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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 19:36

Situé entre Ajaccio et Propriano, Guarguale est très éloigné des Deux-Sorru mais le texte publié aujourd'hui dans ce blog vaut certainement pour de nombreux villages. Cet article a été écrit par Paule Casanova-Nicolaï et a été placé en dernière page du "Corse-Matin" de vendredi 27 mars.

 

 

Au commencement, on a imaginé un confinement villageois total. Entre nous. « Ici, nous sommes protégés, les contacts sont réduits », insiste Paul. Sortir, modérément et seul, ne semblait pas risqué, puisque l’on ne pouvait croiser que le voisin qui ne venait pas de loin ! À Guargualé, comme dans nombre de localités de l’intérieur de l’Ornanu, le quotidien des premiers jours confinés était rythmé par les tintements de la cloche de l’angelus, trois fois par jour, puis par l’arrivée des marchands ambulants. Le boulanger, le boucher, l’épicier. La factrice.

À chaque « pause mobile », la rue s’animait. Les habitants s’approchaient, en respectant les distances de sécurité, certes. Il fallait commenter la crise sanitaire, diaboliser le fameux virus. « Ce petit machin » dont parlait la plume tchadienne Moustapha Dahleb était baptisé « stu stuciu scatinatu » par un concitoyen poète.

Mais le virus, pernicieux, s’est rapproché du village lorsqu’une des premières victimes, décédée à Ajaccio, a été enterrée sur ses terres. Les nôtres.

De Chine à Guargualé

De Chine à Guargualé, le temps s’est arrêté. Jamais obsèques n’ont été si tristes. Coronavirus oblige, moins de dix personnes ont accompagné le défunt jusqu’à sa dernière demeure ; une poignée de proches a soutenu la famille portant les accessoires de protection indispensables. Une musique de circonstance, et puis s’en va. Des adieux déchirants. L’ensemble de la population a regardé passer le modeste convoi funéraire de sa fenêtre. Certains ont fait le signe de croix, d’autres ont allumé une bougie, prié en silence. Le lendemain, on apprenait que les proches étaient positifs au Covid-19. Électrochoc ! À la peine venait s’ajouter la maladie. À l’isolement, la peur. À la tristesse, l’angoisse. 

U me paesi, a me casa...

 

« Le virus s’invite dans nos villages aussi. Cette maladie peut arriver à n’importe qui », résumait Antoine. « Restez chez vous, à la maison, c’est la seule solution pour faire barrage au virus », s’époumonait l’infirmière. La confrontation collective à la mort a réveillé des instincts d’humanité. Elle a entraîné des réflexes de solidarité et d’entraide, de surprotection. Le confinement total à la maison s’est imposé. Parce que ce maudit virus est sur le pas de la porte.

Depuis, la rue est déserte, mais l’entraide s’organise naturellement pour les courses d’urgence, la pharmacie, le supermarché situé à quelques kilomètres. Le téléphone surchauffe. Les réseaux sociaux avertissent et les petites missives, dans les boîtes aux lettres, font le reste. Ils avaient disparu ces petits mots que l’on adresse au voisin pour prendre de ses nouvelles. Avec la crise, « la guerre » dit le président de la République, on retrouve des réflexes d’antan. En pensant à l’avenir. Forcément meilleur. « À la fin de la pandémie, apéro géant sur la place », promet une jeune dame. Pari lancé.

 
U me paesi, a me casa...
Au son des cloches et du Diu

Le petit moment de détente à l’extérieur reste sacré. Chacun son tour. Les promenades, les petites courses à pied, le miniping-pong, quelques balles de tennis, discussion d’une fenêtre à l’autre… Tiens, il est 19 heures, l’angelus sonne. C’est l’heure d’un petit apéro en live. On trinque par écrans interposés. Entre villageois, bien sûr. Et à 21 heures, pause générale. Tout le monde écoute les cloches, sonnées magistralement par Luc.

Puis, le Diu vi salve Regina et l’Ave Maria résonnent dans les rues du village. C’est un rituel. Le son qui s’élève dans le ciel semble accompagner nos derniers défunts. Il rend hommage au corps médical. Ici, on resserre les liens à distance modérée, à la lueur de la bougie, au son de quelques notes de musique. C’est bien connu, in Guargualè chi ci ghjunghi ci stà bè.

U me paesi, a me casa...
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