, à Letia, à Vico, à Poggiolo et partout en Corse comme en Italie, en Provence et bien au-delà, aurait vécu dans la seconde partie du XIVème siècle, il y a donc près de 700 ans! On pensait tout savoir à son propos depuis les travaux d’éminents historiens médiévistes français et italiens qui, dans les années 1960, avaient, établi un récit historique paraissant cohérent à partir de manuscrits et d’incunables à leur disposition.

Or, en 2006, furent publiés les actes d’un colloque réuni à Padoue sous la présidence d’A. Vauchez et A. Rigon suite aux révélations faites par un certain Pierre Bolle dans sa thèse de doctorat soutenue à l’Université Libre de Bruxelles. En effet, ce chercheur a considérablement remis en question des quasi certitudes que l’on avait concernant la biographie du saint et a fait la part des choses entre ce qui relève de la foi, de la légende hagiographique et de l’histoire qui sont trois choses différentes.

La légende connue de tous est celle d’un jeune pèlerin montpelliérain du XIVème siècle parti à Rome à la mort de ses parents après avoir vendu tous ses biens et se consacrant au service des pestiférés. Obtenant en chemin des guérisons miraculeuses, Roch réussit à voir le pape à Rome où il poursuit son apostolat. Sur le chemin du retour vers Montpellier, il contracte la peste à Sarmato, près de Plaisance. Il s’isolera jusqu'à sa guérison et c’est lors de cet épisode que chaque matin un chien lui apportera un morceau de pain. Mais après son départ, il est rapidement pris pour un espion, il est alors emprisonné et meurt dans un cachot à Voghera.

 

Voilà le récit merveilleux que nous connaissons depuis notre enfance, mais les preuves historiques particulièrement minces ont interpellé Pierre Bolle dont le prochain livre paraîtra en 2021 préfacé par Guy Philippart, un des plus grands spécialistes mondiaux de l’histoire des saints.


Pour lui, le récit fondateur du culte de Saint Roch fut écrit en italien et latin en 1474 par un certain Francesco Diedo, diplomate vénitien, gouverneur de Brescia, alors que la peste sévissait à Brescia! Les quelques dates citées par ce récit sont invraisemblables et il n’y a aucune référence à un évènement historique vérifiable. Les historiens modernes parmi les plus éminents avaient donc, à partir de ce récit, tenté de faire cadrer les évènements rapportés à des dates plus crédibles mais tout cela était plein d’incertitudes et d’hypothèses non vérifiées. De plus, le texte de Diedo est truffé de «lieux communs» que l’on retrouve dans beaucoup d’autres traditions destinées à l’édification des fidèles: naissance royale ou aristocratique, reconnaissance par des parents au moment de la mort, etc.

 

Il convient de noter enfin le manque de «matérialité» de ce saint, relativement récent : pas de sépulture ni à Montpellier, ni à Voghera où il serait mort, aucun écrit, aucune parole rapportée, aucun témoin contemporain... Il semble même que les transferts de reliques le concernant présentent beaucoup d’invraisemblances et même des modifications de dates dans les archives consultées !

 

Pour P. Bolle, il faut donc séparer le saint de sa légende et ne pas s’en tenir au récit exclusivement hagiographique destiné à la seule édification des croyants et qui n’est en rien un récit historique ! D’autant plus que d’autres sources, étudiées par ce chercheur, tendent à expliquer que la figure du saint que nous connaissons est en fait une construction syncrétique dans laquelle plusieurs traditions se seraient fondues. Par exemple, sur une xylogravure provençale du début du XVIème siècle on voit apparaître deux saints Roch représentés côte à côte. D’un côté, notre Saint Roch de Montpellier habillé en pèlerin avec l’inscription «Saint Roch glorieux martyr protège-nous de la peste et de tout péril» et de l’autre, Saint Roch d’Autun en tenue d’évêque avec l’invocation: «Saint Roch évêque et confesseur, protège-nous des tempêtes (tempestes en provençal)».

À quel Saint Roch se vouer ?

Les deux saints sont des homonymes et pour P. Bolle, il s’agit bel et bien ici de ce que l’on nomme d’un doublet hagiographique. Cette assimilation courante aurait été facilitée par des vertus protectrices similaires: l’un pour la peste, l’autre pour la (tem)peste. Il s’agit évidemment ici d’un glissement du langage populaire, d’une aphérèse que les linguistes connaissent bien et qui, au fil du temps ont entériné la confusion entre les deux figures. Confusion d’ailleurs en accord complet avec les conceptions moyenâgeuses en épidémiologie qui faisaient dire à Guy de Chauliac, chirurgien des papes en Avignon qu’«une conjonction défavorables des planètes entraine une corruption de l’air qui elle même entraine les miasmes de la pestilence».

Le Saint Roch (Raco) le plus ancien fut évêque d’Autun, connu parmi les signataires du concile de Paris en l’an 614 et pour le coup cela est historiquement prouvé. Au fil du temps, le culte de ce saint bourguignon du VIIème siècle va diffuser en Languedoc où, comme par hasard, on le fêtera déjà le 16 aout! Et P. Bolle en a retrouvé de nombreuses preuves dans les archives municipales, les bréviaires, les calendriers liturgiques, etc. du XIIIème au XVème siècle, à Pamiers, Limoux, Lodève, Clermont l’Hérault, Montpellier...

Le culte de notre Saint bourguignon prendra par la suite le chemin de la via francigena jusqu'à Rome et c’est dans ce contexte, alors que des foyers terrifiants de peste décimaient les populations touchées, qu’il s’est dédoublé en saint protecteur invoqué par le peuple contre la peste. En 1474, cette vénération populaire finira par inspirer à Francesco Diedo son récit fabuleux qui connaîtra une diffusion fulgurante grâce à l’imprimerie naissante. Le culte de ce Roch nouveau, montpelliérain de naissance, se propagera en Vénétie et en Lombardie, sur les voies de pèlerinage puis en Allemagne et en Europe du nord pour atteindre plus tardivement la France, l’Espagne etc.... On parle d’ailleurs, à propos de Saint Roch de Montpellier, du premier saint de l’imprimerie.

Enfin, si nous devions conclure, nous dirions que les études de P. Bolle, sans rien retirer aux vertus prêtées par nos anciens à notre bon et vieux Saint Roch, permettent de faire la part des choses entre ce qui relève de l’histoire et ce qui tiens des traditions populaires et pour rester dans le vocabulaire épidémiologique qui a tant de succès aujourd’hui nous pourrions dire qu’il y a bel et bien eu contamination entre les deux saints.

Bernard ALLIEZ

 

Sans faire de commentaire, nous pourrions ajouter en conclusion ce que Mgr de Germay, qui vient d'être nommé archevêque de Lyon, expliquait à "Famille chrétienne" à propos des dévotions populaires : « La tradition, c’est ce qui transmet le dépôt de la foi. Le danger est de s’attacher à la tradition pour elle-même et non plus pour ce qu’elle transmet.  Une tradition ne vit que si elle se renouvelle. »

 

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