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7 février 2019 4 07 /02 /février /2019 17:59

Madame Joselyne FAZI, maire de Rennu, dit toujours clairement ce qu'elle pense. Dans le cadre de la réunion de réflexion prévue le 10 février à Vico sur la vie et l'avenir de nos villages, il est intéressant de lire l'entretien qu'elle a accordée au sujet de du débat national en tant que présidente de l'association des maires de Corse-du-sud. 

 

Photo Emilie Raguz, Corse-Matin

Photo Emilie Raguz, Corse-Matin

 

- Le grand débat national est lancé. Votre regard de citoyenne?

Je trouve que ça vient un peu tard et je pense qu’il n’y aurait pas forcément eu besoin d’un grand débat qui arrive une fois que nous sommes dans une situation extrêmement difficile. En France, nous sommes face à un vide sidéral, il n’y a plus de syndicats, plus de partis, et il y a les Gilets dans la rue. On a minimisé l’importance de ces derniers qui ne sont pas là pour faire de la politique, mais parce qu’ils ont faim, parce qu’ils ont mal. Aujourd’hui, que demandent-ils ? Que les gouvernants les écoutent et apportent une réponse à la question posée. Et cette question, elle tourne autour d’une préoccupation, la vie chère. Avec le fruit de leur travail, les gens n’arrivent pas à remplir leur frigo jusqu’à la fin du mois. Se rend-on compte de la gravité de la situation ?

 

- En Corse, vous faites la même analyse de terrain ?

Dans l’île, il faut commencer par une évidence, le Corse est pudique, il cache la misère. Mais le Corse subit la double peine avec l’insularité qui fait que tout est plus cher. Et que dire du prix de l’essence ? Un scandale ! Alors que nous bénéficions d’une TVA réduite, c’est insupportable. Je crois qu’actuellement nous sommes dans un mauvais voyage... Et qu’aucune tendance politique ne doit se servir de cela à des fins de récupération.

 

- Un mot sur la conférence sociale initiée par la CdC, l’île n’est-elle pas trop dépendante de l’État pour pouvoir agir directement ?

Il faut au moins discuter. Et peut-être qu’in fine on trouvera une réponse. Quelqu’un qui fait de la politique, c’est quelqu’un qui se met au service de l’autre, ce n’est pas pour gagner sa vie, parce que la politique, ça coûte, contrairement à ce que pensent les gens, ça ne rapporte pas. Et c’est un sacerdoce. Par exemple, être maire est un sacerdoce.

 

- Justement, ce que le maire d’une petite commune de l’intérieur peut attendre d’une telle opération ?

Lorsqu’on est maire d’une petite commune, on connaît tous les secrets des villageois parce que ces derniers viennent vous en parler. Mais ces secrets, ils ne seront pas écrits sur les cahiers d’expression citoyenne ouverts dans les mairies. On n’écrit pas sur un cahier d’expression citoyenne la souffrance que l’on vit à la maison quand on ne peut pas boucler son mois.

Surtout, les femmes ne l’écriront pas, cette souffrance. Parce que ce sont les femmes à qui on fait confiance quand il n’y a plus d’argent. Il faut se souvenir... Quand la crise de 1989 est survenue, on donnait très peu d’argent dans les banques, les bars ne faisaient pas crédit aux hommes, en revanche, les petits commerces faisaient crédit aux femmes.

Donc, les femmes ne vont pas s’épancher sur un cahier, elles n’en ont pas besoin.

 

- La présidente de l’association des maires de Corse-du-Sud se sent-elle d’attaque pour aider à organiser le grand débat ?

Non, pas du tout, je n’ai pas l’intention d’organiser quoi que ce soit. S’il y a un souci, on le fera remonter, de la même manière que l’on fera remonter tout ce que l’on entend. Et en vous disant cela, je me fais l’écho de ce que me disent les gens. Il n’est pas dans nos missions d’organiser ce grand débat qui, encore une fois, aurait pu ne pas avoir lieu. Les maires, eux, vont faire suivre les doléances, parce que quand le citoyen est touché, le maire est également touché dès lors qu’il est tout près des populations. Je dis cela avec passion parce qu’un maire raisonne aussi avec son cœur. Aujourd’hui, on sait que nos concitoyens ne sont pas heureux et cela nous déplaît. Mais il n’est pas question pour nous d’organiser quelconque débat. Au président de la République d’orchestrer et d’écouter et ensuite de trouver des solutions. Chaque maire fera comme il le sent mais il n’y a pas de mot d’ordre.

Quant à la synthèse, on la connaît déjà, c’est la misère.

 

- Vous êtes d’accord avec la préfète lorsqu’elle dit que le goût des Corses pour la chose publique et le débat vont fédérer les bonnes volontés ?

Oui, sûrement. On n’est pas là pour nous opposer à la préfète. La préfète fait son job et nous, le nôtre. Et généralement, nos jobs coïncident. Si avec la préfète nous disons la même chose, c’est-à-dire "en Corse la vie est trop chère, faites quelque chose", peut-être qu’on va être entendus par M. Macron. Et cette grande revendication, c’est la même pour les citoyens corses que pour les citoyens français.

 

Prendre en mains l'avenir de nos villages (2/2: le franc-parler de Mme Fazi)

 

- Peut-on imaginer que des petites communes puissent se grouper pour débattre et ainsi mutualiser leurs efforts mais aussi s’assurer un public plus nombreux et plus large ?

Même si des communes arrivent à mutualiser, quand elles se réuniront et réuniront du monde, qu’est-ce que les uns et les autres vont apprendre de nouveau ? Rien, puisque les thématiques qui mobilisent ont été mille fois exposées. Parmi ces thématiques, il en est une qui me semble fondamentale : certes, il faut des réformes dans notre pays, mais il faut surtout s’intéresser aux plus pauvres et établir la justice fiscale. Les retraites, qui ne sont pas des aides sociales, doivent être indexées sur le coût de la vie afin d’éviter d’appauvrir l’ensemble du pays. Pour en revenir à votre question, qu’il y ait mutualisation ou pas, je ne suis vraiment pas sûr que ce débat va servir à quelque chose. Les gens, que voient-ils? Ils voient que, face à une France fauchée, la première chose que l’on fait, c’est de supprimer l’ISF !

 

- Les débats vont se dérouler de mi-janvier à mi-mars, il va donc falloir mettre le starter rapidement. Ne doit-on pas craindre une participation en deçà de la dynamique espérée par le gouvernement ?

Je ne pense pas qu’en Corse, pour la raison que j’ai évoquée plus haut, à savoir un sentiment de pudeur particulièrement présent dans l’île, nous ayons une participation démentielle. Ensuite, le risque, c’est que l’on pourrait se tromper de débat en déclinant des exigences sur le mode "nous voulons, nous voulons", or, ce n’est pas le débat. Le débat, finalement, est simple. Il repose sur la possibilité pour les citoyens de faire passer un message clair, "aidez-vous, nous sommes dans la misère". Quant à la participation nationale, je ne suis pas sûre non plus qu’elle soit si enthousiaste que cela.

 

- Emmanuel Macron a commencé sa tournée auprès des maires. D’aucuns taclent au passage sa méthode de showman. Et vous?

Chaque être a sa propre personnalité, le président Macron a la sienne. Personnellement, qu’il enlève sa veste, qu’il la remette, qu’il vienne en jeans, cela ne me dérange pas du tout.

Aujourd’hui, on est, quoi qu’il en soit, à l’ère de la com’. Mais le problème n’est pas dans le show qu’on fait ou qu’on ne fait pas. Le problème est ailleurs. Exemple, quand on baisse les dotations des communes, ce sont les citoyens qu’on appauvrit un peu plus. Moi, ce qui m’importe, ce sont les remèdes face à la souffrance des gens.

 

- Emboîtez-vous le pas à la colère des maires de France lorsqu’ils dénoncent les promesses non tenues du chef de l’État, qui avait suscité l’espoir d’un renouveau de la décentralisation?

Macron a découvert le terrain, mais ce n’est pas un homme de terrain contrairement à tous les présidents qui l’ont précédé depuis le général de Gaulle. La France, ce n’est pas Paris, la France, c’est Paris et tout un tas de provinces autour et on ne vit pas de la même façon à Paris et en province. Quant au rapport d’Emmanuel Macron aux maires, on pourrait le qualifier d’inélégant. Pourquoi le président ne s’est-il pas déplacé jusqu’au congrès des maires au lieu de faire venir les maires à lui ?

 

- À votre avis, des quatre thèmes proposés, lequel va le plus mobiliser en Corse?

Rien que le fait de sélectionner quatre thèmes est de nature à m’énerver. Un débat, c’est fait pour parler de tout.

 

- Ce que devra apporter la synthèse nationale en avril prochain?

J’espère qu’il va en sortir quelque chose parce que sinon, nous allons vers une révolution et nous faisons le lit des extrémistes.

 

Texte: Anne-C. Chabanon ("Corse-Matin", 25 janvier 2019)

REPERES

 16 août 1949

Elle naît à Renno, la commune dont elle est aujourd’hui le premier magistrat.

 20 mars 1973

Elle met au monde son fils Simon, "le plus beau jour de ma vie". C’est dit.

 13 mars 1983

Elle est élue maire de Renno. Un fauteuil auquel elle a ensuite toujours été réélue.

 2001

Elle prend la tête de l’Association des maires de Corse-du-Sud dont elle est toujours la guide appréciée, dix-huit ans après.

 1998-2004

Elle siège comme conseillère territoriale à l’Assemblée de Corse .

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